‹ Blaise de Monluc HistorienChapitre 363 sur 533 · Compaing et Girard à la reine, Cahors, 22 février · texte numérisé non relu

Compaing et Girard à la reine, Cahors, 22 février

», Compaing et Girard à la reine, Cahors, 17 mars.

CASE IE oo:

LA ( PROCÉDURE » DE CAHORS. h19

capitaines ajoutent que celte attitude a produit le plus déplorable effet sur la noblesse du pays et demandent que le roi donne des pouvoirs égaux à d’Alesme et de Ferron'. Les documents sont, par contre, muets sur les faits que Monlue a racontés avec complaisance : sa violente altercation avec le protonotaire Geoffroy de Caumont, abbé de Clairac, l’un des chefs du parti réformé, la nouvelle tentative de corruption dont il fut l’objet de la part de la femme du rhingrave, qui lui aurait fait promettre dix mille francs s’il laissait la justice suivre son cours, son entretien secret avec l’archidiacre Redoul, qui lui expliqua comme quoi les amendes que les commissaires avaient résolu d’infliger aux principaux coupables iraient au rhingrave et non au roi, le bel esclandre enfin qu'il fit pour faire revenir Compaing et Girard sur leur décision. Tous ces faits, dont l’Ærstoire ecclésiastique ne parle pas, sont vraisemblables”. L’approbation donnée par Burie à la conduite de Monluc ne l’est pas moins. Mais la narration des Commentaires, si vivante, si dramatique, est, en fait, une narraüon oratoire. L’auteur s’efforce d’y prouver qu’il sauva, par son énergique attitude, la ville de Cahors de la ruine. En réalité, il parvint à dégager seulement un gros personnage compromis dans le massacre du 16 novembre et apparenté à plusieurs seigneurs du pays. Il est permis de penser qu’en agissant ainsi il soignait sa popularité, tout en se donnant le plaisir d’humilier deux « robins » devant les nombreux capitaines présents à Cahors. Il oublie, en effet, d'ajouter que Compaing et Girard firent exécuter quelques-uns des pauvres hères qui avaient été arrêtés d’abord 3.

Les sentiments de Monluc à ce moment sont d’ailleurs très

1. Burie et Monluc au roi, 18 mars. — Monluc à la reine, même date (IV, 127-132). — Voir aussi une lettre du cardinal d’Armagnac au roi de Navarre, Rodez, 15 mars (T. pe Larroque, Lett. du card. d'Armagnac, dans Coll. mér'id., pp. 109-107).

2. Dans son « Instruction au cappitaine Monluc », datée de Cahors, 25 mars, Monluc dit que le roi ferait bien d'envoyer quérir le protonotaire de Caumont, «et, en passant par Loches, lui faire espouser la tour du chasteau pour quelques jours ». (LV, 118.)

3. « Et de faict il y en eut quelques-uns d’exécutés », dit l/Zist. eccl. (1, 942). Le Livre de main des du Pouget cite un certain nombre d’exécutions qui eurent lieu dans les formes une vingtaine de jours plus tard (Bulletin de la

Société des études du Lot, XXI, 42).

h20 LES PREMIERS TROUBLES.

nets’. Ils nous sont connus par un important mémoire qu'il adressa le 25 mars, de Cahors, à la reine et au roi de Navarre. Se fondant sur ce fait que le nombre des adhérents de la religion nouvelle, « quoi qu’on dye », est inférieur en Guienne de plus du dixième à celui des catholiques romains, il observe qu’il est temps encore de les exterminer. Il suffit pour cela de lui donner pour deux ou trois mois quatre cents arquebusiers de plus, d’ordonner que les principaux seigneurs du pays désarment leurs vassaux et que l’on fasse de même dans les villes; «de faire justice de quatre ministres, lesquels sont autheurs de toute ceste sedition »; d’enjoindre à tous les autres de vider dans dix Jours le royaume; de faire punir dans les villes « aucuns des principaux d’icelle relligion,.… estant beaucoup plus raisonnable qu’il meure quatre vingts ou cent hommes pour apaiser un si grand trouble que cestui-cy, que de le laisser pulluler plus avant, pour la grande ruyne qu'il pourroit apporter à ce royaume, laquelle cousteroit à reparer la vye, possible, de plus de cent mil hommes ». Tels étaient les remèdes préventifs et énergiques que Monluc proposait pour en finir avec la Réforme. Ils étaient simples, sinon d’une application facile; on y reconnaissait la méthode ordinaire du vieux routier d'Italie, prompt à faire jouer la corde. Ajoutons que ces conseils avaient quelque chance d’être écoutés au moment où se constituait le Triumvirat *. L’ÆHistoire eccle-

