Monluc à Saint-Sulpice, 12 octobre
3. Monluc à Saint-Sulpice : « Je fis quatre esquadrons de nostre gendarmerie et ung de harquebuziers à cheval, et nous présentasmes les ungs devant les autres, » Ron). APE FOIE h
h62 LES PREMIERS TROUBLES.
sous un arbre cinq ou six chevaux : c'était Duras, Bordet et le capitaine Peyrelongue, maître de camp, qui, à son approche, tournent bride et vont rejoindre leurs gens de pied pour leur faire allonger le pas, quitter la plaine et gagner un coteau voisin'. Il se souvient alors de la charge de Targon ; 1l faut à tout prix empêcher l’ennemi de gravir les pentes. Il revient en hâte vers la gendarmerie et ordonne de charger, sans se préoccuper des gens de pied. Duras, sentant le danger, essaie de sauver son artillerie et l’encadre dans une troupe de vieux soldats. Mais il est trop tard. La compagnie de Termes tombe sur cette réserve, tandis que les cinq autres compagnies chargent l’infanterie huguenote, qui, prise de panique, se débande à travers la plaine?. Un grand nombre de soldats se réfugient dans un bots de châtaigners à gauche, où les Gascons et les Espagnols les tirent « comme qui tire aux oyseaux » ÿ. Les gendarmes de Burie et de Monluc « chassent » vers Pont-Romieu, en aval de Vergt. L’arüllerie est prise, ainsi que dix-neuf enseignes et treize cornettes ; la victoire est complète. Les paysans se chargèrent de massacrer les débris de l’armée vaincue. Quelques gens de pied rallient la cavalerie, qui échappe presque tout entière *.
1. La lettre à Saint-Sulpice confirme ce que disent les Commentaires de l’ébahissement de Duras en apprenant que Monluc avait rejoint Burie.
2. Confirmé par l’Ærs{. ecel. — Voici le récit de la lettre à Saint-Sulpice, qui concorde aussi rigoureusement avec les Commentaires : &« Comme M. de Burye s’attendoict à gaigner ung lieu pour s’aider de nostre artillerie, je recongneuz leur fasson de si près qu’il me sembla que leurs gens à cheval nous volloient faire teste de leurs gens de pied, car ilz se houstarent de devant la bataille et ce mectoient au cousté gauche. Et, en faisant cella, je congneuz bien qu'ilz s’embarrassiont, et tout incontinent leur fis la charge avec toutes les cinq troupes, sans attendre que noz gens de pied se puissent Joindre au combat, fortz les cappitaines qui estoient à cheval. Et eulx, voyant ceste charge, n’eurent temps de ce remettre en bataille et prindrent la cargue, et nous layssarent en proye tous leurs gens de pied, qui fut tout taillé en pièces, car nostre harquebouserie espaignolle et gasconne y arrivarent qui nous fyrent grand bien à ayder à thuer ses gens, car d’ung Jour n’eust esté possible à nous autres gens de cheval de massacrer tant de gens. » — D’après la lettre de Monluc à Philippe I, les deux armées étaient si près l’une de l’autre que l'artillerie ne put tirer.
3. Une tradition locale a conservé le nom de Bois des huguenots à un taillis voisin de Pont-Romieu. Elle à été recueillie par un romancier périgourdin, Euaèxe Le Roy, dans sa nouvelle intitulée Roquejoffre (Au Pays des Pierres, Paris, 1906, in-12, pp. 125 et suiv.).
