MONLUC SYMPATHIQUE AUX RÉFORMÉS D’AGEN
voire mesmes lui eschappa quelques fois de dire qu’en bref la papauté seroit abatue et que ces ventres bénéficiers perdroient leur marmite; et qui plus est, accorda un ministre à ceux du pais de Gontaud, lui assignant pension sur le bénéfice du lieu, duquel l’un de ses enfans estoit curé. Et sur cela il se retira en sa maison d’Estillac, près d'Agen... adjoustant qu'il vouloit luy mesme venir demeurer dans la ville et ouïr les presches ; et de faict il fit ce qu'il put, disant hautement à Burie, qu’on feroit tort à ceux de la Religion de leur oster ce couvent ', et que peult estre cela leur donneroit occasion de se saisir d’autres plus grands temples *. » L’attitude de Monluc depuis son retour de la cour, son désir très manifeste de plaire à la reine mère et d'appliquer sa politique tolérante s'accordent très bien avec les faits rapportés dans ce passage. Cet étalage bruyant de zèle est bien conforme aussi au caractère du personnage, qui cherchait par ce moyen à attirer l'attention sur lui. Nul doute enfin que Monluc, d’une part tenu par son frère au courant de ce qui se passait à la cour ?, d’autre part très frappé des progrès considé-
mes gascons fauteurs de troubles. Cette idée lui avait été suggérée certainement par Monluc, à qui, on l’a vu plus haut, elle fut toujours chère.
1. Il s’agit du couvent des Jacobins, dont les réformés s’étaient emparés de force.