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SITUATION CRITIQUE DE MONLUC

de Clairac, Geoffroy de Caumont, au Passage-d’Agen', l’autre pour s'emparer de Nérac, de concert avec le capitaine Arné, de Condom. Il avoue que les faibles forces dont il disposait ne lui permettaient pas de faire davantage. L’Æistoire ecclésiastique le confirme, place le 27 juin la tentative sur Nérac? et donne à entendre que l'impunité dont il jouit à ce moment, dans ses courses autour d'Agen, ne fut due qu’à la faiblesse de Jean Memy, le capitaine huguenot qui commandait dans la ville. Ne fautl pas l’imputer plutôt à la situation, qui était des plus singulières? D’une part, les réformés d'Agen, peu sûrs des sentiments de la population catholique à leur égard, n’osaient courir sus à Monluc; celui-ci, d’autre part, avec les faibles forces dont il disposait, en était réduit à donner l'alarme de côté et d’autre, battant la campagne autour de Moyrax et d’Estillac, alors au pouvoir de l'ennemi. Sans doute aussi était-il informé qu’une détente s'était produite à la cour et que la reine négociait devant Orléans avec Condé et les chefs réformés. N’était-ce pas son frère cadet, Joachim, sieur de Lioux, qu’au cours de ces pourparlers où l’évêque de Valence joua un rôle si actif, l’on avait songé à envoyer en Guienne porteur d'instructions pacifiques 3? On comprend qu'il n’ait pas Jugé bon d’insister sur cette heure incertaine et sur la situation embarrassante et humiliée où le mirent alors les événements *. Il a préféré rappeler les lettres flatteuses qu’il reçut de la reine en réponse à sa lettre du 22 mai. Cathe-

1. L’Æist. eccl. représente Caumont comme servant à ce moment d’intermédiaire entre les huguenots d'Agen et Burie, qui tentait aussi de négocier avec eux (II, 900). Le 19 juin, Burie rendait à Bordeaux une ordonnance qui promettait aux chefs réformés Arpajon et Memy de les garder « de violence et oppression », sous condition qu’ils rendissent les villes occupées par eux (Camié, op. cit, col. 6-8). — Monluc parle, de son côté, des manœuvres de Caumont pour circonvenir le vieux Burie.

2. Hist. eccl., I, 905. — GauLLEur, 0p. cit, cite, d’après de Thou, la tentative sur Nérac et dit qu’elle fut faite par Monluc et Burie! De Thou, copiant l'Alist. eccl., l'avait attribuée à Monluc et Terride. Terride était alors avec sa compagnie à Beaumont-de-Lomagne. Monluc parle du capitaine Arné, qui se trouvait à Condom. C’est évidemment lui qui a raison.

3. Instruction de la reine à Joachim de Monluc, juin 1562(B. N., fr. 15876, fo 163, minute). — Cf. pe Rusze, À. de B. el J. d’A., IV, 261, et Jeanne d’Albret, pp. 181-183.

4. Faute d’avoir connu les textes de lÆrst. eccl. utilisés dans ce paragraphe, Dr Rusce a présenté ces faits d’une façon vague et assez inexacte (Jeanne

d’Albret, p. 176).

rine le félicitait de sa belle conduite à Toulouse, le priait d’assembler toutes ses forces pour reprendre les places occupées par ceux de la religion, lui donnait carte blanche pour conduire les opérations, lui annonçait l'envoi d’un mandement du trésorier de l'épargne pour lever 100,000 livres des deniers des décimes des recettes de Guienne et de Toulouse, lui accordait 3,000 livres pour sa dépense personnelle, plus une confiscation qu'il avait demandée’. C’était, après un léger nuage, une rentrée en faveur éclatante. Monluc pouvait sérieusement se mettre en campagne.

C’est aussi dans les derniers jours de juin que Symphorien de Durfort, sieur de Duras, contraint, « à la persuasion d’ung personnaige plus grand que luy » (le prince de Condé), de prendre le commandement des forces huguenotes en Guienne, « assembla son camp à Clairac, Thonenx et Marmande », et descendit la Garonne pour appuyer la tentative des réformés sur le Château- Trompette de Bordeaux”. Les Commentaires donnent de ce coup de main manqué, qui eut lieu dans la nuit du 26 au 27 juin, un récit bref, mais très exact, que confirment deux lettres de Burie au roi de Navarre et du Parlement de Bordeaux au roi 3. L’arrestation par Duras du jeune comte de Candale et sa remise comme otage à la reine de Navarre, qui, partie de Vendôme au début de juin, venait d’arriver au château de Duras, sont également confirmées par une lettre du cardinal de Ferrare au cardinal Borromée et par l’Aistoire ecclésiastique *.

1. Catherine de Médicis à Monlue, Étampes, 1{ juin, et Saint-Symon, 22 Juin (Lelt. de Cath. de Méd., 1, 331-332, 339). — Instructions de la reine et du roi de Navarre révoquant les ordres pacifiques antérieurs (B. N., fr. 15876, fos 110 et 199, minutes).

2. Hist. eccl., IL, 906. — Les bandes de Duras saccagèrent le 28 juin Saint- Macaire. Voir la lettre de Burie au roi de Navarre du 3 juillet (Arch. hist. de la Gir., XNIX, 267) et Virac, Dégats commis par les protestants dans les églises et établissements religieux de Saint-Macaire et de ses environs en 1902, Bordeaux, 1867 (procès-verbal de lenquête faite le 8 octobre suivant par le conseiller au Parlement François de Baulon).

3. Burie au roi de Navarre, 3 juillet (Arch. hist. de la Gir., XNIL, 265). — Le Parlement au roi, 4 juillet (ibid, 268). — L’Hist. eccl. place le fait, par erreur, dans la nuit du 25 au 26. — Voir les récits de GauLrœur, CODAGE pp. 389-392, et De RuBue, 0p. cit., pp. 177-179.

4. Le cardinal de Ferrare au cardinal Borromée, Bois-de-Vincennes, 8 Juillet (Négociations ou Leltres… écrites au pape Pie IV et au cardinal de Ferrare, Paris, 1650, in-40, p. 317). — Hist. eccl., IL, 904.

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