1. Ils lui valurent un bref de félicitations du pape Pie IV, daté de Rome, 23 avril 1562. Ce bref, signalé dans les Mémoires de Condé, HI, 317, et dont l’authenticité est mise en doute par de Ruble (Jeanne d'Albret, p. 170, n. 1), a été retrouvé par M. Ch. Samaran aux archives du Vatican (arm. 44, t. XI, pièce 233). Le pape adressait, à la même date, des brefs analogues à Catherine de Médicis, au roi de Navarre et au connétable.

2. Instruction au cappitaine Monluc de ce qu'il dira à la royne et au roy de Navarre, de la part du sieur de Monluc, touchant l’estat de la Guienne, Cahors, 25 mars (IV, 114-119). — Ce document porte la date de 1561 (1562, n. st.). Dé Rusre a maintenu cette date et croit que la pièce appartient à l’année 1561. Cette hypothèse est ruinée par de nombreuses raisons. Monluc était à Cahors le 25 mars 1562. En mars 1561, il est impossible de parler d’une commission délivrée au sieur de Lioux par Burie et Monluc : ce dernier n’avait alors aucun pouvoir pour cela. L’instruction fait allusion : 10 à la requête de la noblesse de Guienne; 20 aux arquebusiers déjà levés par Monluc; 30 à la mission collective de Burie et de Monluc; 40 aux commissaires Compaing et Girard, € apassionnés pour la relligion »; 50 au dessein des réformés de faire mourir Monluc (voir sa lettre à Burie de janvier 1562, citée p: 406, n. 6); 60 au bruit qui court qu’ils « ont commandement de quelque grand de prendre

MONLUC ET BURIE A VILLEFRANCHE DE ROUERGUE. Hat

seastique dit avec raison que Monluc, à Cahors, finalement se rendit « peu à peu du tout ennemy de ceux de la religion, pour s’accroistre de leur ruine, selon qu'il voyoit le roy de Navarre se departir de l'exécution de l’édict de janvier » ‘.

Le séjour de Burie et de Monluc à Cahors se prolongea Jusqu’aux premiers jours d'avril”. Le 1°, Monluc revint seul à Fumel pour y signer l’arrêt définitif. Puis les deux capitaines s’acheminèrent « droit à Villefranche-de-Rouergue », où ils trouvèrent le cardinal d’Armagnac*. Le culte catholique était, depuis le mercredi saint (25 mars), rétabli dans la ville : les huguenots, épouvantés par l'approche de Burie, de Monluc, de Terride, d’Ossun, de leurs deux mille chevaux et de leurs arquebusiers, avaient évacué les églises et avaient même fait rétablir les autels par eux renversés; beaucoup de nouveaux convertis revenaient à

les armes » (invraisemblable en mars 1561); 79 au protonotaire de Caumont, avec qui Monluc se prit de querelle à Cahors et à qui il propose de « faire espouser » la tour du château de Loches pour quelques jours ; 80 à la réconciliation du duc de Guise, du connétable, du roi de Navarre et du maréchal de Saint-André (constitution du Triumvirat). Ajoutons que ce document, si on le place en mars 1561, contredit absolument tout ce que nous savons de l’attitude de Monluc, qui n’était rien moins alors qu’un farouche catholique. Quant au synode de Clairac, tenu « quinze jours » avant le 25 mars, il ne s’agit certainement pas, comme paraît le croire de Ruble, du synode réuni en 1560, c’est-àdire quatre mois avant le 25 mars, et dont le pasteur Bourgeon a publié le procès-verbal (La Réforme à Nérac, p. 83). Monluc vise évidemment une autre session. Tnozin a été victime de l’erreur de de Ruble (op. cit., Revue de l’Agenais, XIV, 44o, n. 2). Il adopte en faisant remarquer qu’en Agenais l’année commençait non à Pâques, mais le 25 mars (#bid., 495, n. 1). Mais Monluc n’a nulle part ailleurs daté à l’agenaise et le texte du document ne permet pas d'admettre cette très ingénieuse explication.

