Hist. eccl
3. Il dut croire que le colloque de Poissy aboutirait. On sait que Jean de Monluc ne négligea rien pour cela. Son attitude au colloque fut celle d’un conciliateur très favorable aux réformés. Le dimanche 3 août 1561, il avait été, avec le cardinal de Châtillon, l’évèque d’Uzès et quelques autres de ces prélats qui, tandis que le cardinal d’Armagnac célébrait la messe catholique au couvent des Dominicaines de Poissy, communièrent « à leur mode » à la paroisse. L'évêque d’Uzès officia et fit un sermon de cæna Domint, sacramento concordiae et charitatis, qui n’était sans doute pas fort orthodoxe. A la deuxième séance du colloque, Jean de Monluc fit bon accueil au vieux Pierre Martyr. Le 9 octobre, il fut de la minorité qui refusa d’adhérer à la censure de la confession réformée. Le jeudi 25 septembre, par ordre de la reine, le théologien Claude Despence et lui eurent à Saint-Germain, avec de Bèze et Nicolas des Gallards, une conférence sur « l’article de la Cène », où ils soumirent aux docteurs réformés une formule très élastique, que ceux-ci repoussèrent le lendemain, Le lundi 29, nouvelle conférence, qui n’aboutit pas davantage. — Le rôle joué par Monluc, dont les Chretiennes instructions avaient, du reste, été censurées comme hérétiques par la Sorbonne, inspira un huitain significatif qui débutait ainsi :
Messieurs de Valence el de Seez
Ont mis les Papistes aux ceps..
(Arch. du clergé de France, 1561, Archiv. Nat., G 5894, fos 9 vo, 43 vo, 119 vo-
rables de la Réforme en Agenais”", n'ait à ce moment pensé très sérieusement que le parti haguenot était à la veille de l’emporter, et qu’en se rangeant de ce côté, il avait plus de chance d’obtenir cette lieutenance de Guienne après laquelle, dès lors, il «€ abayait ». Quant aux scrupules théologiques, ils ne préoccupaient guère un vieux routier tel que lui, et la perspective d’entendre la messe en français le laissait fort indifférent. Sortir d’une inaction qui lui pesait, conjurer le mauvais sort qui, depuis la paix, s’acharnait contre lui, gagner la faveur de la reine, obtenir une charge qui lui procurerait de nouveau crédit et richesses, telles étaient, à la fin de 1561, ses seules préoccupations. Et il pensait que tous les moyens étaient bons pour parvenir *. Burie, après avoir signé, le 8 octobre, son ordonnance pour la pacification de la Guienne, revint à Bordeaux. L'avortement du colloque rendait de nouveau la situation fort obscure. La reine allait-elle persister dans sa politique tolérante? Pour en être informé au mieux, Monluc partit de nouveau pour la cour, bien prêt, suivant les circonstances, à faire valoir le zèle qu'il venait de déployer comme collaborateur officieux de Burie et à en tirer. tout le parti possible *. En plusieurs endroits de son livre, il a fait allusion à ce voyage. Il l’a noté à son ordre chronologique, ajoutant qu'il venait simplement se mettre à la disposition de la reine et de ses enfants, et « mourir à leurs piedz contre tous
120 r0, 123 vo et suiv., 187 vo). — Sur cette attitude, qui explique fort bien celle de Blaise à Agen à la même date, voir H. Kirprrez, Le colloque de Poissy, Paris, 1868, pp. 94, 108, 129, 134; De Ruse, À. de B. et J. d’A., TL 188, n. 2 et 3, 195, et Le colloque de Poissy (Mém. de la Soc. de l’hist. de Paris, XVI, 1889, pp. 16-17, 38, n. 1).
1. Hardi écrivait d'Agen à Calvin le 24 septembre : « S'il y avoit dissipation en ce pays, la playe saigneroit par toute la France, d'autant que c’est un pays dejà bien avancé. » (Opera Calvint, XVI, col. 731.) Sur les progrès des réformés en Agenais et dans toute la Guienne, voir GaAurLteur, op. ctt., chap. xx ; BourGron, La Réforme à Nérac; ve Rusie, /. d'A. et la Guerre civile, ch. 1.
2. Tuorix à le premier signalé le texte de l’Ærs{. eccl. et indiqué les raisons qui doivent le faire accepter comme vrai. Il ajoute excellemment : « On n’a pas encore montré Monluc sous cette figure; on a jugé trop légèrement qu'il revit tout entier dans ses Commentaires. Le personnage est plus complexe; il faut ajouter au portrait dont il est l’auteur par trop complaisant. » ( Rev. de l’Agenais, XIV, 492.)
3. Il était certainement à Saint-Germain le 7 et le 8 décembre, où eut lieu la création des nouveaux chevaliers de l’ordre, au nombre desquels fut son frère M. de Lioux (Sta'e papers, Foreign, 1561-1562, n° 707).