‹ Blaise de Monluc HistorienChapitre 29 sur 533 · Paris, Billaine, 1667, in-12, pp · texte numérisé non relu

Paris, Billaine, 1667, in-12, pp

même rang que de Thou, La Popelinière, Belleforest, Monluc a été l’une des sources principales de Scipion Dupleix dans son Histoire générale de France?. Le Gascon Dupleix à naturellement accordé une grande confiance au Gascon Monluc : il le trouve trop modeste dans son récit de la journée de Cérisoles, exalte son héroïsme à Boulogne, à Sienne, à Thionville; pour le règne de Charles IX, il le suit fidèlement, le défend contre les imputations de l'historien protestant Jean de Serres, et ajoute aux Commentaires quelques nouveaux détails et quelques éclaircissements précieux 3. Davila, l'historien longtemps fameux des guerres civiles de France, s’est, au contraire, peu servi de Monluc; lorsqu'il Pa utilisé, il la dénaturé et travesti. C’est ainsi qu'il invente que le projet prêté aux huguenots, au début des seconds troubles, de faire périr le roi et la reine fut dénoncé « dans la rigueur des supplices par quelques Gascons, qu’en diverses occasions le sieur de Montluc fit prendre et exécuter à mort »; que Monluc battit les vicomtes en tant de rencontres qu'il les obligea à quitter la Guienne; qu'il se rendit maître de presque tout le Béarn avec Terride {. Varillas, l'historien de Henri IT, ne prend pas de moins grandes libertés avec le texte qu'il a sous les yeux : si le capitaine Saint-Auban, au siège de Sienne, ne fut pas à son poste lorsque les Impériaux attaquèrent Camollia, c’est qu'il était à la messe de minuit; le récit de la retirade de Tivoli est de la plus haute fantaisie : Monluc y est représenté en face du duc d’Albe*. Le P. Daniel semble, au premier abord, plus réservé. Dans la préface de son /istoire de France, À formule très judicieusement les règles de la critique historique : « C'est contre les

1. J1ist. généal. de la maison de France, Paris, 1619, p. 346.

2. ire éd, 1621-1628, Paris, Sonnius, 3 vol. in-fo; éditions en 1629, 1630- 1031, 1634-1644, 1630.

3. Comme de Thou, Dupleix ne comprend pas toujours bien Monluc. Les Commentaires disent que le capitaine Monluc, envoyé au roi par son père, « fust surprins des ennemys » et perdit les lettres dont il était chargé, de sorte qu'il ne put faire connaître au roi Pobjet de sa mission (I, 337). Dupleix a compris qu'il fut pris par l’ennemi (éd. 1644, IL, 717).

4. Davira, Histoire des guerres civiles de France, Amsterdam, 1757, pp. 247, 279, 329. La rre édition de cet ouvrage parut à Venise, en 1630, in-40; il fut traduit pour la première fois en français par Baudoin en 1644. L'abbé Mallet, auteur de la traduction de 1757, à fait remarquer que Davila dénature les Commentaires en exagérant.

