‹ Blaise de Monluc HistorienChapitre 155 sur 533 · LES SUITES DE LA VICTOIRE · texte numérisé non relu

LES SUITES DE LA VICTOIRE

était rentré en France. Est-ce la véritable raison? Il ajoute luimême qu'il était chargé d’y lever mille où douze cents hommes et de les ramener en Piémont pour combler les vides, ce qu'il fit. Le second motif fut sans doute plus sérieux que le premier. Ce voyage se place en mai et juin : Monluc dit qu’il revint quand Carignan était rendu.

Pour montrer « de quoy servist le guaing » de la bataille, il rapporte une conversation que Termes aurait eue avec le marquis del Vasto, « estant au lict, blessé d’une harcquebuzade à la cuisse » ". Le général des Impériaux, dit-il, comptait que les Français, inférieurs en nombre, n’oseraient engager la bataille; c’est ce que l'agent florentin Christiano Pagni écrivait, le lendemain de la défaite *. Il espérait franchir le Pô à Lombriasco et ravitailler Carignan, puis remonter vers Ivrée et renvoyer à l'Empereur les lansquenets. Il aurait ensuite pénétré en France par le val d’Aoste et combiné son action avec les armées de Charles-Quint et de Henri VIT. Aucun document connu ne fait allusion à ce plan. Ce que Monluc oublie de dire, c’est que l'effet produit par la victoire de Cérisoles fut fortement atténué par la défaite que le prince de Salerne infligea, le 4 juin, entre Serravalle et Novi, à Pietro Strozzi et au comte de Pitigliano, chargés par François I°' de lever de nouvelles troupes en Italie en prévision de linvasion projetée 5, que cette invasion eut lieu {et que l’empereur ne modifia nullement les conditions de paix qu'il avait posées : restitution de ses États au due de Savoie et abandon du Milanais 5. La victoire de Cérisoles fut un succès sans portée et sans lendemain 6, On peut seulement accorder à Monluc

1. Del Vasto fut blessé légèrement à Cérisoles : « S. Exia è un poco ferito di un ponta de stocco sopra zenochio stancho, et ha tormentata una mano de

una maciata. » (Bobba, 15 avril.) — Le capitaine Millort parle de deux arquebusades, «une à la jambe gauche et l’autre à la main gauche, non trop grant mal celluy de la main ». — Cf. Donato de’ Bardi au duc Cosme, Venise,

21 avril (Négoc. de la Kr. av. la Tose., UL, 67).

>. Cf. ci-dessus, p. 169, n. 2.

Page 1