‹ Blaise de Monluc HistorienChapitre 354 sur 533 · CHANGEMENT D’ATTITUDE DE MONLUC · texte numérisé non relu

CHANGEMENT D’ATTITUDE DE MONLUC

stastique". Dans cette entrevue, les réformés durent demander que l’on organisât à Agen le conseil mi-parti créé le 20 octobre précédent. En effet, le 18 janvier, Raffin Poton, après en avoir conféré la veille avec Monluc, sollicitait les consuls catholiques de lui donner leur avis sur ce point. Les consuls, invoquant l’édit de Châteaubriand du 27 juin 1551, refusèrent?. Ce document marque le moment critique où Monluc, abandonnant son attitude conciliante, « se délibéra de user de toutes les crainctes qu'il pourroit et mesmement sur ceulx-là qui parloient contre la ma- Jesté royalle; car, ajoute-t-il, je voyois bien que la douceur ne gagneroit pas ces méchans cœurs ».

Il attribue ce revirement aux révélations du lieutenant au siège de Condom du Franc, qui, gagné comme tant d’autres officiers de justice aux idées nouvelles, lui confia que les réformés avaient le dessein « de se saisir du roi, de ses frères, de la régente, des Guises et autres pour en disposer à leur volonté ». C’est l’historien gascon Scipion Dupleix, neveu de du Franc, qui précise ainsi les propos tenus par son oncle maternel et répétés par lui à son lit de mort. Ces révélations épouvantèrent Monluc. Elles sont vraisemblables, et horreur qu’elles lui inspirèrent fut sans doute sincère. Mais la mention qu'il en a faite n’avait-elle pas aussi pour objet de mettre en relief son loyalisme et son zèle monarchique? D’autres causes plus profondes expliquent son changement d’attitude. Il avait suivi de près les événements dont la Guieune avait été le théâtre en 1560-1567, et il fut très frappé du caractère particulier qu’y avait pris peu à peu le mouvement réformé. Il l’a fortement marqué dans son livre, et les documents originaux permettent d'illustrer les pages où 1l fat allusion au progrès des idées nouvelles dans les campagnes, à la faveur qu’elles trouvaient parmi les gens de justice et les officiers de finances, à l’organisation à la fois religieuse et militaire des réformés, à la hiérarchie et à la discipline rigoureuses établies par les consistoires, les synodes et les colloques.

Dès la fin de 1560, un bon observateur, Fronton de Béraud, président au Parlement de Bordeaux, constatait que la doc-

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