5. Vanicras, Histoire de Henry IT, Paris, 1692, L, 462; IL, 39:

mémoires qui racontent les guerres civiles, dit-il, que l’historien qui s’en sert doit principalement se précautionner. C’est dans ces sortes de mémoires où la partialité et lanimosité règnent le plus. » Les Commentaires sont cités parmi les sources de Phistoire au seizième siècle. Le P. Daniel leur emprunte la scène du conseil du roi avant Cérisoles, mais, pour le récit de la bataille, il leur préfère, sans dire pourquoi, Martin du Bellay. Il est, du reste, plein d’indulgence pour la vanité de Monluc; ce style «léger, vif et naïf » le charme et lui fait oublier ses principes. « Ce succès, dit-il après le discours aux Siennois la veille de la batterie, réjouit Montluc au-delà de tout ce qu’on peut dire, et mérite bien qu'on lui pardonne l’encens qu'il se donne à luy mesme dans ses Commentaires à cette occasion. » Il ne peut, à son tour, résister à la tentation de broder sur le récit original : il imagine que Marignan fit venir un gentilhomme de la chambre de l'Empereur pour lui faire entendre de la bouche d’un espion la façon formidable dont la porte Ovile était fortifiée *. Il écrit sans sourciller : « Le peuple, voyant l'artillerie retirée, reconduisit Montluc à son logis avec des acclamations et des applaudissements ?. » Ces belles inventions ne sont rien à côté du roman de d’Auvigny : dans ses Vies des hommes illustres de la France, cet étonnant biographe, qui a la prétention de donner des dates précises et qui débute en plaçant la bataille de Pavie en 1534, entasse mensonges sur mensonges avec une admirable effronterie. Après le siège de Perpignan, Monluc se brouilla avec le dauphin, puis ils se raccommodèrent; le futur Henri I lui fit des excuses et depuis lors laima toujours. Monluc se détacha des Montmorency et se rapprocha des Guise par conviction catholique. Il assista non seulement au siège de Thionville, mais encore à celui de Calais. D’Auvigny confond le Rincroc avec le Rhingrave, donne généreusement aux dames de Sienne des flûtes et des hautbois pour accompagner leurs chants; il fabrique de toutes

1. Histoire de France depuis l’élablissement de la monarchie françoise diée a en À F L » Je RNA PR È dans les Gaules, dédiée au roy par le P. G. Dani, de la Compagnie d fe = 2 1 9 A à Jésus, Paris, 1713, in-f0, pp. 545 546. rs. Ven >. Avant le P. Daniel, un autre jésuite, le P, Antoine Girard, avait travesti 2 * e OT LORS Es ce, ; »S s "ane e Jer 3 GS Monluc en d’Artagnan, lui faisant dire dans le discours à Fr nço al de dious, nous nous battrons bien. » (Les memorables journées des François, Paris, 1647, 1, 200-212.)

pièces un discours aux Siennois à Foceasion de l'expulsion des bouches inutiles, où Monluc s'exprime en soudard féroce et exige à la fin qu’on l’applaudisse. Il refait la fameuse scène de la toilette, ne la trouvant pas sans doute assez dramatique. Lorsqu'il est las d’inventer, il abrège sans scrupule : 1l escamote, par exemple, la sortie de Sienne, qui aurait pu pourtant fournir à son imagination une belle matière. Tout cela serait parfaitement négligeable, si le roman de d’Auvigny n'avait contribué à créer la légende du fanatisme et de la cruauté de Monluc ”.

On voit avec quel mépris les historiens du dix-septième et du dix-huitième siècle ont traité les Commentaires. Le succès du livre n’était pourtant pas épuisé : en 1746, il fut réimprimé deux fois à Paris, chez Leclere, 4 volumes in-12?, et chez Barois, 4 volumes in-12*; en 1760, une autre réimpression fut donnée par Prault, en 4 volumes in-r2 aussi, avec une table des matières et un vocabulaire des mots hors d’usage *. La même année, un simple commis au bureau de la guerre, Pinard, réunissait les premiers matériaux d’une étude critique des Commentaires. Dans sa Chronologie militaire, il donnait une biographie à laide d’une analyse consciencieuse du livre et y insérait des mentions de pièces originales tirées des comptes de l'extraordinaire des guerres, qui fixaient avec certitude plusieurs dates importantes *. L'histoire provinciale et locale témoignait aussi à Monluc plus de respect que l’histoire générale. Les historiens provençaux Bouche

1. D’Auvieny, Les Vies des hommes tllustres de la France, Amsterdam et Paris, 1745, t. XII. Il faut être Juste : d’Auvigny avait été dépassé dans l’invention par La Mothe le Vayer, qui avait écrit : « L'histoire nous represente ce vaillant Monluc monter à cheval, tout malade qu’il estoit, donner les ordres du combat et n’estre retenu qu’à grand peine de se mesler parmy les ennemis et de donner aux siens l'exemple de bien faire. Le mal le pressarit et se sentant finir, il commande qu’on tienne sa mort secrette; et dans ses dernières pasmoisons, met sa main sur ses lèvres pour signe du silence qu’il vouloit qu’on observast, afin que la victoire de ses trouppes ne fust point empeschée par sa perte. » (De l’instruction de Monseigneur le Dauphin, Paris, S. Cramoisy, 16/40, in-40, p. 132.)

