DE Rusce, Jeanne d’Albret, pp
2. Texte du ms., fo 222 ro. Cf. IT, 367. — A propos de l’exécutiou de Saint- Mézard, Monluc écrit : « Et desjà commensoient la guerre descouverte contre la noblesse. »
3. Cet aspect si original du mouvement réformé en Guienne n’a Jamais été étudié à fond. Il mériterait d'autant plus de l’être qu'il fut exceptionnel. Partout ailleurs, le parti réformé se recruta dans la noblesse mécontente. Les théologiens, Bèze en tête, se conformant à la doctrine de Calvin, proclamèrent le principe du respect de l'autorité royale. En Guienne, ce fut le succès même de la Réforme dans les masses popalaires qui lui donna ce caractère démocratique et social qui effrayait les sages tels que Coligny. (Voir GronGes Wie, Les théories sur le pouvoir royal en France pendant les querres de religion, 1891, pp: 72-76.)
4. Throckmorton à la reine, 8 janvier 1562 (S/ate papers, Foreign,
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préférences pour les ministres ‘. Ils agissaient ainsi par conviction sincère; ils restaient fidèles aussi aux instructions qu'Antoine de Bourbon, aujourd’hui redevenu catholique, leur avait données. Le ministre Richard écrivait de Gironde à Calvin, le 26 janvier 1562 : « J’ay les officiers du roy de Navarre qui me conduisent. Et despuis deux mois en çà, la messe est oustée de toutes les terres du roy de Navarre. Dimanche, 18 janvier, nous avons faict nostre première cæne... en la maison du juge de ceste ville, en une grande sale où il peut tenir huict ou neuf cens personnes. Il à cognoyssance il y a plus de xxv ans”. » A Lectoure, il y avait « gens de loix doctes » gagnés à la Réforme, pour qui Molinon demandait un pasteur suffisamment éclairé et capable de les intéresser. Favorisée par de tels patronages, la propagande infatigable des ministres avait abouti, en novembre 1560, à la réunion du synode de Clairac, qui avait groupé toutes les forces de la Réforme et divisé la Guienne en sept colloques *. Cette organisation était à la fois religieuse et militaire. Son caractère était franchement démocratique : les capitaines étaient sous la dépendance des églises, et les soldats n'étaient autres que les fidèles armés pour la défense de la foi ?. Boisnormand, qui avait été le promoteur et l’âme du synode, avait véritablement tenté de créer en Guienne, à la faveur de lPanarchie qui y régnait, un État à l’image de l’'État-modèle consütué à Genève par son maître Calvin.
Les catholiques dénonçaient avec véhémence ces étranges nouveautés. Ceux d'Agen écrivaient à Burie « qu’on avoit fait un consistoire auquel on evoquoit tous procès, tellement qu’il n’estoit plus question d’aller aux magistrats ni de leur obeir, que les dismes n’estoient plus payées, qu’on vouloit contraindre le clergé de l'Eglise romaine à contribuer à lentretenement des ministres, et qu'on ne taschoit qu'à se cantonner comme les
1. Voir une dépêche de Chantonnay à Philippe IL, du 2 décembre 1559, citée par pe Rue, À, de B. et J. d’A., Il, 136.
2. Richard à Calvin, Gironde, 26 janvier 1562 (Calvint opera omnia, XIX, col. 264-267). On ignore à quelle ville fait allusion Richard.
3. Molinon à Calvin, Lectoure, 1er décembre 1561 (1bid., col. 146-147).
4. Voir, sur ce fait très important, BourGEon, 0p. cit., pp. 83-84, et THouix, op. cit. (Rev. de l'Agenais, XIV, 439-440).
5. H. Leur, Les Protestants d'autrefots, Vie el institutions militaires, 1901, p. 3.
L'ANARCHIE EN GUIENNE. Lit
Suisses ‘… » [ls durent tenir à Monluc un semblable langage et n'eurent pas grand'peine à le convaincre. Ces consistoires où « un minisire, un avocat, un marchand, un solliciteur, un tailleur, un chaudronnier, un jardinier peuvent donner des arrêts.…., excommunient leurs frères, les chassent et bannissent de leurs assemblées, les privent de sacremens » ?, scandalisaient un Florimond de Ræmond, pourtant capable de comprendre loriginalité de ce retour à la simplicité de la primitive Église. À plus forte raison, un Monluc devait-il être peu touché de Pidéal social que la Réforme calviniste faisait entrevoir au commun peuple des villes et surtout des campagnes. Il n’en vit que les dangers immédiats : l’autorité traditionnelle menacée sous toutes ses formes, la vie sociale bouleversée, le droit de lever des compagnies remis à des bourgeois, à des paysans, à des ministres. Il n'avait pas l’habitude d’être « repu de telles viandes ». Il jugea qu'il serait bien fou de s’engager plus avant, se persuada que la force des réformés ne tenait qu’à la faiblesse dont on avait fait preuve à leur endroit, et qu'il suffirait de quelques exemples pour éteindre lPincendie. Ses voisins, les jurats d'Agen, qui répondaient à ses ouvertures au sujet de la constitution d’un conseil mi-parti, en déclarant qu'ils «employent la costume de ladicte ville, qu’est très sainte, catholicque et chretienne », lui parurent être décidément dans le vrai. Leur attitude très nette dut avoir sur lui quelque influence 3.
