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VALEUR DU TÉMOIGNAGE DE MONLUC

La narration des Commentaires, très minutieuse dans certaines parties, n’omet, on le voit, rien d’essentiel et apparaît sur presque tous les points remarquablement exacte. Sans doute, l’auteur à exagéré son rôle personnel; il s’est attribué l'honneur, que lui dispute du Bellay, d’avoir vu, au moment critique, ce qu'il fallait faire. Il se vante aussi d’avoir imaginé d’intercaler des arquebusiers entre le premier et le second rang de piquiers. Le fait est attesté par la relation anonyme et par du Bellay; il est du reste impossible de dire si honneur de l'invention appartient à celui qui l’a revendiqué. Mais Monlue à mis très justement en relief, d’une part le rôle glorieux de l'infanterie, qui décida de la victoire, d’autre part le rôle piteux de cette brillante gendarmerie qui fut, une fois de plus, incapable de comprendre que, livrée à ses propres forces, elle ne pouvait plus rien. Il n’a pas hésité non plus à souligner linexpérience du jeune comte d’Anguien. La bataille fut bien gagnée, commeil le laisse entendre, par les Gascons et par les Suisses menés à l'ennemi par de vieux capitaines. Le désastre des Impériaux fut aussi grand qu'il le dit; mais 1l est permis de le trouver bien généreux pour leur général, dont il ne critique nulle part la parfaite insuffisance *. Del Vasto se borna à ranger ses troupes en bataille; il ne semble pas qu’il les ait, à aucun moment, vraiment dirigées. Les deux généraux furent l’un et l’autre le jouet des événements, et Monluc, s’inspirant d’ailleurs de Paul Jove, a noté dans sa seconde rédaction que la fortune se moqua de ces deux chefs d’armée. Au point de vue littéraire, la narration des Commentaires. sans avoir la belle ordon-

sone segnalate, non se trova manchar alcuna, salvo che il sr Carlo de Gazuolo, che si tiene che sia prigione. » (Bobba, Asti, 15 avril.) — « Carolus Gonzaga, cum pedites turpiter effugere conspexisset, ne id dedecus subiret, in Gallos irrupit dejectusque equo captus est. » (PauL Jove, F0 331 ro.)

1. « Et estoient leurs premiers rangs de picquiers et les nostres de picquiers et hacquebutiers entremeslés. » (Relation.) — Moxcuc dit aussi que les Impériaux avaient appliqué le même procédé. — Cf. pu Bezray, XIX, 507.

>. Cette insuffisance est sévèrement relevée dans une dépêche chiffrée de Christiano Pagni à Cosme de Médicis, du 21 avril : « E sono di quelli che lo biasimano che si a proceduto male, e che fu certo causa della perdita della gior uata il volere cercare di salvare le gente, quando erano sul punto di combattere ; essendoci opinione che i Francesi non avessero aspettare ; di che segui il contrario. E dicono ancora teneva commissione de Sua Maesta Cesarea di non combattere. » (Négoce. de la Fr. av. la Tosc., NL, 102-103.)

nance académique, plus froide et moins vivante, des récits de du Bellay, qui sentent trop l'écrivain de métier, est assez claire. L'auteur revient parfois sur ses pas ou s'échappe en des digressions; mais l’ensemble est relativement composé. Monluc, au moment où il dicta son récit, le portait depuis longtemps dans sa tête; bien des fois il avait dû réciter ce discours de Cérisoles que François I, devenu vieux et pensif, ne lui demandait pas assez, à son gré. La narration de Paul Jove, qu'il semble bien avoir lue, lui permit aussi sans doute de coordonner ses souvenirs et de les fixer.

Monlue ne dit rien des conséquences immédiates que la victoire de Cérisoles eut en Piémont. Le premier émoi fut grand dans toute l'Italie. Le comte d’Anguien ne sut pas en profiter. Si, au milieu du désarroi des Impériaux, il eût poussé sa victoire, le Piémont tout entier et même le Milanais seraient tombés au pouvoir des Français. Il se contenta d'occuper les places du Monferrat, San Damiano, Tonco, Moncalvo, Montemagno, San Salvatore, Frassinetto, Pontestura, entre le Tanaro et le PÔ”. Pendant ce temps, d'Ossun bloquait Carignan, où Pirro Colonna et le comte Félix d’Arco firent une superbe résistance. La place ne capitula que le 21 juin”. Monlue ne dit mot de tout cela; mécontent de n'avoir pas été désigné, comme il affirme qu’on le lui avait promis, pour aller porter au roi la nouvelle de la victoire et d’avoir été supplanté par d’Escars, détail important que confirme le billet écrit le soir même de la bataille par le comte d’Anguien à François 1%3, il avait demandé son congé et

1. Bobba, Pavie, 8 mai; Milan, 12 et 21 mai. (Bull. hist. du Com. des trav. hist, 18096, pp. 454-455.)

2. Bobba, Alexandrie, 23 Juin. (/bid., p. 458.) — Voir, sur les derniers jours du siège, le récit de Marco Guazzo, Historrie contemporanee di tulte le cose digne di memorta…., Venise, 1545, fos 403 et suiv.

3. Le comte d'Anguien à François 1er, Carmagnola, lundi 14 avril 1544 : « Sire, puis qu'il a pleu à Dieu me faire cest heur que de m'avoir aujourd’huy donné la victoire contre vos ennemys, je n’ay voullu faillir, pour laise et contentement que je suis asseuré que ce vous fera, vous despescher sur l'heure mons' d’Escars... Je vous envoiray demain monst de Monnaye (sic; peut-être Monnayns), bien instruit du nombre de gens qui y est demeuré, du lieu où ledit marquis se sera retiré et de la contenance de ceulx de Carignan. » (Cabinel historique, 1879, p. 77.) Je n'ai pu vérifier la lecture douteuse, la pièce ayant disparu de la liasse 20 des papiers d'Etat et de l'Audience aux archives générales de Belgique.

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