h. L'Hist. eccl., confirmée par la lettre déjà citée, dit que les gens de cheval
Tel est le récit des Commentaires, très minutieux, très complet et très vivant. Il est confirmé, dans les grandes lignes et dans quelques détails précis, par le rapport que les deux capitaines adressaient au roi le soir de la bataille; par deux lettres de Monluc à l'ambassadeur Jean de Saint-Sulpice et à Philippe IT, et par l'Histoire ecclésiastique, dont la relation est beaucoup plus vague. On peut reprocher seulement à Monluc d’avoir masqué l’imprudence qu'il commit le matin du vendredi en engageant trop tôt ses compagnies de gens d’armes'. Mais, d’une part, la victoire fut certainement due à la décision avec laquelle il sut profiter des fautes commises par l'adversaire, et, d’autre part, il paya bravement de sa personne et faillit être tué dans la mêlée ?. Le chiffre des morts qu’il donne (dix-huit cents ou deux mille, « outre ceux que les villageois despeschearent ») concorde avec celui de PAistoire eeclésiastique, qui avoue « environ cinq à six cens soldats et quinze cens valets.de bagage perdus », et est inférieur à celui de «trois mil » environ, donné dans le rapport au roi ?. /
de Duras (environ quatre ou cinq cents sur six ou sept cents) échappèrent et purent franchir le Vern. Monluc, dans sa lettre à Philippe IT, réduit ce nombre à deux cents. Il exagère par fanfaronnade. Dans la lettre écrite le même jour à Saint-Sulpice, il disait plus exactement : « [lz ne perdirent plus hault de deux ou troys cens chevaulx qui furent encore prins ou thués en fuyant. » Dans la lettre inédite qu'il écrivait le 16 novembre suivant au pape Pie IV, il dit que la bataille eut lieu « alli 1x del mese passato di venerdi », et il donne ce détail nouveau qui ressemble fort aussi à une gasconnade : « Sono morti nella battaglia più di quaranta ministri della falsa legge. » Le Journal de l’année 1562 porte à huit ou neuf cents le nombre de gens de cheval qui se sauvèrent (Revue rétrospective, V, 196).
1. Dans ses lettres à Philippe IT et à Saint-Sulpice, il s’était aussi borné à dire que le vendredi matin il attaqua l’escarmouche « si redde qu’elle dura une heure ».
2, Il raconte dans son livre qu'il fut victime de la mauvaise bouche de son cheval; entraîné dans les rangs des piquiers de Duras, il fut péniblement dégagé. Dans sa lettre à Saint-Sulpice, il demandait à l'ambassadeur de lui faire passer, contre remboursement, deux chevaux d’Espagne, car « de par deçà je n’en trouve ung seul bon, et le jour de la bataille, pour le deffault de mon cheval, faillis à estre thué ».
3. Les renseignements donnés par les ambassadeurs sont très inexacts. Barbaro dit que Duras s’est enfui avec quatre mille fantassins et cinquante cava liers (dépêche du 19 octobre, Dép. vénit., filza 4, fos 553 vo-554 ro; B. Ne f. ital. 17922). Throckmorton parle de trois cents hommes tués (dépêche du
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Vers « deux heures après midy », Burie et Monluc entraient à Vergt, où ils demeurèrent « tout le lendemain ». Le soir, ils rédigèrent leur rapport, qu'ils envoyèrent au roi et à la reine par M. du Courré, lieutenant de Burie; ils y signalaient la belle conduite des capitaines Arné et Massès, d’Argence, de Fontenilhes, de Charry. Le dimanche 11, ils allèrent loger à Grignols et cantonnèrent leurs troupes à € deux ou trois grands villaiges » entre Manzac' et Mussidan, sans doute à Jaure, Vallereuil et Saint-Séverin-d’Estissac. Le même jour, ils étaient à Mussidan et y faisaient la révérence au duc de Montpensier, que la reine avait envoyé en Guienne pour prévenir les conflits entre Burie et Monluc et aviser à ménager les deniers royaux”. Le lundi 12, Monluc rendait compte à la reine de cette entrevue ; 1l y avait été décidé qu'il retournerait en Guienne avec la compagnie du roi de Navarre et la sienne, pour reprendre Montauban, et que le duc emmènerait en Saintonge les compagnies de Burie, Randan, La Vauguyon, Termes, les bandes de Charry et les mille Espagnols, accrus de deux mille qui devaient arriver ce jour-là à Bergerac. L'auteur des Commentaires se vante avec raison d’avoir été « embrassé » plus de dix fois par le duc de Montpensier. Ce dernier fait de lui le plus grand éloge dans une lettre qu'il écrivait, le surlendemain, à la reine pour appuyer une requête de Monluc, qui, toujours quémandeur et d’ailleurs bon frère, demandait une compagnie et le gouvernement de Périgueux pour le sieur de Lioux *. En attendant de cueillir le prix de sa
30 octobre à lord Robert Dudley, State papers, Foreign, 1562, n0 936), mais des nouvelles du 31 avouent la déroute complète de Duras (1brd., n°0 950).