2. B. N., La 205 J. — Voir, sur cette édition, une annonce du Journal des Savants, février 1747.

3. B. N., La 25 K. — Avec l’épitre à la noblesse de Gascogne et le Tombeau

complet; édition soignée.

RABSN: 7 Lar20 6 9. Chronologie historique militaire... Paris, 1960, IL, 329-344.

et Ruffi lui avaient emprunté son récit de l'expédition des moulins d’Auriol, épisode du siège de Marseille de 1536; mais le premier avait essayé de le dater en s’aidant d’un document de premier ordre, lÆistoire journalière d'Honoré de Valbelle ‘. Les Bénédictins, à leur tour, lurent les Commentaires avec attenüon. D. Vaissete fit voir que la chronologie, en apparence si précise, était incertaine pour le récit des événements de Toulouse (mai 1562)°. D. Devienne, dans son Histoire de Bordeaux, les compléta en dépouillant la collection des registres secrets du Parlement, d’où il tira un discours inédit de Monluc. En Italie, à la même époque, l'historien siennois Pecci leur faisait de larges emprunts, mais en les éclairant au moyen de documents originaux *. Enfin, le marquis d'Aubais, l'éditeur des Pièces fagitives, avait réuni à la suite d’un résumé des Commentaires des notes historiques, chronologiques et généalogiques aujourd’hui perdues *,

Au début du dix-neuvième siècle, les Commentaires prirent naturellement place dans les collections de mémoires relatifs à l’histoire de France : collection universelle de J.-Antoine Roucher. Antoine Perrin, Dussieux et Duchesnay (1785-1806)6, collection de Petitot et Monmerqué (1819-1827) 7, collection Buchon (1835-1839) 5, collection Michaud et Poujoulat (1836-1838) °. Ces

1. Boucue, La chorographie ou description de Provence, Aix, 1664, IL, 586. — Rurn, Aistotre de la ville de Marseille, 2e édit., Marseille, 1696, I, 329-330.

2. Histoire générale de Languedoc, Paris, 1745, in-fo, V, 631-635.

3. Histoire de la ville de Bordeaux, ire partie, Paris, 1771, in-40, 155-156.

A. Memorie storico-critiche della città di Siena, 1750.

Sur ce travail du marquis d’Aubais, voir l'introduction de l’éd. de Ruble (1, pp. xxu-xxiv). D’Aubais a utilisé certaines de ses notes dans son édition de l'Histoire des querres du comtat Venaissin (Pièce. fugit., 1, 289). Les dates qu’il donne pour le siège de Mont-de-Marsan et pour la rupture du pont de bateaux de Port-Sainte-Marie sont, d’ailleurs, inexactes.

6. Collection universelle des Mémoires particuliers relatifs à l'histoire de France, Londres et Paris, 1785-1806, 72 vol. in-80, t. XXII-XXVI.

7. Collection complèle de Mémoires relatifs à l'histoire de France depuis le règne de Philippe-Auguste jusqu'au commencement du dix-septième stecle, Paris, 1819-1827, 52 tomes en 53 vol. in-8v, t. XX-XXII.

8. Collection de Mémoires pour servir à l’histoire de France depuis le treizième siècle jusqu'à la fin du dix-huilième, Paris, 1835-1839, 32 vol. gr. in-80, t. XII. Sr | 9. Nouvelle collection de Mémoires pour servir à l’histoire de France, Paris, 1836-1838, 32 vol. gr. in-8°, t. VII.

