‹ Blaise de Monluc HistorienChapitre 355 sur 533 · Durzuix, Hist. de France, 1637, HI · texte numérisé non relu

Durzuix, Hist. de France, 1637, HI

L0o8 LES PREMIERS TROUBLES.

trine nouvelle avait conquis en Agenais et en Bazadais « la plus grande partie du peuple, mesmes des rustiques et gens de labeur »'. Les ministres envoyés de Genève qui parcouraient les campagnes prêchaient aux paysans l'égalité sociale. Ces « terribles langages » et ces « audacieuses paroles », pour employer les termes mêmes de Monluc, avaient une prise très forte sur des âmes simples. Des idées « étranges » germaient confusément dans les cerveaux des vilains : « Ils se vantent, écrivait Burie au roi, de ne paier plus les dixmes et droits de l’Esglise, et se vantent aussi publiquement qu’ils ne vous paieront plus de tailles ne les debvoirs aux seigneurs »?. Le privilège, fondement de tout l’ordre social, était discuté et ébranlé. Sur certains points, le vieil esprit de résistance provinciale renaissait au souffle de la Réforme : en Bordelais, on évoquait la grande révolte de la gabelle, et les habitants de Monségur proclamaient la commune. L'autorité royale n’était pas seule mise en question. Celle des seigneurs était aussi contestée. En contact direct avec leurs vassaux, ils furent les premiers à ressentir les effets des passions violentes qui çà et Ià faisaient explosion. Les idées nouvelles, jetées à l’aventure dans des âmes grossières et incultes, y faisaient germer la révolte. On revit les scènes de la jacquerie; le meurtre du baron de Fumel et le pillage de son château furent la manifestation la plus violente de cet état d'esprit, mais non pas la seule. D’autres paysans avaient à se plaindre de Parrogance des seigneurs; ils osèrent le laisser voir. Le 25 août 1567, le sieur de Lévignac, assailli, le 19, dans son château par une bande de deux mille « voleurs », avait été obligé de fuir; le château du sieur de Lestelle avait été forcé, celui de Thouars,

1. Fronton de Béraud au cardinal de Lorraine, Bordeaux, 4 décembre 1560. (Arch. hist. de la Gir., XHL, 143).

2. Burie au roi, 10 juin 1561 (Arch. hist. de la Gir., X, 60). — Cf. Mox- LUC : & Les ministres preschoient publicquement que, s’ilz se mectiont en leur religion, ilz ne paieroient aucuns devoir aux gentilhommes, ny au roy aucune tailles que ce qui luy seroit ordonné par eulx; aultres preschoient que les roys ne pouvoient avoir aulcune puissance que celle qui plairoit au pœuble ; autres preschoient que la noblesse n’estoient rien plus que eulx; et, de faict, quant les procureurs des gentilhommes demandoient les fieufz à leurs tenantiers, leur respondoient qu'il leur monstrassent en la Bible s’ilz les devoient paier ou non, et que si leurs prédécesseurs avoient esté sotz et bestes, ilz n’en voulloient poinct estre. » (Texte du ms., fos 221 vo-222 ro, — II, 366.) ‘

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