Arch. d’État de Mantoue, Bobba, Carmagnola, 17 novembre
et au siège d’Ivrée, en janvier 1544. La mémoire de l’auteur, toujours aussi bien fournie de souvenirs, à évoqué ce qu'il fit de plus remarquable pendant la seconde moitié de novembre et le mois de décembre. C’est d’abord une extraordinaire histoire : comment un marchand de Barges parvint à attirer dans le chàteau de cette ville, pour assouvir une vengeance personnelle, le comte Pietro Porto, gouverneur de Fossano ‘, qui tomba dans un piège savamment ourdi et fut assassiné par les soldats de Monluc frauduleusement introduits dans la place. Cet épisode, raconté avec une verve trop ralentie par le souci de ne laisser échapper aucun détail, peut être comparé aux inventions les plus mirifiques du roman-feuilleton contemporain. Rendez-vous nocturne dans un petit bois ; pacte conclu entre le portier du château, à qui lon promet de faire faire un beau mariage, et un prêtre qui joue à la fois le rôle d’entremetteur et de dupe; travestissements de soldats qui, suivant qu'ils changent de manteau, portent la croix blanche française ou la croix rouge impériale, au grand ébahissement des bons habitants de Barges; prisonniers jetés, sans savoir pourquoi, dans des culs de basse-fosse ; enfin guet-apens organisé avec un tel machiavélisme que la victime y tombe fatalement, tous les éléments d’un mélodrame sont réunis là. On sent que Monluc a pris plaisir à reconstituer cette histoire compliquée, qui jette un jour curieux sur les mœurs italiennes au seizième siècle. Il ne la pas, d’ailleurs, inventée. Le drame de Barges est historique et il dut avoir un grand retentissement dans le pays. On lit, en effet, dans la chronique d’un notaire de Lombriasco, Gianbernardo Miolo, sous l’année 1543 : « Anno eodem Galvagninus Canerii Bargiensis, pro Gallo in castro Barglarum agens, vocat a Fossano Petrum de Portu, fingens se ülli proditurum ipsum castrum; qui Petrus ibi introductus occiditur dolose”. » Marco Guazzo raconte aussi cette histoire. D’après lui, le comte Pietro Porto avait pris dans une escarmouche le
1. Monluc l'appelle « le comte Pedrou’ d’Aport ». Il était originaire de Vicenza. CamBrano (col. 1064) dit qu’en décembre 1542, dél Vasto l’envoya au secours de Coni assiégé par d’Annebault.
2. Mioco, p. 1799. — Cambiano a encore ici suivi fidèlement Monluc. Le nom du marchand de Barges est défiguré dans les Commentaires. Les formes diverses qu’on trouve dans les mss. et dans les édd. ne rappellent que vaguement le nom donné par Miolo.