‹ Blaise de Monluc HistorienChapitre 35 sur 533 · LA RÉVOCATION DE MONLUC · texte numérisé non relu

LA RÉVOCATION DE MONLUC

qu'il soit d’un baron de l'Isle de France, et moy d’ung povre gentilhomme d’aussy bonne race qu'il y en ayt..» Il ne disait pas, d’ailleurs, toute sa pensée; mais dans un billet à un Capitaine toulousain, qui espionnait pour son compte le gouverneur du Languedoc, il lexprimait sans réticences et en termes de soudard : « Quelque chose qu’il die ou sache faire ny l’autre mareschal, son frère, qui est par delà, je ne les crains de rien; car Je soustiendray devant le roy à cestuy-ci qu'il est traistre à Sa Majesté ou le plus couart homme qu’il feut jamais. » Et il invitait son correspondant à assurer de sa part le premier président Daffis que le Toulousain n’eût pas souffert des ravages de l’armée des princes si Damville n’avait pas été d’intelligence avec son cousin l’amiral. Le papier tomba, du reste, aux mains de son ennemi, qui sans doute en fit usage.

Monluc était perspicace en soupçonnant que des intérêts de famille n'avaient pas été étrangers à l’inaction de Damrville en face de l’armée huguenote. Le parti des politiques, à la tête duquel était François de Montmorency, frère aîné de Damville, travaillait dès ce moment à préparer entre le roi et Coligny le rapprochement qui devait aboutir en septembre 1571. Il avait obtenu, en février 1570, que deux de ses adhérents les plus disüngués, Armand de Gontaut-Biron, grand-maître de l'artillerie, et Henri de Mesmes, seigneur de Roissy et de Malassise, membre du Conseil des finances, fussent députés auprès de l’amiral pour lui proposer de négocier *. Il est donc permis de croire que la lettre de Monluc fut accueillie froidement à la cour ÿ. Il y parlait de guerre et l’on commençait à être tout à la paix. La situation était pourtant encore trop incertaine pour que lon pût songer à donner satisfaction à Damville et à sacrifier son rival. Lorsqu’au début de juin, les conférences ouvertes à Saint-Etienne entre les

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