‹ Blaise de Monluc HistorienChapitre 319 sur 533 · LA PRISE DES CASEMATES · texte numérisé non relu

LA PRISE DES CASEMATES

avec M. de Sipierre‘. En même temps, les pierres lancées du haut de la plate-forme font voler en pièces les mantelets. Les arquebusiers qu’ils abritaient sont à découvert, « en butte » au feu terrible de la plate-forme. Monluc est là, stoïque sous les projecüles, donnant l'exemple. M. de Nevers, qui est de l’autre côté du trou, au pied du cavalier, envoie Bourdillon pour le prendre à bras-le-corps et le porter à six pas en arrière. « Alors je me deffis de luy et luy dis : « Et ne voyés-vous pas aussi que si je ne «suys là, avecque les soldatz, que tous abandonneront ce coing; «et les enemys tueront tout ce qu’est au long de la muraille, car «asture-là 11z se haulsseront à leur ayse pour tirer contre bas. «Il est dict aujourd’huy ce que Dieu vouldra de moy. » Et m’en retournay au lieu dont il m’avoit tiré *. »

La position n'était plus tenable; le moment était décisif. Monluc appelle le capitaine Volmar * et le capitaine Millas, dont le nom, qu'il avoue avoir oublié, nous est fourni par les Memoires de l’estat de France. Il ordonne au premier de franchir, avec six arquebusiers et deux hallebardiers, la zone dangereuse et de se jeter à coup perdu sur les casemates; en même temps le second gagnera, par la traverse du cavalier, le haut de la tour et prendra les défenseurs à revers. Le capitaine Millas est tué dès qu'il montre la tête au-dessus du parapet. Le capitaine Volmar, plus heureux, parvient aux casemates. Les défenseurs, sans plus résister, les abandonnent et se sauvent par le

1. « Monsieur de Montluc ayant appellé les capitaines et soldatz et tous exhortez d’avoir leur honneur en recommandation et de faire le devoir qu'il s’estoit promis et que monsieur de Guise attendoit de leur vaillance, il ordonna les capitaines de Sipierre et Sarlaboz pour aller recognoistre le ravelin, et pour les soustenir le capitaine La Bourdaisière... Ceux qui furent ordonnez pour le costé du ravelin trouvèrent le chemin si malaisé, parce qu’ils ne pouvoient aller sans passer une eau fort bourbeuse, qu’ils furent contrainctz, après l'avoir bien recogneu, de se retirer devers laditte platteforme... » (B. N., Cinq-Cents Colbert, vol. 26, fo 190 ro-vo.)

Page 1