‹ Blaise de Monluc HistorienChapitre 376 sur 533 · MONLUC APPELÉ AU SECOURS DE BORDEAUX · texte numérisé non relu

MONLUC APPELÉ AU SECOURS DE BORDEAUX

Bordeaux était sérieusement menacé de la famine. Dés le mois de février, le maire Antoiné de Noailles se plaignait de « la grande et extreme necessité qu'il y a de bledz en toute la Guyenne et par exprès en ceste ville de Bourdeaulx »'., Le mal n'avait fait que croitre, et Burie, dit l'Histoire ecclésiastique, « fut en grand danger de la populace erians au pain, estant advenu le premier Jour de juillet que, Duras gardant les rivières de Dordogne et Garonne, il ne se trouva aucun pain cuit sur les boulengers. » ? C’est aussi la raison que donne Monluc pour expliquer les deux messages envoyés par Burie pour le prier de le secourir. La lettre de Burie au roi de Navarre, déjà citée, fait allusion au second, celui de M. du Courré. A la demande qui lui était faite et qui n'avait pas dû le surprendre, car il avait prévu le coup de main sur le Château-Trompette?, Monluc répondit qu’il serait à Bordeaux « sabmedy ou dimanche ». Il amenait sept enseignes de gens de pied (les Commentaires nomment celles de Charry, baron de Clermont, Corne, Bardaxi, Tilladet, Saint- Salvy), sa compagnie, une partie de celle du roi de Navarre (cinquante salades empruntées au capitaine Arné, de Condom) et celle du maréchal de Termes (capitaine Massès, lieutenant)*. Les dates que donne ici Monluc sont très précises : M. du Courré le joignit le jeudi 2 juillet, veille de son départ pour Bordeaux. Le premier messager, le sieur de Razé, l’avait quitté « cinq jours avant », soit le 28 juin; il avait donc dû partir de Bordeaux le samedi 27, le jour même du coup de main sur le Château- Trompette.

1. € Instructions pour la reine données par M. de Noailles à M, de Lamote », Bordeaux, février 1562 (B. N., fr. 15877, 0 263 ro, copie).

2. Hist. eccl., H, 906. — Monluc se vante donc avec raison d’avoir, par sa victoire à Targon, fait cesser la famine à Bordeaux. Cf. sa lettre au roi, de mars 1570 : « Et à mon arrivée, je trouvay la ville en telle nécessité de vivre que l’on se coupoit la gorge au four, à qui auroyt du pain, n’y entrant aulcuns vivres durant deux ou troys moys. » (V, 273.)

3. « Remenis six enseignes de gens de pied que j’avoys et la gendarmerie en Agennoys pour m’approucher de Bordeaulx, estant bien certain que bientost il auroict aultant besoing de secours que Thoulouse, pource que ung des principalz de la sedition dud. Thoulouse avoict declaré à sa mort l’entreprinse que les sédicieux avoient sur lad. ville et sur le Chasteau Trompette. » (Monluc à Saint-

Sulpice, 12 octobre.) 4. Monluc à la reine, Bordeaux, 15 juillet (IV, 148). La lettre parle de cin-

L'Histoire ecclésiastique place le jeudi 2 juillet la concentration des troupes de Monluc à Damazan. Elle semble dire que le même jour eut lieu près de Nérac la défaite du capitaine Douazan, « un jeune homme de la ville ayant bon cœur » | Monluc la place, ainsi que le combat de Castelvieil et Feugarolles, qu'il a conté longuement, « ung jour de vendredy », c’est-à-dire le 3, qui fut sa première journée de marche. L’AÆistoire ecclésiastique précise le lieu de l'engagement (la Gatherie) et est d'accord pour avouer que la « route fut grande ». Le lendemain, samedi 4, après avoir tâté le Mas-d’Agenais, qu'il trouve défendu, Monluc se loge tout près de cette ville, à La Gruère et à Calonges. Il y laisse reposer ses troupes le dimanche 5. C’est ce jour-là qu’il reçut le contrôleur Marbault, qui lui apportait, de la part de la reine de Navarre, l’ordre de ne pas continuer sa route ?. La situation de Monluc était délicate. Après avoir débattu « plus de deux heures à la campaigne », il propose d'envoyer deux de ses capitaines vers Jeanne d’Albret pour savoir de sa ‘bouche en quel état était Bordeaux, et il s'engage à mettre quatre jours à faire le chemin qu'i devait parcourir en deux, « pour donner temps à ladite dame de parachever ce qu’elle avait commencé avecques M. de Burie ». Le lundi matin 6, il part « deux heures devant jour », et, « envyron la poincte du jour », arrive devant le château de Caumont, occupé par des huguenots dont il évite l’attaque. Sa marche est ralentie par le bagage qu'il faut faire passer par des chemins étroits. Le soir, il arrive « aux maisons qui sont vis-à-vis de La Réole », c’est-à-dire à Puybarban. Il fait halte deux jours pour se ravitailler. « Ceux de la ville nous

quante salades de la compagnie du roi de Navarre, les Commenlaires disent quarante. — Cf. Monluc à Saint-Sulpice, 12 octobre.

1. ist. eccl., H, 906. — Le texte n’est pas net. Le récit des Gommentaires est ici plus clair et plus précis, grâce à l'indication exacte des jours de la semaine.

2. Jeanne d’Albret voulait à tout prix empècher que Duras fût inquiété. Un avis anonyme du 27 juillet, envoyé à la reine Elisabeth, dit qu’elle favorise de sa présence les huguenots de Gascogne. (State papers, Foreign, 1562, n0 374.) — L'Histoire de nostre temps, recueil de documents sur les seconds troubles (s. L., 1570, in-80), contient un long exposé justificatif des actes de la reine de Navarre pendant les années 1562-1568, où se trouve la légende, reproduite par Mlle Vauvizciers (/Jist. de Jeunne d'Albret, Paris, 1823, 2e éd., I, 215), d’après laquelle Monluc aurait reçu l’ordre du cardinal de Lorraine d'arrêter Jeanne au passage.

Page 1