‹ Blaise de Monluc HistorienChapitre 317 sur 533 · AU PIED DE LA TOUR-AUX-PUCES · texte numérisé non relu

AU PIED DE LA TOUR-AUX-PUCES

tenant tués, ainsi que quatorze morts «des nostres ou des leurs »; il n'eut pas dix blessés. Il attribue ce faible dommage à son invention des arrière-coins ou places d'armes, dont il se fait gloire, et qui est restée une date dans l’histoire du corps du génie”. Les opérations des Jours suivants (14-20 juin) sont racontées par Monluc d’une façon plus brève, mais précise, d’ailleurs incomplète. Le duc de Guise fit pousser la tranchée de Manom jusqu'au pied de la Tour-aux-Puces. Ballard place ce fait le 14; Monluc le mentionne, mais oublie d’ajouter que l’on éleva en même temps une grosse gabionnade pour abriter six pièces de gros calibre qui ouvrirent le feu, le lendemain, contre le ravelin à demi ruiné le 7 et qu'avait réparé l'ennemi; bientôt démoli, il fut évacué par la garnison”. La Tour-aux-Puces se trouvait à peu près isolée de la place. Le duc de Guise en fait aussitôt attaquer la base par la sape ; les mineurs, dit Monluc, commencèrent à percer la muraille à deux ou trois pieds de terre. Les assiégés répondent en faisant des casemates ou contre-mines. « Et demeurasmes troys nuictz à pouvoir percer la muraille. » Le ciment romain de la vieille tour de Thion résistait, en effet, merveilleusement aux coups de sape, « pour estre le mortier si dur que Îles pierres mesmes se rompoient trop plus aisement »3, En même temps, disent les Commentaires, M. de Guise « commensa à faire faire une traversse de terre et faschines droit contre amon la tour, et y faisoit laisser ung petit chemyn ». Cette « traverse » est le terrassement où cavalier dont parle Michieli dans une relation, non datée *, et qui fut élevé, d’après Ballard, du 17 au 19, pour loger des arquebusiers dont le feu, dirigé contre les assiégés de la plate-forme, devait protéger les sapeurs. Le « petit chemyn »

1. Cf. Azcenr, Histoire du corps impérial du génie, Paris, 1805, [, 17. — Doc p’Aumace, His!, des princes de Condé, Y, 56, n. 1.

2. Barzarp. — Les Memorres. de l’estat de France disent que la gabionnade fat élevée malzré les efforts désespérés des assiégés, qui Ctiroient des pierres en si grand nombre que la neige ne tombe point plus menüe », et lançaient des «artiffices à feu qui bruslèrent beaucoup de nos pionniers et quelques uns de ceux qui les fesoient besonganer... » (Fo 183 vo.)

3. B. N., Cinq-Cents Colbert, vol. 26, fo 184 ro. — Cf. RaBuriN, XXXII, 185.

4. «Et alozgid quaranta archibuggieri su l’alto della ditta torre sopra un corridor che g'i fece fare all incontro per allargare la parte alta di quella, a fine che ol archibugowieri hivessero maggior comodità, » (B. N., f. ital. 1720,

fo 56 ro.)

est le « corridor en manière d’eschaffault » que Strozzi avait fait construire pour faire communiquer le cavalier avec la plate-forme de la Tour-aux-Puces. C’est par là que, le soir du 19, les arquebusiers de Monluc passèrent pour occuper cette plate-forme, ce qui, dit-il très justement, « nous feyt plus de mal que de bien ». En effet, la position n’était pas tenable; on s’y trouvait exposé au feu plongeant de la place”.

Avant de retracer en détail la grande journée du 20, la prise des casemates de la Tour-aux-Puces, Monluc a raconté, à sa date, un des épisodes les mieux connus du siège : la mort de Pietro Strozzi, Lué le matin, et non, comme il le dit, au début de l'après-midi du lundi 0 juin *. Voici la relation qu'en donna le 22 ambassadeur Michieli : « J’ai appris ce soir que ce pauvre gentilhomme est mort le 205 d’un coup de mousquet à la poitrine; il a été frappé à l’improviste, comme il venait à peine de montrer, au-dessus des tranchées, la partie supérieure de son corps, afin de voir et d'examiner si lon pouvait se rapprocher encore des remparts intérieurs, ce qui aurait facilité l'assaut. Il n'avait malheureusement pas sa cuirasse; elle était près de lui, et il la mettait lorsqu'il fut atteint avec tant de force qu'il eut seulement le temps de dire les quelques paroles suivantes à M. de Guise, accouru aussitôt : « Monseigneur, je suis un homme «mort; je vous prie de vous souvenir de moi, car je meurs pour « vous. » Et il expira sur-le-champ. IT est regretté de toute la cour, surtout du roi, et plus encore de la reine, dont je ne saurais exprimer le chagrin, à un point tel que seule la prise de Thionville pourra suffire, de lavis de tous, à calmer la douleur

1. B. N., Cinq-Cents Colbert, vol. 26, fos 184 vo-185 r0-vo,— Cette relation s’extasie à tort sur l'invention du cavalier et affirme, ce qui est matériellement inexact, qu'elle permit de dominer la plate-forme de la place. Monluc juge beaucoup mieux sur ce point.

2. Le cardinal de Lorraine à M. de Humières, Villers-Cotterets, 23 juin : « Nous y avons perdu monsieur le marechal Strossy, qui fut tué lundy au matin d’une harquebuse à croc dedans la tranchée, qui est une telle perte que vous pouvez penser. » (B. N., fr. 3123, fo 185, orig; Clairamb., 352, fo 48, copie.)

3. Le roi, dans une lettre au cardinal de Tournon, du 25 juin, annonçait inexactement que Strozzi fut tué le 21, veille de la capitulation ‘(Risrer, I,

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