RETRAITE SUR AGEN ET BORDEAUX
et le 19, leurs fourriers ayant paru, un grand nombre de réformés la quittèrent, ainsi que les ministres '. Les intentions des deux capitaines furent modifiées par la nouvelle, reçue à Saint- Antonin le lundi 20 avril, au moment où ils montaient à cheval, qu'Agen avait été surpris dans la nuit du 16 au 17°. Monluc a masqué, comme on le voit, sa reculade. Il indique, du reste, avec précision les étapes de son retour. L’Æistoire ecclésiastique le confirme et complète sur ce point d’une façon curieuse. De Saint- Antonin, Monluc revient vers Agen en passant par Brassac, Lauzerte, puis, trouvant tout révolté, il remonte vers Penne, marche vers Villeneuve-d’Agen, d’où il est repoussé; il vient à Galapian, près de Port-Sainte-Marie, et se replie pour rallier la compagnie du maréchal de Termes 3, Entre les deux textes, notons une seule discordance : Monluc affirme qu’il ne se sépara de Burie qu’à Galapian; l’Arstoire ecclésiastique dit qu'ils se quittèrent dès Saint-Antonin, Burie marchant sur Bordeaux, Monluc sur Aiïguillon. Monluc à certainement raison, car quel autre chemin Burie aurait-il pu suivre, Agen étant pris, pour revenir des environs de Montauban vers Bordeaux? C’est le 25 avril que Monluc, laissant Burie partir vers Tonneins, vint camper à Lafox, château de Durfort de Bajamont, en vue d'Agen, « dont il n’osa toutes fois approcher ni attendre l’escarmouche » # La lettre du roi lui ordonnant de le rejoindre «incontinent et en dilligence » avec la compagnie de Termes, la sienne et six enseignes de gens de pied, dont les commissions lui étaient expédiées en blanc, est perdue : mais nous savons, par deux autres documents qui la confirment, qu’elle était du 15 avril. La reine réitéra l’ordre le 8 mai.
1. Hist. ecol., Il "72-77- >. Sur cet événement, voir les documents dans la Revue de l’Agenais, IX,
L,etles Arch. hist. de la Gir., XXIX, 24-26; l'étude de Tao, déjà citée (Rev. de l’Agenais, XIV, 499-505), et pe Rusre, Jeanne d'Albret, pp. 74-78.
3. Itinéraire établi en combinant le texte des Commentaires et celui de l’Aist. eccl., I, 892.
A. Hist. eccl., IL, 892. | 5. Catherine de Médicis à Burie et Monluc, Paris, 8 mai (Lett. de Cath. de
Méd., 1, 307). — Instruction du roi à Burie et à Monluc, 8 mai(B. N., fr. 15876, fo 16, minute), et lettre de Monluc au roi, Toulouse, 22 mai (IV, 132). — Voir aussi une instruction générale aux officiers de Guienne enjoignant à Monluc d'agir avec la plus grande célérité, d'éviter Orléans et de franchir la Loire à
Il n’obéit pas. La situation de la Guienne, encore ignorée à la cour, le lui défendait'. Il se borna à répartir les six commissions, dépêcha au roi le capitaine Conseil pour lPinformer que toute la province, sauf Toulouse et Bordeaux, était soulevée ?, puis, franchissant la Garonne « à deux ou trois portz malaiséement », se retira dans sa maison de Saint-Puy, après avoir mis sa compagnie à La Sauvetat-de-Gaure. Il n’a pas atténué la panique qui s’élait emparée de toute la noblesse catholique. Mais il à oublié d'ajouter qu'il fut lui-même sérieusement inquiété chez lui : le souvenir était peu agréable à rappeler ?. Il omet aussi les manœuvres auxquelles, de concert avec Burie, il se livrait pour exciter la population d'Agen et amener les huguenots à évacuer la villet. Il s’est borné à rappeler que Charry alla occuper la place forte de Puymirol : «Les bonnes gens louvrirent, et n’y avoit que dix soldatz au chasteau, lesquelz se rendirent. » L’Hrstoire ecclésiastique place ce fait le 8 mai, mais dit que la tenta-
Nevers ou à La Charité (B. N., fr. 15876, fo 73, copie non datée, anal. par DE RUBLE, 0p. cit, p. 44o).
1. Voici comment il la résumait dans une lettre qu’il écrivait, le 12 octobre, à Saint-Sulpice : « Monsieur le prince de Condé avoit si bien projecté son desseing, avec le conseil et industrie de monsieur l’admiral, que toutes les villes de Guienne se revoltarent en ung mesme temps, sauf Thoulouse, Bordeaulx, Caours, Perigueux et troys ou quatre petites villes; et pour ung temps ont esté maistres et partout nous faisoient teste. » (Carié, Guerres de religion dans le Sud-Ouest, col. 18.)
2. C’est le 29 avril que Monluc reçut de la cour contre-ordre, « d’aultant, lui écrivait la reine, qu'estant la Guyenne le lieu de ce royaume dont ceulx qui sont à Orléans actendent plus de secours, si vous leur ostez le moyen et le leur empeschez (?), ce ne sera point faict peu de service au Roy mon filz et à tout ce royaume... » (Catherine de Médicis à Monluc, B. N., fr. 15876, fo 24 ro, minute. — Anal. par pe Rugze, op. cit., p. 441, comme étant du roi.) Cette lettre, ainsi que l'instruction du roi citée p. 423, n. 5, et une autre instruction analogue, sans date de jour (B. N., fr. n. acq. 6oor, fos 136-137), furent apportées par le capitaine Conseil, qui ne put, en raison des événements, joindre Monluc qu'à Toulouse, le 22 mai, à trois heures du matin. La dépêche du 15 avril fut apportée par un homme d’armes de la compagnie de Monluc, Saint-Geniès. Ce nom est défiguré dans les Commentaires, où on lit : le cappitaine Sainte-Geme.
3. Cinq cents hommes bien équipés devaient venir d'Agen pour le surprendre. L'affaire manqua par l’impéritie du chef huguenot Jean Memy. « Monlue se sauva à grand'haste, confessant qu’il estoit mort ou pris si on eust poursuivi ceste entreprise. » (ist. eccl., II, 894.)