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CAUSES DE LA DISGRACE DE MONLUC

promettre aux yeux de la reine, avaient eu peu de succès. C’est du côté catholique que lui vint le premier « contrescarre ». En octobre 1567, le connétable, voulant assurer un état à son gendre, Henri de Foix-Candale, lui fit donner le gouvernement de Bordeaux et la lieutenance générale du Bordelais. Monluc, dépouillé de la moitié de sa charge, dut dévorer ce premier alfront. Ce ne fut pas en silence : il cria; ses récriminations furent si bruyantes, elles parurent si importunes que, pour ne pas tout perdre, il dut très humblement les rétracter. La mollesse avec laquelle il dirigea l'expédition de Saintonge, en février 1568; son inaction en septembre lorsque Jeanne d’Albret et son fils, gagnant La Rochelle, traversèrent « à son nés » la Gascogne, l’Agenais et le Périgord, la lenteur de ses mouvements en octobre, qui permit aux Provençaux de franchir sans encombre la Dordogne pour aller rejoindre l’armée des princes, accrurent le mécontentement contre lui. Dans ce temporisateur hésitant, les chefs catholiques ne reconnaissaient plus le sauveur de Bordeaux et de Toulouse, le vainqueur de Targon et de Vergt.

Les procédés administratifs de Monluc étaient aussi une source perpétuelle de conflits. Pour faire la guerre, il estimait qu’il fallait beaucoup d'argent et se plaignait avec amertume que la cour ne lui en donnât pas assez. Ses doléances sur ce point étaient continuelles et ses ennemis avaient beau jeu à les exploiter. On colportait les propos très libres qu'il laissait échapper lorsqu'on ne faisait pas droit à ses demandes". On laissait entendre qu'il était expert à distraire à son profit personnel les deniers du roi. Il avait rapporté d'Italie des idées très larges en matière de finances ; ses démêlés à Montalcino avec Henri de Mesmes lui avaient fait une fâcheuse réputation. Jeanne d’Albret avait, en 1564, dénoncé avec véhémence ses concussions. Ses rapports avec les « messieurs des finances » étaient plutôt aigres : à la suite de la grande levée qu'il avait faite, au début des seconds troubles (octobre 1567), en vertu, du reste, de pouvoirs réguliers, pour envoyer au roi les troupes qu'il lui demandait, ils s'étaient plaints

1. « Sire, écrivait-il au roi le 3 février 1569, monsieur de Monferrand m'a dit que j'ay de bons amys auprès de Vostre Majesté, qui me prestent tousjours quelque charité, et que J'ay donné au diable vous, la royne et tout vostre conseil, » (V, 146.) Et il se justifie, mais sans désavouer nettement le propos.

qu’il eût tant dépensé. Il refusa net de donner des explications et dénonça son collègue Damville, gouverneur du Languedoc, comme ayant gaspillé 190,000 francs « sans avoir levé plus hault de quatre compaignies ». Il ajoutait : « Mais si lesditz sieurs des finances veullent mesnager l'argent du roy, qu’ils le facent à l’endroit de ceulx qui le despendent en vain, s’il en y a. Car, quant à moy, je ne suis point de ce nombre » ". Le langage était fier ; était-il justifié ? 1

Un incident grave qui survint au début de 1569 permet d’en douter. Par un mandement en date du 16 février, Monluc s’était permis de mettre la main sur une somme de 18,000 livres destinée au paiement des rentes de la ville de Paris, et de Pattribuer sans facon au trésorier de extraordinaire pour le paiement des gens de pied levés en Guienne. Ce n’était pas la première fois qu'il prenait cette liberté; il s'était déjà approprié 10,000 livres par le même procédé. Une plainte en forme fut déposée au conseil du roi. Charles IX lui adressa un blâme sévère : « Je ne puis, lui écrivait-il, en façon que se soit trouver bon que vous uziez de telles voyes, ne que vous touchiez à mes finances sans mon exprès commandement. Je vous len ay jà escript et faict plainement entendre mon intention”, ne pouvant estimer que vous ayez cause d’ainsy rompre l’ordre et toucher au fondz de mesdictes finances. Je [vous] prie donc et neantmoins ordonne, en tant que vous desirez le bien de mon service et l’avancement de mes affaires, ne donner plus d’occasion à telles plaintes et vous comporter selon que vous sçavez mon intention estre, donnant ordre que ces sommes de xvrr" livres d’une part et x" d’autre soit restituées audict Marcel, et qu’elles soyent seurement portés jusques hors les limites de votre gouvernement avec les autres deniers de sa charge, laquelle m'estant de très grande importance, comme vous pouvez assez juger, se prenant là le principal et quasi seul fondement de la grande despence de ceste guerre, je vous prie mintenir ledict Marcel et le favoriser, ensemble ceulx qui viendront de sa part, en tout ce que vous pourrez. » Et la semonce

1. Monluc à Beauclerc, conseiller du roi et receveur général des finances en Picardie, Agen, 10 Janvier 1568 (V, 105-106).

2. Monluc fait, en effet, allusion à une défense un peu antérieure que lui avait faite le duc d'Anjou, au nom du roi, dans son « Memoire à monsieur de Salyes », Sainte-Foy, 13 mars 1569 (V, 150-151).

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