‹ Blaise de Monluc HistorienChapitre 382 sur 533 · PRISÉ DE DURAS ET DE BOURG · texte numérisé non relu

PRISÉ DE DURAS ET DE BOURG

tique ne fait pas plus que les Commentaires allusion à ces efforts : elle met en relief la sauvagerie « à la Monlucoise » des vainqueurs de Monségur et accuse leur chef d’avoir violé luimême la fille du ministre".

« Deux jours après la prinse, nous allasmes assieger le chasteau et la ville de Duras. » La lettre déjà citée précise, en la recüfiant, cette phrase. C’est le jour même de la capitulation de Monségur que Burie et Monluc, « pour ne pas perdre temps », envoyèrent sommer « le chasteau de Duras distant de là une lieue ». Le lendemain dimanche (2 août), ils s’y acheminérent, firent les approches « du costé de la ville pour estre le chasteau en assiette assez fascheuse de tous les autres costés »°. La journée se passa à ces travaux et en pourparlers avec les défenseurs, qui se rendirent « à une heure après minuit ». Le récit des Commentaires concorde très exactement avec le document original. Cest après la prise de Duras qu’il faut placer l’occupation de Bourg, contée par Monluc au lendemain du combat de Targon. La lettre collective adressée le 7 août au roi, du camp de Saint- Audrasi, confirme dans les plus petits détails laïprise de Bourg « par ung chevalier de Mirambeau et quelques-ungs de ses frères et aultres gentilshommes qui se sont degenerés de la constance et fidelité de leurs pères », le passage à Cubzac par la gendarmerie de la Dordogne, « qui est de grande largeur et fascheuse », l'évacuation de Bourg à l’approche de lennemi, le 7 août. Le document explique le motif de cette opération : en s’emparant de Bourg, les huguenots voulaient encore affamer Bordeaux. On le voit, Monluc a commis une interversion chronologique, mais ses souvenirs sont d’ailleurs (très exacts #.

Après avoir pris Bourg, les deux capitaines se séparèrent :

1. /ist. eccl., H, g11. — La date exacte de la prise est donnée dans ce bref récit.

2. « De toute la nuict je ne cessay à mectre l'artillerie pour baptre la ville, car de baptre le chasteau il estoit difficile, si non par le jardrin de dernier, et encores est-il fort difficille de y mener Parüllerie. Et conclusmes qu'il valloit mieulx atacquer la ville... » (Texte du ms., f0 248 vo.)

3. Saint-André-de-Cubzac est encore ainsi nommé dans les cartes de Belleyme.

4. Faute d’avoir comparé les deux textes, pe RuBLe ne s’est pas rendu compte de l’interversion ; il admet deux prises de Bourg, en attribuant la seconde à Burie seul (Jeanne d'Albret, 1, 213). Gaucuieur avait déjà commis la même erreur (op. cit, pp. 417 et 428).

h46 LES PREMIERS TROUBLES.

«Monsieur de Burie s’en alla jusques à Bourdeaux » : il y était, en effet, le g et annonçait au roi de Navarre qu'il se disposait à aller réduire Agen‘. Il avait été décidé que, pour achever d’assurer le ravitaillement de Bordeaux, Monluc « nettoierait » la vallée de la Garonne, tandis que Burie remonterait de même la Dordogne. Les Commentaires mentionnent cette marche triomphale par La Réole, Marmande, Tonneins, Clairac, Aïguillon. Burie occupait en même temps Saint-Émikon, Sainte-Foy et Bergerac, puis, redescendant au sud, il arrivait le 12 à La Réole”. Monluc avait déjà dépassé cette ville, où il avait rembarqué les canons du ner de Monségur, qu'il faisait tirer € contre mont la rivière »3. A la nouvelle de son approche, les réformés, qui occupaient Ado depuis le 17 avril, quittèrent la ville. L’Æistotre ecclésiastique donne sur cette fuite nocturne des détails intéressants. Elle la met le 12 août * : la date exacte du 13 est fournie par üun document original. Monluc commet, du reste, une inexactitude formelle en plaçant à ce moment la délivrance des consuls catholiques : on a vu qu’elle avait eu lieu trois mois plus tôt6. Il avait été rejoint par Burie au Port-Sainte-Marie le 177? Ils y restèrent trois ou quatre jours, puis marchèrent sur Agen, où ils se livrèrent à des représailles terribles et à des exécutions

1. Burie au roi de Navarre, Bordeaux, 9 août (B. N., fr. 15876, fo 375, orig.).

2. Burie au roi, La Réole, 12 août (B. N., fr. 15876, fo 414, orig.). — Antoine de Noailles à Saint-Sulpice, Bordeaux, 13 août (CaBré, op. eit., col. 15).

3. GaAuLLIEUR a compris que les « sourdes détonations » de ces canons étaient destinées à « porter l’épouvante dans la population calviniste d’Agen » (op. crt., p. 430). — Est-il besoin de faire remarquer que « tirer » signifie ici € haler » et s'applique aux chevaux qui faisaient remonter la Garonne aux trois pièces d’artillerie ?

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