‹ Blaise de Monluc HistorienChapitre 388 sur 533 · SECOND SIÈGE DE MONTAUBAN (14-17 SEPT · texte numérisé non relu

SECOND SIÈGE DE MONTAUBAN (14-17 SEPT

prise, car je n’en sçaurois faire ung bon potaige. » Il dit simple. ment qu’on resta € sept ou huict jours » devant la ville et décline toute responsabilité dans l'échec. C’est le 14 septembre que Burie parut devant Montauban et occupa « les métairies situées hors la tranchée du faux bourg du Tar » (ce que Monluc appelle le bourg). Le 15 et le 16, le siège commenca, poussé très mollement; le 17, il fut levé‘. Burie et Monluc se retirèrent à Montech, comme le disent les Commentaires. C’est de là qu'ils annoncèrent, le 20, au roi que, ne se sentant pas assez forts pour battre Duras, qui avait avec lui «plus de troys mil hommes de pied et cinq cens chevaulx », ils attendaient l’occasion de « se mettre à sa queue » *. C’est aussi de Montech que Monluc écrivit seul à la reine une grande lettre, où il exposait avec amertume ses doléances. Il se plaignait de la mollesse de Burie, insinuant qu'il avait dans le camp de Duras « vingt-cinq ou plus de ses proches parents », déclarait qu'il refusait de lui continuer sa collaboration et qu’il ne le suivrait que comme « ung simple soldat du camp, jusques à la venue de M. de Montpencier », offrant de se retirer auprès du roi, comme il l'avait déjà fait en mai. Le 12 octobre, dans la grande lettre à Saint-Sulpice où il résumait ce qu'il avait fait depuis cinq mois, il écrivait : « J’estois acompaigné de l’homme que sçavez, et tousjours volloict deslayer les affaires et prolonger le mistère, de sorte que nous estions tous les jours à nous contrarier. Et pour ses services le roy et la reyne et tout le conseil n’esperoient autre chose de ceste Guienne que de la perdre... Nous avons tenu la campaigne plus de six sempmaines nous approuchant tousjours de bien près, mais de nous oser mordre il ne s’en parloict poinct. Je suis bien assuré que vous aurés entendu qu’il ne tenoict pas à moy, mais si est-ce que, à la fin, les dicimulations sont venues à bon

1. Monluc à Saint-Sulpice, 12 octobre : « Nous estions allés assiéger Montauban. M. de Duras se meit dedans, qui estoict plus fort de plus de deux mille hommes que nous, et failleust que nous nous retirissions à deux lieues de là. » — Hist. eccl., HI, 107-109. — Journal de ce qui s’est passé en France durant l'année 1562 (Revue rétrospective, V, 193). — Le siège n’avait donc pas duré « sept ou huict jours », comme semble le dire Monluc. Il comprend sans doute dans ce laps de temps les quatre ou cinq jours passés ensuite au camp de Montech.

>, Burie et Monlue au roi, Montech, 20 septembre. (Arch. hist. de la Gtr., XVII, 275.) — Monluc à Saint-Sulpice, 12 octobre.

h52 LES PREMIERS TROUBLES.

essient !. » Ces deux lettres confirment ce qu’il dit dans son livre et ruinent l'affirmation invraisemblable de l’Ærstoire eccléstastique. Monluc a, du reste, atténué après coup dans les Commentaires, par des additions significatives, les accusations qu'il porte contre Burie.

La lettre au roi nous fait aussi connaître qu’une dénonciation en forme avait été portée contre lui à la cour par Biron. Le futur

négociateur de la paix boïteuse s'était plaint à Monluc que, pendant une absence, les catholiques eussent saccagé ses terres et il lui avait demandé de mieux faire observer les édits”. Monluc avait transmis la lettre à la reine en protestant qu'il appliquait simplement l’arrêt du Parlement de Paris du 27 juillet, qui déclarait coupables de lèse-majesté ceux qui avaient pris les armes 5, et que Biron avait retiré chez lui nombre de séditieux *. Catherine de Médicis répondit que la lettre de Biron n’avait pas été trouvée si « mauvaise »; elle invitait Monluc à ne pas dépasser ses pouvoirs et à donner des ordres pour qu’on ne saccageât plus les maisons des gentilshommes *. C'était un blâme formel. Monluc y répondit par une protestation encore plus énergique; aux excès qui lui étaient reprochés, 1l opposa les excès semblables commis par les troupes de Duras; aux accusations de cupidité, il riposta en affirmant son loyalisme désintéressé, et termina en préconisant de nouveau sa méthode préventive d’extermination 6. L'affaire en resta là, et cette « charité » dont Monluc n’a rien dit dans son livre, sans doute par prudence, n’eut pas d'autre suite.

Un événement imprévu vint le tirer de son inaction volontaire. Au mois d'avril, Lectoure, la clé de la Gascogne, était tombé par surprise au pouvoir des huguenots?7. De ce nid d’aigle, ils fondaient sur la campagne environnante et la ruinaient 8. L’Hrstoire ecclésiastique précise ce que dit Monluc des « exploits » de

Monluc à Saint-Sulpice, Grignols, 12 octobre. (CaBté, op. cit., col. 18-19.) Biron à Monluc, Biron, 23 août. (Arch. hist. de la Gir., XIV, 4.) Voir le texte de cet arrêt dans les Mém. de Condé, I, 91. Monluc à la reine, Agen, 29 août.

5. Catherine de Médicis à Monluc, Gien, 13 septembre. (Lett. de Cath. de Méd., 1, 398.)

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