‹ Blaise de Monluc HistorienChapitre 391 sur 533 · Ce chiffre est confirmé par la lettre à Saint-Sulpice · texte numérisé non relu

Ce chiffre est confirmé par la lettre à Saint-Sulpice

LE SIÈGE DE LECTOURE (25 sepr.-2 OCT. 1562). 455

loire ecclésiastique, fit sommer la ville'. Si l’on accepte cette date comme jalon, la chronologie du siège, contée jour par jour dans les Commentaires, devient claire. Le samedi matin 2014 l'aube, Monluc et les deux commissaires de l'artillerie reconnaissent la place, mettent leurs pièces en batterie et font brèche. Le dimanche, on ne s'occupe que d'agrandir l’ouverture; le soir, on tente un assaut, qui est repoussé”. La date, qui concorde, est donnée par l'Histoire ecclésiastique. Le lundi 28, Monluc songe à déplacer ses canons, puis il recommence la batterie; d’Ortubie est blessé mortellement d’un coup de fauconneau. Fredeville continue à tirer tout le jour et, le mardi matin à huit heures, le capitaine Brémont d’Ars, commandant de la garnison, bat la chamade et demande à capituler. La journée se passe en pourparlers. Les assiégés tirent sur les parlementaires de Monluc, qui, furieux, envoie son enseigne Verduzan à Terraube pour y massacrer les prisonniers auxquels le capitaine Peyrot avait promis la vie sauve. Dans la nuit, il s'apprête à « remuer » ses canons pour battre la ville d'un autre côté. Les assiégés, « se voyant foibles de gens », le mercredi 30 au matin capitulent . Le vendredi 2 octobre (le jour est très exactement indiqué par Monluc), furent signés les « articles ». Nous en possédons le texte; ils sont beaucoup plus doux que ne le laissent supposer les Commentaires : le vainqueur non seulement accordait aux soldats «de sortir avecques les armes et leurs vies sauves », mais s’interdisait de punir lui-même les contrevenants aux édits royaux, s'engageait à empêcher les Parlements de Toulouse et de Bordeaux de sévir contre eux, prométtait qu'on ne contraindrait « aulcun habitant de ladicte ville aller à la messe... jusques à ce que le roy et reyne de Navarre y auront pourveu », donnait deux otages pour garantir la vie sauve à tous ceux qui voudraient se retirer en leurs maisons ou en Béarn‘. Monluc dit simplement

1. L'Hist. eccl. donne, en réalité, à quelques lignes de distance, deux dates (le 22 et le 25) pour l’arrivée de Monluc devant Lectoure. La première vise l’arrivée des premiers assiégeants, la seconde l’arrivée de lartillerie et le commencement du siège (II, 932-938).

2. La date du 27 est encore un jalon fourni par l’AÆist. eccl., H, 634.

3. Le siège avait donc duré six jours, comme le laisse entendre la lettre à

Saint-Sulpice.

4. IV, 162-167. — L’Hist. eccl, donne une analyse succincte, mais exacte,

de ce document.

qu'il tint parole. L'Histoire ecclésiastique s'étonne de son attitude et l’attribue au désir d’abréger son séjour devant Lectoure, pour empêcher Burie de venir lui disputer sa gloire. La raison est faible. Monluc n’avait pas à craindre que son collègue vint le rejoindre. Ne vaut-il pas mieux croire que la modération lui fut conseillée par le général des finances Portal, huguenot sincère, qui était auprès de lui et qu’il envoya porter à la reine la nouvelle de la prise"? Monluc n’était pas si inaccessible aux raisons politiques; il le prouva en offrant d'accueillir dans ses troupes les huguenots qui désiraient le suivre, leur promettant de « leur faire tel et semblable traictement » qu’à ses propres soldats, et il rappelle dans son livre que «aucuns » acceptèrent.

Le récit du siège de Lectoure est remarquable par la précision des détails topographiques ; il est aisé de le reconstituer sur les lieux. Lectoure se dresse sur un éperon qui domine le Gers. Des ravins profonds lui font de trois côtés une fortification naturelle. Elle n’est reliée aux collines voisines que par une étroite langue de terre. La position est formidable : elle explique l’importance stratégique et le rôle militaire de la ville, véritable clé de la Gascogne. Monluc l’attaqua par le seul côté accessible. La place était protégée par une double enceinte, flanquée de bastions. L’artillerie de Monluc fut d’abord placée en face du bastion nord, que les Commentaires appellent « le grand boulevard », la brèche ouverte près d’une fontaine qui existe encore. Après l’assaut manqué, Monluc songea à transporter ses pièces en face du bastion sud, qu'il nomme « le petit boulevard ». Enfin le couvent de Sainte-Claire se trouvait sur le chemin qui sort de Lectoure, faisant suite à la grande rue *.

C’est près de la porte où elle aboutissait, sur l’esplanade du bastion où s'élève la statue du maréchal Lannes, qu’eut lieu le guet-apens qui, d’après Monluc, détermina le massacre de Terraube. Il l’a placé, on l’a vu, le mardi 29. La date ne concorde pas avec celle de l’'Æistoire ecclésiastique. D’après l'historien protestant, c'est le 25 que Monluc, pour se venger, semble-t-il, du refus opposé à sa sommation, aurait, au mépris de la foi jurée,

1. Monluc à la reine, Lectoure, 4 octobre (IV, 167). 2. J'ai été obligeamment guidé pour cette reconstitution par feu Camoreyt, archiviste municipal de Lectoure,

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