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réimpressions ne sont, sauf la première, en ce qui concerne Monluc, que de très vulgaires entreprises de librairie. Roucher et ses collaborateurs ont sans doute pris de grandes libertés avec le texte de l’édition originale, qu’ils se vantent de reproduire : les Commentaires sont devenus chez eux les Mémoires de Messire Blaise de Montluc ; dans leur notice biographique, on peut lire que le féroce Monluc apprenait à ses enfants à se baignér dans le sang ". Mais ils ont fait des efforts consciencieux pour éclairer le texte en le rapprochant des autres historiens français du seizième siècle : Paradin, La Popelinière, de Thou; d'historiens italiens, comme Ascanio Centorio degli Ortensi, Luca Contile, Malavolti, Adriani, Pecci, Giacomo Marzani, auteur d’une histoire de Vicenza. Ils ont essayé, à l’aide de Boyvin du Villars et des Mémoires d'Estat de Ribier, de fixer la chronologie des campagnes de Brissac en Piémont. Ils ont relevé, dans les Pièces fugitives du marquis d’Aubais, le passage du Journal de Faurin sur les guerres de Castres qui confirme ce que dit Monluc de la prise de Lisle par les compagnies de son frère Joachim. Ils ont identifié certains noms de capitaines, à l’aide des grandes publications généalogiques du dix-huitième siècle (le P. Anselme, Chazot de Nantigny), et aussi certains noms de lieux, sur lesquels on chercherait en vain une note dans l’édition de Ruble. Ces efforts ont été méconnus par suite de la mauvaise foi de Peutot, qui a jugé très cavalièrement l’œuvre de ses devanciers et l’a pillée avec une impudence rare. Les notes de sa réimpression ne sont, en eftet, que la reproduction, le plus souvent incomplète et inexacte, des notes de Roucher. Petitot supprime simplement lindication des sources’. Son édition n’est qu'un plagiat malhonnête, aggravé de quelques erreurs3. Il faut pourtant lui reconnaître le mérite d’avoir entrevu que les Commentaires ne furent pas composés d’un coup, que l’auteur rema-

1. Brantôme avait dit cela du baron des Adrets. Monluc et des Adrets se confondent dans l'esprit des écrivains du dix-huitième siècle.

2. Abusé par Petitot, Franklin a écrit que l’édition Roucher est aujourd’hui devenue «absolument inutile », que «les notes, rédigées à la hâte, sont remplies d'erreurs et de futiles déclamations ». (Les sources de l'histoire de France, done Paris, 1877, p. 288.)

3. On y lit, par exemple, que Monluc «fit des prodiges de valeur à la baaille areis à alle : ’acarefr , taille de Marciano », à laquelle il n’assista pas, et qu’il ne se trompe presque Jamais « sur les temps ».

nia sa rédaction primitive. Buchon se borne à déclarer modestement qu'il a suivi le texte de Petitot, « plus conforme qu'aucun à l’édition de 1592 ». Michaud et Poujoulat font de même sans l’avouer. En réalité, toutes ces réimpressions procèdent de la collection Roucher. Les historiens de la première moitié du dixneuvième siècle ont travaillé sur ces textes, qui ne diffèrent entre eux que par les fautes d'impression. Ils les ont lus avec plus ou moins d'attention et ont admis sans contrôle l'opinion unanime des éditeurs, affirmant que la véracité de Monluc ne pouvait être contestée ‘.

La nécessité d’une étude critique des sources narratives de l’histoire au seizième siècle était apparue à Ranke dès 1824. Dans un appendice à sa Geschichte der romanischen und germanischen Vôlker vor 1/94 bis 1514, il avait passé en revue quelques-unes de ces sources, mais n’avait pas poussé jusqu'aux Commentaires de Monluc*. Michelet reprit idée de Ranke et, dans la préface du tome IX de son Æistoire de France, annonça l’intention de faire la critique des sources du seizième siècle; il ne donna pas suite à ce projet et s’en excusa à la fin de son volume sur les guerres de religion 5. Le travail eût été considérable; il ne convenait point, d’ailleurs, à son génie. De son côté, dans l’un des trois arücles qu’il a consacrés à Monluc dans ses Lundis, Sainte-Beuve avait indiqué qu’il serait nécessaire, pour bien connaître le siège de Sienne, de joindre au récit des Commentaires l'étude des documents italiens, et signalé, dans le tome II de l’Archivio storico italiano, la chronique de Sozzini

1. Henri Martin a signalé, d’après Monluc, le caractère antimonarchique du soulèvement des Réformés en Guienne (/Zist. de France, X, 104). Il dit des Commentaires : « Ces mémoires ne se recommandent pas moins par la solidité du fond que par la vivacité de la forme » (IX, 399, note). Il les a lus, du reste, avec quelque négligence : il croit que Monluc fut témoin de l’héroïsme des dames de Sienne.

