‹ Blaise de Monluc HistorienChapitre 289 sur 533 · PREMIÈRES OPÉRATIONS · texte numérisé non relu

PREMIÈRES OPÉRATIONS

Le ravitaillement de Chiusdino et la prise de Palazzo Altesi sont antérieurs aux autres. Dès le 29 avril, Monluc annonçait au cardinal Carafa que D. Alvaro avait concentré trois mille hommes à Monistero, près de Sienne, réuni les bœufs nécessaires pour traîner deux demi-canons et quelques autres pièces de campagne et qu'il s’apprêtait à aller assaillir la place la plus voisine, Chiusdino. La veille, La Molle avait été envoyé avec cent arquebusiers pour la ravitailler!, Monluc raconte comment il y alla lui-même et y fit entrer de nuit Saint-Geniès, lieutenant d’Avanson, avec de la poudre et vingt-cinq piquiers. Il ne dissimule pas que la place était faible et qu’elle tomba au pouvoir de don Alvaro le second jour. Adriani ajoute que La Molle parvint à s'évader *. Pour divertir l’ennemi, Monluc, de retour à Montalcino, feignit d'aller assiéger Buonconvento et s’empara de Palazzo Altesi et de trois ou quatre châteaux voisins. Ces faits, r'apportés aussi par Adriani, eurent bien lieu dans le délai indiqué par les Commentaires : le 3 mai, en effet, les magistrats de Montalcino écrivaient à Andrea Landucci, orateur de la république à Rome, pour lui annoncer ce qu’ils appelaient un peu vite « les nouveaux succès de Chiusdino », la prise d’Altesi et des chàâteaux voisins 5. À cette date, Monluc était encore devant Alltesi; c’est postérieurement qu'il fit sur Montalcino, à la vue de lennemi, l’habile retraite qu'il a racontée ‘avec complaisance.

Son récit présente ici, d’ailleurs, une parfaite confusion. Après avoir évoqué un autre souvenir, impossible à dater d’une façon précise, le ravitaillement de Talamone, menacé d’une attaque

Vignoni, sur l’Orcia, que Monluc place très exactement .« viz-à-viz » de Rocca d'Orcia. — Montepescayo, Montepescaye = Montepescali. — Casterlocre, Castetlotye (1er ms.) — Castel-Ottiert, écart de la commune de Sorano, district et province de Grosseto, et non Castelluccio, au N.-0. de Montalcino, comme le conjecture pe RuBLE.

1. Monluc au cardinal Carafa, Montalcino, 29 avril (P. Courreauzr et Cu. Samaran, Deux lettres inédites de Blaise de Monluc au cardinal Carlo Carafa, dans le Bulletin ttalien, 1903, II, 154-156).

>. Aprrant, /storta de’ suot tempi, 1, 1005.

3. Arch. d'État de Sienne, Délib, de Montalcino, vol. 5, fo 87 vo : « Et ordenorno scriversi lettere à Mr Andrea Landucci... delle nuove et nuovi successi di Chiusdino, la presa degl'Altesi et fortezze convicine, et in che termine si trova il campo.. Et deliberorno che si mandi publico bando che a ciascuno sia lecito portare viveri in Campo di Franzesi agl’Altesi et particolarmente vini. » —

Cf, Anrrant, |, 1009.

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des galères espagnoles qui stationnaient à Gaëte ‘il revient à la prise d’Altesi pour noter comment il justifia sa conduite aux yeux du duc de Guise, puis il mentionne son séjour à PAbbadia San Salvatore, qui se place en août. L’interversion qu'il a commise et son dédain de la chronologie expliquent cette confusion et la maladresse du raccord. Les manuscrits ont permis, du reste, à de Ruble de corriger une inexactitude du texte de Florimond de Ræmond. L'édition originale porte, en effet, au début du récit : « Despuis ne se presenta là aucune occasion... » Le dernier éditeur a restitué la leçon des deux manuscrits : € Paravant ni despuis.. », qui est évidemment une correction dont la copie utilisée par le premier n’a pas profité. Monluc s’est donc rendu compte, après coup, de l’interversion, mais il a négligé de retoucher le passage où il raccorde le morceau interverti à la fin de son séjour à Montalcino. L'erreur, corrigée au début, reparaïit là. Il n’en faut pas moins lui faire honneur de ce souci de la chronologie, exceptionnel chez lui*.

Les autres faits rapportés dans les Commentaires se placent en juin. La prise de Pienza par don Alvaro di Sandez et lévacuation préalable de la place par les Français sont racontées par Monluc lui-même dans un long rapport au duc de Guise, et dans une lettre de Piero Gianfigliazzi, commissaire de Montepulciano, au duc de Florence. Dès la fin mai, les préparatifs faits par les Espagnols à Buonconvento ne laissaient aucun doute sur leurs

1. On peut conjecturer que ce fait se place fin mai ou au début de Juin. Monluc dit qu'à cette occasion il emmena avec lui à Grosseto sa compagnie de chevau-légers. Or, parlant plus haut d’une escarmouche de cavalerie qui eut lieu « quelques jours avant que dom Arbre sortist de Sienne », il dit que le capitaine Carico, gouverneur de Buonconvento, vint « braver » ainsi devant Montalcino parce qu'il croyait qu’il n’y avait plus de cavalerie, € car, dit-il, j'en avois eminené ma companye avecques moy à Grossette ». Un document permet de dater la sortie de Sienne de don Alvaro : le 11 juin, Camillo Luti l'annonçait. (Arch. d'État de Sienne, #b1d., vol. 5, fo 163 ro.)

2. De Runze, après avoir souligné, dans une note, l'importance de la restitution du mot Paravant, remarque que «le savant de Thou lui-même a été trompé par cette lacune de l’ancien texte ». La méprise est singulière. « Le savant de Thou », en effet, s’il a trop souvent le tort de suivre aveuglément le récit des Commentaires, a pris Justement soin ici d’en faire la critique et, à l’aide d'Adriani, qui lui a inspiré avec raison plus de confiance, il a raconté les faits dans l’ordre chronologique véritable (voir ne Taou, liv. XVIII, éd. de 1733, Londres, in-fo, 1, 621-622).

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