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RAISONS DE L'ENVOI DE MONLUC A SIENNE

précise les pouvoirs militaires et administratifs de Monluc et laissait clairement entendre que l'on comptait autant sur sa dextérité et sa souplesse que sur son expérience des choses militaires. Il est dès lors très vraisemblable qu’une discussion se soit élevée dans le conseil sur le point de savoir si le caractère « bizarre, fascheux et colère » de Monluc le désignait pour une charge aussi délicate. Il est aussi naturel que le connétable ait été opposé à sa nomination, que le duc de Guise, au contraire, ait parlé en sa faveur.

Ce que les Commentaires n'indiquent pas, ce sont les raisons profondes de l’envoi de Monluc à Sienne. La « patente » y fait une vague allusion, qu'il est possible de préciser. Assiégé dans Sienne depuis près de trois mois, menacé de manquer de vivres, Pietro Strozzi avait conçu un plan audacieux pour dégager la ville : il avait résolu d’en sortir, de tenir la campagne en vivant sur le pays, de forülier les principales places du Siennois, puis, tendant d’une part la main au baron de Fourquevaux, qui levait à Parme un corps de secours, composé de Grisons et de Suisses, renforcé, d'autre part, par les Allemands de Georges Reckenrot", qui attendaient en Provence qu’on les embarquât pour la Toscane, de prendre une vigoureuse offensive et d’aller « faire le gast » sur le territoire florentin. Ce plan hardi et grandiose, Strozzi l’exécutera en partie”. Voilà pourquoi 1l demandait d’être suppléé dans Sienne. Peut-être aussi, d’ailleurs, n’était-il pas fâché de se décharger du gouvernement de la ville et de passer la main; peu souple de son naturel, autoritaire et violent ?, il avait

1. C’est « le Rincroc » de Monluc. J’adopte pour son nom, qui paraît avoir été un nom de guerre, la forme donnée dans un mandement au trésorier de l'épargne du 11 janvier 1540. (Arch. Nat., K. 87, n0 14, orig. — CF. Catalogue des actes de François Ier, IV, n0 11802.)

2. Il l’a lui-même exposé dans un mémoire Jusüficatif qu’il adressa à Henri I après la défaite de Marciano. Ce mémoire a été publié en 1606 à Venise par Barrozommso Zuccur, /dea del Segretario, et de nouveau par Canrinr, Vita di Cosimo Magno, Florence, 1805, p. 553. [l'en existe plusieurs copies à La Bibliothèque communale de Sienne (K, VI, 21, f0S 194-200) et une traduction française sous le titre suivant : Discours de Mr Pierre Strosst, marechal de France, sur la perte de la bataille de Marciano, à la Bibl. Nat., fonds Dupuy, 5oo, fos 39-42. MAÉ

3. Le 30 avril 1555, le gouverneur de Grossetto, des Ursins, se plaignait au connétable que Strozzi avait plusieurs fois usé à son égard « de faicts et paroles convenables à varlet ». (B. N., Clairamb., 348, fo 88, copie.)

vite mécontenté les Siennois. On lui reprochait ses aigres disputes avec le cardinal Ippolito de Ferrare, qui avait partagé quelque temps avec lui sa charge et avait dû lui abandonner la place. Strozzi avait donné, assurément, des preuves suffisantes de sa haine contre Florence; à Sienne on lui en voulait pourtant d'être florentin et l’on admettait mal que ce « fuoruscito », qui n'était en somme qu’un aventurier, prétendit, même au nom du roi de France, régenter la république. Il comprit tout cela et ce lui fut une raison de plus de demander à être remplacé. Il se sentait déjà usé; un autre serait peut-être plus heureux que lui pour gouverner ces ingouvernables Siennois.

Ce que Monluc à aussi oublié de dire, — et l'oubli est, en un sens, plus grave, — c’est qu'il désirait vivement aller à Sienne et qu’il trembla quelque temps de n’y être pas envoyé. Son état de santé put le lui faire craindre sérieusement. L'envoi de Monluc était décidé au début de mars; le 17, l’évêque de Lodève, Dominique du Gabre, alors trésorier des armées à Ferrare, écrivait au connétable qu'on se félicitait en Italie d’un tel choix”. À ce moment Monluc avait, comme il le raconte, reçu à Agen le courrier du roi, qui l'y avait trouvé malade « de plusieurs maladies ». II s'était pourtant mis en route; mais à Toulouse, il avait dû s’arrêter, revenir par eau à Agen et «s’y jeter entre les mains des médecins » qui, sur sa demande, lui firent subir un traitement énergique : en six Jours, ils lui administrèrent sept médecines et lui arrachèrent deux dents. Ces détails, qui confirment, en les précisant, ceux des Commentaires, sont ürés d'une lettre qu’il adressait le 23 mars au connétable : € À présent, écrivaital, je me trouve alégay de plus de la moitié de mes maulx, et ne me reste plus que ung mal d’estomach, dont les médecins m'asseurent que bientôt en seray dehors. Mardy ilz me vueillent mettre à la diette pour huict Jours, et après m'asseurent que je pourray faire service. » Et 1l ajoutait : « Monseigneur, je n’ay jamais eu bien, honneur ny advancement des roys, père et fils, que par vostre moyen. Je vous supplie très humblement que, si le roy n’a mandé encore personne à Sienne, le garder qu’il ne change de volonté, et m’y mender ?. » Il oubliait, on le voit, ses rancunes,

1. Corresp. polit. de Dominique du Gabre, publ. par A. Vrratis, 1903,p. 93. 2. Monluc au connétable, Agen, 23 mars 1554 (IV, 9).

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