DICTÉE DU LIVRE. PRÉOCCUPATIONS DE L'AUTEUR
L'histoire de la disgrâce de Monluc explique comment il fut amené à composer les Commentaires et dans quel état d’âme il les dicta. La première idée du livre lui était venue, au lendemain de sa destitution, du besoin de se justifier. Exposer sa vie, rappeler les services qu'il avait rendus à quatre rois, conter ses prouesses, lui parut être le meilleur moyen de répondre à .ses accusateurs : tel ce vieux Romain — la comparaison n’aurait pas été pour lui déplaire — qui, traduit devant le préteur, étalait pour sa défense les innombrables blessures dont son corps était couvert. L'idée se fait jour pour la première fois dans sa réponse à la lettre de Damville; elle se précise dans le mémoire au roi. Cette énuméralion toute sèche, où les faits sont jetés un peu pêle-mêle, sans souci de la chronologie, était comme la table des matières, dressée à l’avance, des Commentaires futurs. Les amis de Monluc ne s’y trompèrent pas; et lorsqu'ils publièrent sa lettre, ils en firent ressortir Pintérêt historique dans le titre qu’ils lui donnèrent : Remonstrances de M. de Monluc... où est contenu une grande partie de ses faicts et de plusieurs autres seigneurs el capitaines de ce Royaume. La curiosité du public était piquée ; Monluc dut être invité à la satisfaire plus amplement.
Mais, tandis qu’il dictait le « discours de sa vie », il lui fut impossible d'oublier ses préoccupations quotidiennes ; elles apparaissent en trois endroits de la façon la plus claire. Après avoir rappelé la mort de Henri IF, il fait cette réflexion amère : « Despuis je n’ay eu que traverses, qu’il a semblé que je feusse cause d’icelle, et que Dieu m'en voulcist punir. » Il part de là pour énumérer ses déboires depuis le commencement des troubles civils. Les catholiques lui ont reproché d’être huguenot, les huguenots d’avoir mal administré sa province, d’avoir voulu la livrer au roi d’Espagne, de s’être enrichi par ses concussions; il se Jusuüfie de ces accusations et, au milieu de son plaidoyer, il insère cette phrase, écho de ses inquiétudes immédiates : € Et espère qu'au retour des commissaires qui sont par deçà se verra la vérité”. » De même la mesure imprévue qui, en novembre 1567, le dépouilla d’une partie de son gouvernement, lui inspire une longue et curieuse digression, où il passe én revue les « charités » prêtées de son temps à d’autres capitaines; et, comme s'il voulait ajou-