‹ Blaise de Monluc HistorienChapitre 31 sur 533 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

L'occasion des Commentaires.

La blessure que Monlue reçut à l’assaut de Rabastens lui fit les loisirs auxquels nous devons son livre. C’est lui, du moins, qui affirme : « J’ay ceste obligation à ceste meschante arquebusade qui m'a percé et froissé le visage, d’avoir esté cause que J'ay dicté ces Commentaires »". La raison qu’il donne n’est pas contestable ; mais ce n’est qu'une raison de fait. S'il est vrai que lPinaction de la retraite lui procura le temps de retracer sa longue existence, des motifs plus pressants lui en suggérèrent l’idée. Il convient de les indiquer tout d’abord pour expliquer la genèse de l’œuvre et en préciser l’objet.

Depuis qu’en récompense de ses services pendant les premiers troubles, il avait reçu la lieutenance de Guienne, Monluc entretenait avec la cour des rapports que son caractère « fascheux », ses intempérances de langage, ses maladresses, ses procédés administratifs rendaient tous les jours plus difficiles. Sans doute, il avait une protectrice puissante : c'était la reine. Catherine de Médicis lui avait conservé l'estime particulière que Henri IT, en dépit de l’animosité du connétable, lui témoigna toujours. Monluc lui rappelait sa jeunesse ; il avait été le compagnon d’armes et l'ami de son favori, le maréchal Strozzi; il avait gagné le plus pur de sa renommée dans cette entreprise de Sienne, à laquelle elle s’était si passionnément intéressée; au siège de Thionville, il s'était montré le digne second du duc François de Guise. Elle avait confiance dans son loyalisme; elle jugeait qu'un simple

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capitaine tel que lui pouvait être, en dépit de ses humeurs de Gascogne, plus aisément manié que ces grands seigneurs qui, en un temps où le prestige monarchique était compromis, ne songeaient qu'à s’ériger en potentats dans leurs gouvernements. Elle pensait aussi qu’elle avait intérêt à se servir d’un homme qui, par son autorité personnelle, était particulièrement capable de maintenir dans le devoir la noblesse de Guienne, qui s’était acquis une grande popularité parmi les bourgeois et le petit peuple des villes, d’ailleurs ambitieux et cupide, « en ses plus grands advancemens d’estat et de charge autant affamé et necessiteux de faveur qu’un autre »', et que l’on pouvait tenir par des promesses. Aussi, à deux reprises, elle avait refusé la démission qu'il lui offrait; elle l’avait même défendu contre les accusations les plus graves, parfois les plus justifiées.

En dépit de cette protection constante, le crédit de Monluc n'avait jamais été très solide. Les raisons mêmes qui lui valaient la confiance de la reine lui avaient atüré des haines nombreuses et puissantes. Grands seigneurs et courtisans trouvaient excessif qu'un gentilhomme d’aussi chétive naissance, qu’un petit compagnon tel que lui, bon tout au plus à faire un sénéchal ou un gouverneur de place, occupât une charge considérable, une des plus belles lieutenances du royaume”. Il Pavait, au début, partagée avec Burie et l’on aurait pu, à la rigueur, admettre qu’en temps ordinaire ces deux vétérans des guerres d'Italie eussent de moitié l’administration de la Guienne, sous l’autorité du roi de Navarre. Mais lorsqu'on vit, à la mort de Burie, en juin 1565, Monluc se faire attribuer la lieutenance entière et la vice-amirauté de Guienne, sous le contrôle dérisoire d’un enfant de douze ans, le scandale fut grand. Jusque-là, les efforts faits par ses « bons amys » les huguenots pour ébranler son crédit, pour le com-

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