LE (-SECOURS DÉ FRANCE
se faisait petit devant le tout-puissant connétable et s’efforçait par ses assurances d'empêcher que cette charge de lieutenant de roi, cette aubaine magnifique et peut-être inespérée, passât à un autre. Il est fâcheux que dans son livre il ait négligé ce détail, précieux pour la connaissance de son caractère.
Henri IT était à ce moment très décidé à tenter un sérieux effort pour sauver la ville que depuis deux ans il avait prise sous sa protection *. Au moment où il allait désigner Monlue, il écrivait à ses agents à Rome, le cardinal du Bellay et Lanssac : « Je fais embarquer sur mes galères et vaisseaux pour aller descendre en la marine du Siennois les trois mille lansquenets du capitaine Roquerol, six enseignes des vieilles bandes françoises qui ont fait le voyage du Levant sur mes galères et estoient dedans Saint- Florent, et deux bandes italiennes? » Le 28 avril, il répétait la nouvelle au cardinal d’Armagnac 3. On la savait à Sienne et l’on y attendait déjà le secours de France *. Le comte de Bisque avait été envoyé en Suisse pour y lever quatre mille Grisons; Fourquevaux réunissait des troupes à Parme et à la Mirandole. De jour en jour on attendait à Marseille la flotte barbaresque ; Henri IT avait obtenu le concours du beglerbey Salah Raïs pour renforcer le baron de La Garde et remplacer les galères défaillantes de Dragut, amiral de Soliman 116. Monluc avait eu le
1. Cest le 28 janvier 1552 que fut signé le traité d'alliance et de protection entre Henri IL et la république de Sienne. (B. N., Clairamb., 345, fo 43, copie.)
2. Henri IT au cardinal du Bellay et à Lanssac [mars]. (Risrer, 11, 516.)
3. Instruction de Henri Il au cardinal d'Armagnac, Anet, 28 avril. (/bid., 517-518.)
4. Bartolommeo Cavalcanti au duc de Parme, Sienne, 18 avril, (Lettere di Cavalcanti, p. 66.)
5. Voir, sur ces préparatifs et sur les bonnes dispositions de la cour à l'égard des Siennois, les lettres de Claudio Tolomei, ambassadeur de la république auprès de Henri Il, du 27 avril et du 4 mai. (A /cune leltere politiche di Claudio Tolomei, vescovo di Tolone, scritte alla repubblica di Siena, publ. par L. Bancar, per nozze Pia Tolomei-Alessandro Sansedoni, Sienne, 1868, in-80 de 50 pp., pp. 17, 19-20.) Tolomei écrit que le roi montre le plus grand zèle et que la reine contribue de ses deniers particuliers à l’entreprise de Sienne.
6. Le 30 avril, le capitaine La Salle était parti de Marseille avec l’ambassadeur de Dragut pour « haster de tant plus le partement de l'armée dudit Argier ». (B. N., Moreau, 758, fo 55, cité par La Roncière, Hist. de lu Marine française, I, p. 526, n. 1.) — Le marché passé entre Henri Il et Salah Raïs fut annoncé de Bruxelles le 4 et le 11 juin par l'ambassadeur anglais John Masone (State papers, Mary, n°$ 215-218).
temps, comme il en exprimait l'espoir dans sa lettre au connétable, de rejoindre à Marseille les Allemands de Georges Reckenrot et les débris des bandes françaises et italiennes rentrées en France après la reprise de la Corse par André Doria (février 1554), qui allaient former le corps de secours pour Sienne. Il dit exactement qu'il ne trouva pas La Garde, parti « pour aller en Alger fere avec le roy d'Alger qu’il lui baillast son armée » *. Le 16 mai, une frégate marseillaise sortit à la recherche de La Garde, avec l’ordre urgent de revenir sur les côtes de France pour embarquer le secours ?. Le baron était-il informé déjà qu’il avait à remplir cette mission? Resta-t-il volontairement en mer, croisant devant les côtes espagnoles, pour retarder l’envoi des renforts promis à Pietro Strozzi, par animosité personnelle contre son frère Leone, prieur de Capoue, nommé en mars général des galères d'Italie? Ou voulait-il simplement attendre la flotte turque de Dragut afin d’avoir des forces suffisantes à opposer à Doria 3? Monluc indique cette seconde raison; la première a, d’ailleurs, influé aussi sur lattitude du baron *. Quoi qu’il en soit, la flotte de La Garde et l’« armée » d'Alger, qui était à Majorque dès les premiers jours de mai*, n’approcha pas des côtes de Provence avant le mois de juin 6, L’annonce du secours avait jeté le désarroi parmi les Impériaux, qui songèrent même à lever le siège de Sienne 7. Mais ces atermoiements compromirent le succès du plan de Strozzi, à qui l’on avait promis que les renforts seraient le 10 juin
1. Monluc emploie ici le mot armée dans le sens de flotte. Cf. l'italien armata et l'espagnol armada.