2. Léopozr Ranke, Zur Krililke neuerer Geschichtschretber, Leipzig et Berlin, 1824, in-80. Ranke ne parle que de Guichardin, Beaucaire, Paul Jove, du Bellay et Arnaud de Ferron.

3. Micmezer, Histoire de France, t. IX, p. xu; t. X, p. AG. La Note des guerres de religion, où Michelet disait que son essai critique était devenu un volume « qui ne peut paraître qu’à part », ne se retrouve pas dans le tome IX de l'édition définitive, revue et corrigée, des Œuvres complètes. |

4. Causeries du Lundi, 8e édit., t. XI, p. 96, n. r. Ces trois articles paraissent avoir été écrits à l’occasion d’un livre de La Banre-Duparco, Biographie

L'observation était judicieuse, mais le vœu modeste de Sainte- Beuve resta lettre morte, comme le projet grandiose de Michelet.

En 1841, Guérard avait proposé à la Société de l'Histoire de France de donner une nouvelle édition des Commentaires. Appuyée par Lenormant, qui rappela la notoire insuffisance des récentes réimpressions, la proposition fut ajournée. Elle ne fut reprise qu’en 1862, sur le rapport de J. Desnoyers. Le baron Alphonse de Ruble fut chargé de la publication, qui devait comprendre, conformément au vœu exprimé par Tamizey de Larroque’, les Commentaires et la correspondance inédite de Monluc”. Les Commentaires formèrent trois volumes, qui parurent en 1864, 1866 et 1867. Pour l'établissement du texte, l'éditeur disposait de deux copies manuscrites conservées à la Bibliothèque Nationale, qu'il avait eu le mérite de découvrir et dont il détermina l’origine et l'authenticité. Il paraît avoir été moins heureux dans l'usage qu’il en a fait. Ces deux copies lui parurent presque identiques et ne présenter que des différences d'orthographe. En les rapprochant de l’édition originale, il constata qu'elles étaient incomplètes; les lacunes lui montrèrent que les manuscrits donnaient une première rédaction du livre, tandis que l’édition de 1592 contenait le texte définitif. Il se borna à constater l’existence de ces lacunes et de cette double rédaction, mais ne poussa pas plus loin. Avant tout préoccupé de donner un texte complet, il rétablit les passages supprimés par Florimond de Ræmond, substitua, partout où ce fut possible, à sa version celle du manuscrit, et, en retour, combla les lacunes du manuscrit à l’aide de l'édition originale. À certains endroits, il rencontra deux rédactions différentes : il adopta pour son texte celle de lédition originale, comme plus complète, et donna celle du manuscrit en variante. Jusque-là la méthode était bonne et le procédé louable. Mais l’éditeur n’a pas toujours fait la distinction entre la pre-

et maximes de Blaise de Montlur, Paris, 1848, in-80. L'auteur de ce livre remarque les désaccords entre Monluc et Boyvin du Villars et constate (p. 40) que « la lecture des Commentaires, où les noms sont estropiés et les dates bouleversées, mais dont la véracité n’est point suspecte, a quelque chose de fastidieux, parce que tout s’y suit sans divisions, sans points de repaire (sic) ».

1. Quelques pages inédites de Blaise de Monluc, 1863, pp. 18-19.

2. Bulletin de la Société de l'Histoire de France, 1841, p. 206; 1862, pp. 293, 311, 327, 394, 899; 1863, pp. 113-116.

mière et la seconde rédaction; il les a brouillées ensemble en les Juxtaposant. S'il a noté avec soin tous les passages, phrases ou membres de phrase inédits, il s’en faut qu'il ait indiqué toutes les variantes : à dire vrai, il n’a relevé que les principales, celles qui portaient sur un passage entier ou sur une phrase. Mais il a négligé de signaler les innombrables différences de style qui existent entre les manuscrits et le texte des éditions. Très souvent, un tour incorrect ou obscur de la première rédaction est rendu clair et correct dans les éditions par l'addition, la suppression ou le déplacement d’un mot. L'éditeur, qui pourtant a pris soin de déclarer que Monluc « mérite d’être traité comme les grands écrivains », semble avoir dédaigné ces vétilles; il adopte alors toujours la leçon des éditions. Il nous donne, en somme, le texte de Florimond de Ræmond accru des passages supprimés par le premier éditeur où manquant dans la copie dont il se servit, accompagné des principales variantes et modifié par la substitution à l'orthographe du correcteur de Millanges de la graphie, assez inutilement compliquée, du copiste du second manuscrit”.

