DÉFAILLANCE DE MÉMOIRE DE MONLUC
Monluc note ensuite l’envoi à Montalcino, à Rome et de là en France de M. de Lécussan, chargé d’exposer à Strozzi, aux agents français et au roi l’état critique de la ville et de demander du secours. « Cecy, dit-il, pouvoist estre environ la my octobre. » Ses souvenirs sont ici manifestement brouillés. C’est le 13 janvier 1595 seulement qu'il expédia Lécussan en cour'. Nous avons vu, d'autre part, que le 12 octobre il avait chargé Saint- Luc de lettres pour le roi et le connétable. Il semble bien qu’il ait confondu les deux missions et les deux personnages. La date qu'il hasarde serait exacte pour l'envoi de Saint-Luc, mais manifestement fausse s’il s’agit d’un départ de courrier au moment où nous sommes (fin novembre). Monluc, du reste, expédia sans doute alors à Rome plus d’un courrier chargé d'importantes dépêches, mais elles n’avaient pas seulement pour objet de faire connaître l’état critique de la ville. Les Siennois suivaient à ce moment avec angoisse les négociations qui déjà s’ébauchaient entre le roi, le pape, le duc de Klorence et l'Empereur”. Quant à la réduction du pain à dix-huit onces pour les soldats et à quatorze pour les citadins, que Monluc note comme ayant été faite entre le départ de Lécussan et Noël, elle n’eut lieu que le 6 mars suivant.
Il avoue d’ailleurs ici une défaillance de mémoire et saute d’un coup au récit de la camisade de Camollia (25 décembre). Pour faire sentir l'importance de la lacune, rappelons brièvement que Monluc ne dit qu’un mot des « fort belles escarmouches » qui se firent en novembre et décembre et que Sozzini mentionne jour par Jour; rien des travaux de fortification activement poussés à San Marco et à Tufi, à San Francesco et à San Lorenzo; des mesures rigoureuses prises de concert avec les seigneurs de l'Abbondanza pour épargner les vivres; du différend avec le recteur du grand hôpital, messer Scipione Venturi, à qui Monluc refusa de donner du blé parce qu’il refusait, de son côté, de faire sortir de la ville ses malades; de la mésintelligence qui régnait