LE FAUX ASSAUT (NUIT DU Q AU 10 JUIN
faux assault avec quelque nombre de soldatz, tant pour veoir l’ordre et la contenance que tiendroient les ennemis que pour leur faire descouvrir leurs flanez, dont ils avoient deliberé de se servir quand on les iroit assaillir, comme aussy pour veoir quel moyen il y auroit de se loger au pied du rempart". Ledict sieur de Monluc, pour executer ce qui luy avoit esté commandé, donna charge au capitaine Sarlaboz d'aller le premier au ravelin. Les capitaines Meillas ?, Saint-Estève, Sipierre furent commandés pour aller à la grosse tour, et les capitaines Gordes et la Bourdaisière, Cerve (?), Vallinville# et la Velurnie (?) furent ordonnez chacun avec cinquante corseletz pour les soustenir *, tous lesquels donnèrent Jusques sur la rive de la bresche sans toutefoys qu’il fust par eux essayé de la forcer, les ayant esté deffendu de ce faire pource qu’elle n’estoit en sorte du monde raisonnable ; et après que ledict Sarlabos eust mis en desordre une partie de ceux qui estoient à la garde dudict ravelin, et qu'ils eurent esté une bonne heure aux harquebuzades avec les ennemys, qui estoient accouruz tous effrayez à cett’ alarme, ils se retirèrent, ayant ledict lieu esté bien et à la verité recogneu par les susditz capitaines, desquels le capitaine Saint-Estève eust une harquebuzade à la cuysse, de quoy il mourust peu de tempz après, qui fust dommage pour ce que cestoit un brave et vaillant homme; son frère eust un œuil crevé d’une harquebuzade, et l'enseigne de Sipierre, nommé Salèves, fust tué, comme furent quelques autres soldatz, et quelques autres blessez5. » Monluc, on le voit, a négligé de dire que ce fut par ordre que l’on ne poussa pas plus loin la reconnaissance. Il affirme qu'il eût été facile d’escalader la muraille et de monter sur la plate-forme : c’est aussi Pavis de Rabu-
1. Cette fin de phrase est copiée presque textuellement de la relation de Bar- LARD. RABUTIN, qui a connu cette relation, la lui a aussi empruntée, ainsi que la date.
>. Le 1er ms. nomme ce capitaine HMrllat, leçon supérieure à celle du 2e (Maillac). Ragurin le nomme Willas.
3. Moxruc parlera plus loin du capitaine La Bourdaisière, tué à la prise des casemates (Il, 278), et du capitaine Valenville, de la garnison de Metz (II, 283).
4. Mowxcuc parle de quatre cents piquiers et de quatre cents arquebusiers.
5. Moxcuc dit simplement que Saint-Estève fut tué. Il ne donne pas le nom de l'enseigne de Sipierre.
e je n 7 5 fos 10e rO
6, B. N., Cinq-Cents Colbert, vol. 26, fos 180 vo-187r vo,
tin, dont le récit est plus vague, mais masque moins l'échec final”.
La chronologie de Monluc, en dépit d’un effort vers la précision, reste peu nette pour les jours suivants. Ballard dit que le 11, on continua les tranchées de la rive gauche et qu’on Îles acheva le lendemain : «Monsieur le mareschal vint le soir [du rt | dit Monluc, et hastasmes noz tranchées ?. Et comme nous feusmes à cinquante pas de la tour, ung matin, ainsin que le jour vouleust venir, monsieur le mareschal se voulcist retirer... » Et il raconte comment, tandis qu'avec Strozzi, qui s’apprêtait à repasser le pont pour aller changer de chemise dans ses tentes, il attendait un cheval près du pont de Manom, € à lendroit d’une croix de piarre », ils virent soudain les assiégés faire une sortie par la porte de Luxembourg dans une tranchée, d’où les repoussa le capitaine béarnais Laguo. C’est la sortie que Ballard mentionne à la date du 13 et à la même heure. Il dit que les Français avaient été heureusement renforcés de six cents corselets allemands; Monluc dit, à peu près de même, que tous les soirs on lui donnait quatre enseignes d’Allemands pour secourir ses hommes au besoin. Les Memotres de l'estat de France ont emprunté à Ballard son récit en ajoutant que Pennemi eut six ou sept tués. Monluc vit dans la tranchée un capitaine et un lieu-
1. RapuriN, XXXII, 182-183. — Pero Pelido, ambassadeur florentin à Venise, écrivait, le 2 Juillet, que les Français avaient jusqu’au 12 juin tiré seize mille coups de canon, qu'ils avaient perdu beaucoup de monde et avaient été obligés de déplacer leurs tranchées, que les assiégés opposaient une résistance acharnée. (Négoce. de la Fr. av. la Tosc., I, 381.)
2. Les Memoires de l’estat de France confirment aussi Monluc et font un grand éloge de l’activité déployée par Strozzi, qui & passa sept ou huict nuictz à conduire lesdites tranchées [Moxzue : « Et demeurasmes sept ou huict Jours avant que nous feussions à deux cens pas de la ville. »|, ne s’estant peu achever plus tost, d'autant qu'il les falloit prendre d'assez loing et qu’elles estoient en chemin descouvert où l'artillerie leur pouvoit donner beaucoup d’empeschement, et touttefoys pour les advancer l’on fesoit coupper les bledz qui estoient prestz à scier et les faisoit-on apporter là pour servir comme de fascines pour les hausser, attendu qu'on ne pouvoit eaver guère avant sans trouver l’eau, et oultre cela, pour user de plus grande diligence, il fit besongner avec les pionniers mil ou douze cens lansquenetz qui ne servirent point peu, pour advancer la besogne... » (Fo 182 ro-vo.)
3. Ce capitaine servait en 1565 dans le régiment de d'Andelot (B. N., fr. 20507, fo 1943 Clairamb., 355, fo 25).