Les doléances des gentilshommes campagnards, ses voisins, l’assaillirent aussi à son retour dans ses terres. C’est d’eux qu'il apprit les menées dont il faisait part au Parlement de Bordeaux. Ils lui décrivirent leur misérable existence, lui persuadèrent sans peine que leurs vies et leurs biens étaient menacés, et le supplièrent d’être leur sauveur. L'offre le flatta. Il vit d’un coup d’œil le rôle qu’il pouvait jouer et le prestige qu’il pouvait con-
1. ist. eccl., V, 876. — L'auteur ajoute qu’ils accusaient ceux de Montauban « d’avoir fait battre de la monnoye, dont l'inscription estoit : Moneta nova Reipubl. Montis Albanensis ».
2. Fcor. pe Ræmonp, AHist. de la naissance, progrez et decadence de l'hereste de ce siècle, Rouen, 1618, in-80, 1, 994. Voir l’anecdote de l'avocat bordelais jugé par « maitre Amanieu, son cordonnier, qui l’avoit chaussé le matin ».
3. Troc a montré que la jurade agenaise fit preuve d’un catholicisme plus intransigeant que Monluc (Æev. de l’Agenais, XIV, 210).
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quérir ‘. En devenant le protecteur de la noblesse de Gascogne, il s’imposait du même coup à l'attention royale. Au jour où la et Monluc était convammeu
situation se dénouerait par la force que ce jour approchait de plus en plus — quelle serait son autorité s’il apparaissait comme le chef véritable de cette noblesse à laquelle le roi serait bien obligé de faire appel! Le moment de prendre parti était venu. La dernière chance, d’ailleurs bien faible, de concilier les esprits, l'envoi projeté du prince de Condé en Guienne, s’évanouissait”. Monluc fit le saut. Les événements qui se succédèrent avec une rapidité foudroyante à partir du 1 mars, le massacre de Vassy, l’entrée triomphale du duc de Guise à Paris, l’enlèvement du roi et de la reine-mère par les triumvirs le confirmèrent dans sa décision. II dut alors se féliciter de sa perspicacité. Désormais, les huguenots n’étaient plus que des rebelles et il avait, en somme, choisi « son meilleur ». M. de Crussol, son collègue en Languedoc, avait eu moins de flair : sans embrasser ouvertement la Réforme, il avait cru devoir la favoriser ; il y gagna de perdre sa charge. Monluc n’a pas manqué de citer cet exemple, en ajoutant cette judicieuse réflexion : QIT n’estoit pas grand théologien non plus que moy; mais j'en ay veu plusieurs par despit se faire de ceste religion, et après 1l leur tombait dessus, et s’en sont bien repentis. » Ce mot jette, il me semble, une assez vive lumière sur les raisons véritables qu'eut Monluc de fixer son attitude en janvier 1562.
1. Voici ce qu’à la fin des premiers troubles il écrivait au pape Pie IV : «Et vi assicuro ch’io non [sono] solo in questa opinione, perchè delle venti parti della nobiltà le dicinove sono unite insieme con me... di che m’hanno fatto lor capo, et ancorche io sia povero gentilhuomo, pur si trova esser vero cid che il sigr marchese, vestro fratello, diceva all’assedio di Siena, che egli et io correvamo una medesima fortuna, essendo noi poveri gentilhuomini, che per le nostre virtù avanzavano 1 gran sigri, il che mi è avvenuto per di qua, perche, essendo quasto paese ripieno di questi grandi, io non ve si ho perd trovato un solo il quale per paura Ô altra volontà non habbia abbassato la testa et si sono lasciati dominare, » (Monluc à Pie IV, [ Toulouse}, 16 novembre 1562, Arch: du Vatican, Var. Politicorum, IX, fo 622 ro.)
>. Monluc dut certainement être mis par son frère au courant de ce projet, qui fut abandonné au début de février (voir be Rue, À. de B. et J. Arr IV, 49-55). L’//rst. eccl. se trompe en laissant entendre (1, 804) que Monlue fut envoyé en Guienne au défaut de Condé. La reine parlait de l’envoi de ce dernier dans une lettre à Crussol, datée de janvier 1562 (Lettres de Cath. de Méd., 1, 26»).