NOUVELLE ( CHARITÉ » PRÊTÉE A MONLUC
obligèrent Monluc à rendre, d'accord avec les capitouls, une ordonnance à laquelle font allusion les Commentaires, confirmés ici par La Popelinière ‘.
C'est à Toulouse que Monluc reçut enfin les instructions royales du 8 mai qui l’autorisaient à « se mectre aux champs », à « faire gens », à assembler la noblesse du pays et l’arrière-ban, à emprunter à Bordeaux Partillerie nécessaire pour rompre et tailler en pièces « ceux qui s’assembleront » ?. Il y apprit aussi une désagréable nouvelle : à la cour on avait décidé de le destituer et de le remplacer par d’Escars ?. Cette disgrâce inattendue était-elle une des conditions de la réconciliation des Guise et du connétable? Le vieux Montmorency avait-il exigé que Monluce fût sacrifié? Son dépit et sa colère furent grands. Au lendemain d’un succès éclatant, au moment où il venait de conserver au roi une de ses bonnes villes, à l'heure où il pouvait enfin étendre la main vers cette lieutenance de Guienne après laquelle il « abayait », tout son rêve s’écroulait. Il expédia aussitôt un courrier au roi pour faire connaître le grand service qu’il venait de rendre; n'était-ce pas sa meilleure justification? Dans sa dépèche, il se plaignait aussi avec vivacité qu’on eût cru devoir casser la compagnie de Termes et dénonçait sans ambages les sympathies de Burie pour les réformés*. A la reine il écrivit une lettre pleine d’amertume, où il faisait valoir qu'il n'avait « gaiges ni estat aulcang » pour la peine qu'il prenait, se plaignait qu’on ne fit aucun cas des gens de bien « et mesmement au temps et la nécessité en quoy nous sommes, que l’on les devroit achepter à prix d'or », et suppliait que l’on envoyât à sa place « celluy que lon veult faire si grand » et qu’on lui donnât son congé pour aller achever sa vie auprès du roi. Cette lettre, habile dans sa vio-
1. La Porernière, Hist. de France, I, fo 315 ro. >. La reine, faisant droit à la requête de la noblesse, lui accordait à la même date la permission de s’armer et envoyait à Toulouse Négrepelisse pour y commander. (B. N., fr. n.acq. 6oo1, fos 136-137, minute.)
3. On avait fait courir Le bruit qu'il avait été défait par M. de Grammont sur la Dordogne (Throckmorton à la reine, 27 avril, State papers, Foreign, 1561-1502, n0 1058).
4. Il avait aussi écrit à Burie une lettre « pleine de propos qui ne sont pas fort plaisans ». Le vieux capitaine protesta énergiquement auprès du roi de Navarre (Burie au roi de Navarre, 6 juin, dans Mém. de Condé, Ul, 475-476).