JONCTION DE BURIE ET DE MONLUC
qu'estoit le jeudy », il se dispose à franchir la rivière à gué, Au moment de monter à cheval, il reçoit une dépêche de Burie, qui est d’avis d'attendre, pour livrer bataille, qu’on ait rejoint le duc de Montpensier. Il répond aussitôt qu’il faut marcher de suite à l’eunemi et expédie à son collègue les capitaines Arné, Massès et Charry, pour linformer que, se rangeant à l’avis de Monluc, ils vont faire passer la Dordogne à leurs enseignes. Lui-même, avec quarante ou quarante-cinq chevaux, pique droit à Saint-Cyprien, où 1l ordonne au baron de Clermont et aux Espagnols de se mettre en mouvement. Puis il franchit la Vézère et envoie Fontenilhes avec quatre chevaux reconnaître l'ennemi. Fontenilhes rencontre le maréchal des logis de la compagnie Randan, qui lui apprend que Duras se dirigeait vers l'Isle, mais que, ne se méfiant d’aucun danger, il s’était arrêté en route et avait logé ses gens de pied et son artillerie à Vergt', sa cavalerie à Cendrieux et dans les villages voisins *. Tandis que Monluc prend connaissance de ces nouvelles, arrive Burie, toujours hésitant. Monluc lui démontre qu’il faut à tout prix empêcher Duras de franchir l'Isle et se jeter résolument « sur sa queue ». L'arrivée des enseignes de Charry et des compagnies de gens d’armes qui ont passé la Vézère lève les derniers scrupules du vieux capitaine. Ce passage de la Vézère le jeudi est confirmé par trois documents. :
Monluc envoie de nouveau Fontenilhes en avant pour prendre contact. Il le suit et le rejoint à Saint-Alvèrei. Des crêtes qui dominent au nord le village, il peut voir l'ennemi logé au-delà
1. Monluc à Saint-Sulpice : « M. de Duras c’estoict descampé le jour mesmes du lieu où nous la passasmes, et avoict faict troys lieues et c’estoict campé à un lieu nommé Ber. »
2. L’ÆHist. eccl. (IE, 935) explique par la pluie la lenteur de sa marche, mais confirme rigoureusement les Commentaires. Elle appelle Cendrieux (Dordogne, cant, de Vergt, arr. de Périgueux) Æeudreux. Monluc dit Saint-Andras, forme qui confirme l’étymologie de ce nom de lieu, qui est San Driou (Saint- André). Voir le Dictionnaire topographique du département de la Dordogne, du vicomte De GourRGUES, Paris, 1873, in-40, p. 313, et Cances, Les titulaires el les patrons des diocèses de Périqueux et de Sarlat, Périgueux, 1844, in-80, p. 73.
3. Monluc à Saint-Sulpice, 12 octobre : « Le jeudy matin nous passasmes la Dordoigne et nous assemblasmes au passer d’une autre rivière nommée la Eze (sic.; corr. : la Vézère), au-deçà de Faiges. » — Monluc à Philippe IT : « Et le jeudi passasmes deux rivières et fismes six lieues et nous logeasmes à demi-
du Caudou'. Sur les indications que lui donne un serviteur du châtelain de Saint-Alvère, il pousse jusqu'au ruisseau avec quelques cavaliers. Monferrand enlève dans une maison un capitaine huguenot, Salignac, et son lieutenant, en train de préparer leur souper. L’Æistoire ecclésiastique mentionne ce fait, que confirme la lettre à Saint-Sulpice’. Après cette reconnaissance audacieuse, Monluc revient prudemment en arrière. Il trouve à Saint-Alvère les gens de pied en train de passer la Louyre, et Burie au château : il le met au courant de ce qu'il a vu et appris. Burie décide qu’ « il le faut boire et combattre ». Le vendredi matin, Q octobre, au point du jour, on est à cheval. Monluc part le premier avec sa compagnie et, par le chemin qui va de Bergerac à Cendrieux, se dirige vers ce dernier village. Il apprend que Duras la évacué et qu'il fait replier sa cavalerie sur Vergtt. Il pousse jusqu'à Veyrines et envoie son guidon Fontenilhes reconnaître à travers bois du côté de Vergt. II mande aussi à Burie de se hâter et d’amener ses quatre pièces de campagne. Duras, en effet, en évacuant Cendrieux, a commis la faute suprême : il a abandonné une position où il eût été fort malaisé de l’attaquer « pour lincommodité des boys et barrières qui ferment les chemins par les costez, chose peu advantageuse pour les gens de cheval »*, et il est venu camper «dans les prés de Ver », où il sera facile à la cavalerie catholique, supérieure en nombre, de charger ses gens de pied®. Monluc ordonue donc
lieue les ungs des autres et là où le dit Duras c’estoit retiré ayant laissé Sarlat. » — Récit de la campagne de Vergt (ne Rue, Jeanne d’Albret, pp. 457-458).
1. Le Caudou, « le petit ruisseau » dont parle Monluc, se jette dans la Dordogne un peu au-dessous de Bergerac.
2. Monluc à Saint-Sulpice : « Et sur l'entrée de la nuict je allis prendre dedans leur camp ung cappitaine de leurs gens à cheval et ung lieutenant et dixsept ou dix-huict prisoniers que je surprins en une maison escartée, » — Les éditeurs de l’Æist. eccl., se fondant sur le texte de de Ruble, notent que le capitaine pris est nommé Salignac par l’/ist, eccl., Savignac par Monluc. Les deux personnages ayant existé, ils concluent à un désaccord, En fait, le manuscrit porte partout Salignac.
3. Cest le grand chemin royal qui passe par Ponbonne, La Mongie et Saint- Laurens-des-Bâtons, et que l’on peut voir figuré sur les cartes de la Guienne de Cassini et de Belleyme: ÿ
4. Monluc à Saint-Sulpice : « Le vendredy matin ilz ce sarrarent tous en ce villai e de Ber... »
5. Cette raison est donnée dans le document cité p. 459, n. 3.
6. La Nous attribue la défaite de Duras 4 l’infériorité de sa cavalerie et à la