1. ist. eccl., 1, 942. — Cf. aussi LIT, 222, 223 : « Monluc et Burie... lesquels entendans le changement advenu à la cour depuis la faction du Triumvirat, firent de pis qu'ils peurent, sous couleur de punir les rompeurs d'images. »

2. Envois de messagers d'Agen à Cahors, 24 mars, 6 avril (Arch. munic. d'Agen, CC, 301, 299).

3. Le texte de l’arrêt a été plusieurs fois imprimé : par De Mas-LATRIE, dans les Mém. de la Soc. des Antiquaires de France, 2e sér., VII, 324; par O’Gizvx, Nobiliaire de Gascogne, 1 (généalogie de Fumel); par GUSrave Lagar, Arch. hist. de la Gir., VIII, 207.

4. «M. le cardinal d’Armagnac entra à Villefranche-de-Rouergue la veille de Pâques et y célébra la messe ce jour. » (Journal de ce qui s'est passé en France durant l’année 1562, dans la Revue rétrospective, V, 93.) Le cardinal d’Armagnac serait donc arrivé le 29 mars.

l’ancienne religion". D'après l'Histoire ecclésiastique, Burie et Monluc arrivèrent à Villefranche le 5 ou le 11 avril”. Ce fut probablement plus tôt, car le 2, de Vaux écrivait à Calvin qu'ils y avaient rétabli la messe, « nourrice de tous maux » 3, L’Aistoire ecclésiastique complète les Commentaires en donnant des détails précis et émouvants sur l’exécution « sans forme ni figure de procès des quatre ou cinq des princippaux séditieux ». Elle confirme indirectement ce qu’ils disent de larrivée à Villefranche des compagnies de Randan, La Vauguyon et Jarnac. Au moment où Rance, secrétaire du roi de Navarre, apportait à Burie la nouvelle que le prince de Condé avait pris les armes et s'était saisi d'Orléans, le 2 avril, d’Arpajon arrivait aussi à Villefranche pour avertir, de la part du prince, les réformés « de lestat des affaires » 5. Monluc était, du reste, informé déjà des projets de Condé; aussi comprend-on qu'il ne songeât plus à ménager les deux commissaires. La guerre civile était déclarée.

Au lieu de déférer au désir du cardinal d’Armagnac et de se rendre à Milhau, Burie et Monluc jugent aussitôt prudent de revenir en arrière et de se jeter dans Montauban «avant qu’elle se révoltast ». D'autre part, ils avaient été déjà avertis par les consuls d’Agen que les « hugoneaulx et rebelles s’en voulloyent eslever en la presente ville » 7. Ils quittent aussitôt Villefranche et se dirigent vers Saint-Antonin. Monluc laisse entendre qu’à mi-chemin ils apprirent que Montauban s'était soulevé. Le fait n’est pas exact; la ville, au contraire, était en proie à la panique : on y attendait d'heure en heure l’arrivée de Burie et de Monlue,

1. Lettre, déjà citée, du 30 mars, envoyée par le cardinal d’Armagnac au cardinal Farnèse.

2. Le fait est mentionné en deux endroits (III, 71 et 223) avec deux dates différentes. D’après le premier passage, Burie et Monluc, partis de Cahors « incontinent après Pasques » (29 mars), seraient allés d’abord faire une exécution à Caylus.

3. De Vaux à Calvin, Milhau, 2 avril (Galvint opera omnia, XIX, col. 382).

4. Un ministre échappa par l'entremise de l’enseigne de Jarnac, « qui se formalisa pour luy ». La compagnie de La Vauguyon occupa Saint-Antonin (Hist. eccl., HE, 72). — Voir aussi, sur l’arrivée de ces troupes, la lettre de Burie au roi de Navarre du 13 mars.

5 Pr OR CE ee

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