Il
ter un chapitre au De casibus virorum illustrium de Boccace as il évoque les figures de ces victimes plus ou moins fameuses de la fortune, qu’il a connues : Lautrec et Samblançay, le connétable de Bourbon et Philibert de Châlon, prince d'Orange, André Doria et Leone Strozzi, le maréchal du Biez, sans oublier la traverse qui fut donnée à Poissy au cardinal de Lorraine et l’« escorne » que reçut M. de T'aix. Il va même chercher des exemples dans l’histoire romaine, dans Tite-Live qu'il a lu jadis; et il retrouve dans sa mémoire deux épisodes qu’il raconte à sa manière : celui de Camille qui se vengea de l’ingratitude de ses concitoyens en les délivrant des Gaulois, et celui de Livius Marcius, le « nouveau cappitaine » que l’armée romaine d’Espagne élut pour chef après la mort des deux Scipions et qui fut blâmé par le Sénat pour avoir vaincu Hasdrubal sans avoir reçu des pouvoirs légaux*. La digression se termine, de la façon la plus imprévue, par un vœu en faveur d’une réforme de la justice en France, « pour que les procès ne puissent durer plus de deux ans ». En le formulant, Monluc songeait certainement à ses compagnons et à lui-même, tombés entre les griffes des gens de justice à la suite de l’enquête du commissaire Mondoulcet *. Il revient sur ce sujet brülant au cours des réflexions que lui inspire l’édit de pacification du 23 mars 1568; il se plaint avec amertume que Charles IX ait une troisième fois commis la même faute : « Et de présent, dit-il au roi, vous à on encores fait signer une ordonnance d’envoyer des commissaires par toute la France pour faire rendre aux Huguenotz ce que nous leur avons prins, et non pas à nous ce qu'ilz nous ont volé... » Et il dénonce l’iniquité de cette justice; et il énumère les capitaines catholiques que les derniers
1. Monluc se fit-il lire ce livre, qui convenait si bien à son état ? On sait que le De casibus de Boccace, traduit par Laurent de Premierfait, eut un très grand succès en France au quinzième et au seizième siècle, M. Henri Hauvette cite de nombreux exemplaires manuscrits de cet ouvrage, que beaucoup de grands personnages voulurent posséder (H. Hauverre, De Laurentio de Primofato, 1908, pp. 56-58). Il n’est pas impossible que Monluc en ait eu connaissance.
2. Son récit est très fantaisiste. Il a certainement reconstitué de mémoire et d’après une lointaine lecture la narration de Tite-Live. Il imagine que Livius Marcius fut amené à Rome et mis en jugement; il croit même qu’on le fit mourir.