Le texte de l’édition de Ruble a donc surtout le mérite d’être plus complet et relativement plus pur que celui des éditions antérieures. Quant au commentaire qui laccompagne, il est aujourd’hui permis de le trouver insuffisant. Sans doute, les efforts de l’éditeur pour établir une chronologie précise méritent d’être loués; mais son travail est très incomplet, surtout pour la période italienne, et les dates proposées ne sont pas toujours exactes. Sans doute aussi, les érudits doivent lui être reconnaissants du grand nombre de documents inédits qu’il a signalés; ils en ont fait leur profit et les notes de Pédition de Ruble ont suscité d’utiles publications. Les deux volumes de lettres de Monluc, qui

1. De Ruble a, en effet, donné la préférence à la seconde copie, d’ailleurs incomplète, sans doute parce qu’elle était d’une lecture plus aisée. Il en a reproduit des singularités, telles que les finales des imparfaits en oëct, oënct, iont, qui doivent être uniquement attribuées à la fantaisie du scribe. L'orthographe de la première copie, dont les formes gasconnes paraissent avoir effrayé l'éditeur, est beaucoup plus simple. Une collation très attentive de cette copie m'a convaincu que, pour la partie où elle était son seul guide, qui représente plus de la moitié des Commentaires (à partir de la page 195 du tome Il), l’éditeur ne s’est que fort médiocrement soucié de reproduire la leçon du manuscrit et a simplement réimprimé le texte des éditions. Je n'affirmerai même pas qu'il a recouru à l'édition originale. I semble bien s’être servi de Buchon.

forment les tomes IV et V de l'édition de la Société de PHistoire de France, sont eux-mêmes une inestimable contribution à l'étude critique des Commentaires: mais il est regrettable que leur publication ait suivi celle du texte au lieu de la précéder. Les éclaircissements historiques joints au texte sont rares, ou vagues, ou parfois erronés. Pour la période italienne, en particulier, l'éditeur était peu préparé à sa tâche. Il écrit, par exemple, que Henri Il, pendant la durée de son règne, ne quitta pas la France et explique à sa façon la phrase où Monluc fait allusion au voyage officiel du roi en Piémont en mai-septembre 1548 '. Telle discussion sur la date de l’arrivée de Monluc à Sienne repose sur un simple lapsus *. Les identifications de personnages sont nombreuses et, en général, précises; elles ne sont pourtant pas à l’abri de toute critique. Les identifications de noms de lieux laissent beaucoup à désirer : pour la période italienne, elles sont très souvent hasardeuses et fautives; pour la période française, elles sont très insuffisantes. L'éditeur a trop négligé le premier manuscrit, où il aurait trouvé pour plus d’un nom des formes moins altérées et plus reconnaissables. Enfin, l'index qui termine le tome V n’est pas exempt de négligences et ne contient pas tous les noms de lieux cités dans les Commentaires.

En dépit de ses défauts, l'édition de la Société de l'Histoire de France a fait faire un pas décisif à l'étude critique de l’œuvre historique de Monluc. Les matériaux essentiels pour l’entreprendre ont été pour la première fois réunis. De Ruble a dépouillé à peu près complètement tous les fonds de la Bibliothèque Nationale et en a extrait plus de 120 lettres; aux Archives Nationales, il a transcrit les documents relatifs aux rapports de Monluc avec Philippe 11; les archives municipales de Bordeaux, de Toulouse, d'Agen, de Lectoure, d’Auch, de Condom, de Périgueux, un certain nombre de collections privées lui ont fourni des lettres, des ordonnances, des commissions. À Saint-Pétersbourg, le comte H. de La Ferrière, tout en recherchant dans la fameuse collection Dubrowski conservée à la bibliothèque de l’'Ermitage la corres-

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