Arch. d’État de Mantoue, Tridapali, Pavie, 3 octobre
trop tard. La ville avait été déjà enlevée par escalade, pendant la nuit. Monluc dit qu’on tenta de s'emparer du château par le même moyen, mais qu'on fut repoussé. Il insiste sur la part qu'il prit à la mise en place des canons qui ouvrirent le feu, mais ne dit pas qu'il fallut faire venir de Casale quatre pièces de renfort, que la batterie dura quatre jours et qu'on tira de mille à douze cents coups. Nous connaissons ces détails par Paradin et par une lettre du duc d’Aumale au cardinal de Lorraine, datée du 7 octobre, jour où Moncalvo capitula”. Les dépêches de l’agent ferrarais confirment ce que s'accordent à dire Monluc et Boyvin de la résistance peu digne de ses ressources que fit le capitaine du chàteau*. Le récit des Commentaires paraît, en somme, exact, mais est, on le voit, très incomplet.
La prise de Moncalvo fut le dernier fait important de la campagne. Aussitôt après, Monluc quitta l’armée. Une lettre du connétable, en réponse sans doute à celle que Brissac avait écrite le 4 octobre, venait d'arriver en Piémont. Montmorency avait jugé plus sévèrement que le maréchal lattitude de Monluc dans Paffaire de Termes ; il ne lui pardonnait pas son incartade et d’avoir mis « le feu aux estoupes ». Il lui donnait l’ordre de rentrer immédiatement en France. C'était la disgrâce. Monluc obéit en se mordant les doigts de son zèle intempestif et prématuré pour la maison de Lorraine. Il assure que Brissac s’entremit et envoya son frère Gonnort à la cour, pour dissiper les préventions du roi. Lui-même s'y présenta pour se justifier, mais il parla
peu, contrairement à ses habitudes. Il sentit vite que la mauvaise bumeur du connétable lui défendait de faire long séjour et il s'en alla en Gascogne, où il s’occupa « d’accommoder » ses affaires personnelles, depuis trop longtemps en souffrance. Cest dans les Commentaires que nous trouvons ces détails : Monluc n'a pas cherché à donner le change sur sa mésaventure ; il se glorifie de la « charité » qui lui fut « prêtée » en cette circons-
1. Mém.-Journ. du duc de Guise, coll. Michaud, VI, 245. — Voir aussi M. de Noailles à M. d'Oysel, 27 octobre (Verror, Ambass. de MM. de Noailles…, V, 183-184). — Boyvin, qui est très bref, place la capitulation le 8. (Coll. Petitot, XXIX, 545). — Pananix, 0p. ctt., p. 454, donne la date exacte, mais dit que la batterie dura six ou sept jours.