NOUVEAU DÉPART POUR L'ITALIE (AOUT
Majesté, de la part de tout leur païs », de Penvoyer « par delà pour les commander ». Les Siennois de Montalcino avaient, en effet, expédié à la cour de France deux ambassadeurs extraordinaires, Ambrogio Nuti et Camillo Spanocchi, pour supplier Henri II de leur donner de sa main un capitaine de justice et d’autres officiers royaux dont la nomination consacrerait le protectorat du roi de France sur leur république et affermirait son existence précaire ‘. Ce sont ces deux envoyés qui durent mettre en avant le nom de Monluc. Celui-ci se trouvait, d’ailleurs, à la cour, où il avait été appelé dès le début de juillet”; il était désigné, en effet, comme devant faire partie des vingt-cinq capitaines que Carafa emmenait avec lui à Rome afin d’en organiser la défense, et pour lesquels le baron de La Garde préparait déjà vingt galères à Marseille ÿ. Le 18 août, le roi annonçait à la république de Sienne qu'il lui envoyait Monluc comme son lieutenant en Toscane*. Les éloges par lesquels ce choix était justifié avaient pour objet de montrer aux Siennois qu’à la cour de France on ne les oubliait pas; en fait, Henri IT et surtout le connétable ne portaient qu’un médiocre intérêt à ces alliés encombrants. Aussi est-il très vraisemblable, comme le disent les Commentaires, que Monluc, au courant des dispositions véritables de la cour, ait montré peu d’enthousiasme pour une mission qu'il prévoyait ingrate et redouté déjà de s’y « embarcquer sans biscuit ». IT dut penser qu’en l’envoyant là-bas, le vindicatif connétable lui faisait payer, en somme, sa rentrée en grâce.
Le 17 août, le cardinal Carlo Carafa quittait la cour de France pour regagner Rome $. Il emmenait avec lui le cardinal Motula,
1. Henri IT à la république de Sienne, Fontainebleau, 29 août 1556 (Biblioth. commun. de Sienne, K, 1v, 36, fo 70 ro). Dans cette lettre, le roi ajournait sa réponse aux demandes faites.
>. Le 27 juillet, il signait à Paris, en qualité de tuteur de François de Pellegrue, des remontrances au Parlement de Paris au sujet d’un procès où une grande partie des témoins à présenter étaient décédés (Revue des Aulographes, nov.-déc. 1904). :
3. Simon Renard à Philippe IL, 4 et 9 juillet (Pap. d'Etat de Granvelle, IV, 620, 631). — Dunuy, op. cit., pp. 171-174. — Decrue, Anne de Montmorency, sic
4. Henri I à la république de Sienne, Fontainebleau, 18 août (B. N., fr. 20462, fo 25, copie). — Cf. Pixar, Chronol, tes ENS:
5, La date a été donnée par D. Axcer, op. cut. p. 22.
Pietro Strozzi, Lanssac, Monluc, le baron de La Garde, d’autres capitaines conduisant sept enseignes de Gascons, et emportait une somme de 350,000 écus pour les frais de la guerre”. Il gagna Lyon, descendit par bateau le cours du fleuve et le 21 août s’embarqua « en la fosse du Rosne » pour gagner Toulon, où il fut obligé d'attendre quelques jours les vingt galères qui n’étaient pas arrivées. Le samedi 5 septembre au soir, il quittait Anuübes ; le vent fut si favorable que le lundi matin il débarquait à Civitavecchia, d’où il parut à franc étrier. Le soir, il entrait dans Rome avec ses compagnons”. Monluc ne nomme pas Carafa à cet endroit de son récit et laisse entendre que le baron de La Garde partit de Marseille ; sa mémoire l’a trompé sur ce point et aussi quand il dit que La Molle commandait les sept enseignes de gens de pied qui furent embarquées. La Molle était à la tête des mille Gascons qui occupaient la Corse. Henri IT, à la demande de Carafa, lui avait donné l’ordre de passer en Italie dès le début d'août et, le 12 de ce mois, on attendait son arrivée à Rome à. La situation y était assez critique quand Carafa y rentra, pour qu'il ait voulu retenir quelque temps le héros de Sienne et profiter. de son expérience‘. Dès le. 1° septembre, le duc d’Albe avait envahi les États de l'Église à la tête de douze mille fantassins et de quinze cents cavaliers. Après avoir pris Ponte-Corvo
1. Avis de Rome, 12 septembre (State papers, Mary, n° 663; document placé par erreur sous l’année 1557). — Duruy, p. 182.
2. Lanssac au connétable, Rome, 15 septembre (Corresp. polit. de Lanssac, 1, 496). — Avis de Rome, Rome, 5 septembre; Edward Carne au roi Philippe et à la reine Marie, Rome, 17 septembre (State papers, Mary, n0S 529, 536). — Summartii delle cose notabili successe dal principio d'aprile 1556 a tutto giugno 1557, relation due probablement à Antonio Babhi, secrétaire de l’ambassadeur florentin à Rome, Gianfigliazzo (Arch. slor. ital., XI, 359). — Durux (p. 181) fait partir Carafa de Marseille; D. ANGEL (p. 22) paraît croire que ce fut de Toulon.
3. Cavalcanti au duc de Parme, Rome, 12 août (post-scriptum) : « 1 Guasconi, che son venuti ultimamente a Civita, son mille, et s’aspetta questa sera Mons. della Mola che gli ha condotti. » (Lett. di B. Cavalcanti, pp. 192-193.)
4. DüoruY (p. 192) croit que Monluc, avant de venir à Rome, alla chercher du secours en Toscane. Decrue, op. cit., Il, 193, dit que Monluc et Strozzi, laissant Soubise à Montalcino, en amenèrent des troupes pour secourir Rome, Tout cela est inexact. — Dans une lettre non datée au roi, Carafa se félicitait d’avoir avec lui Strozzi et Monlue, bien qu'il eût souhaité un personnage de plus d'autorité que ce dernier, et il demandait qu’on leur donnât carte blanche pour lever des compagnies (B. N., Dupuy, 6g7, f° 126).