TROISIÈME SIÈGE DE MONTAUBAN (OGT.-NOV
qu'il passa par Montauban. Il est donc impossible d'avancer ce fait aux derniers jours d'octobre, comme l'ont fait de Ruble et, avant lui, Lafon, Phistorien de Montauban ‘. Quant au jugement dédaigneux porté par Monluc sur l'incapacité de Terride comme « homme de siège », il contient, sans doute, une part de vantardise et de mauvaise humeur; mais il est, comme on l’a remarqué, suffisamment justifié par le rôle piteux de ce capitaine lors de linvasion du Béarn par Mongonmery ?.
Les Commentaires placent ici un voyage à Bordeaux, où Monluc aurait été appelé par le Parlement et le maire Antoine de Noailles « pour aider à pacifier une partialité ». Aucun document ne fait allusion à ce voyage. Bien plus, Monluc était le 20 novembre à Estillac, d’où il écrivait à la reine qu’il était allé récemment, sans doute au début du mois, à Lectoure?. Deux pages plus loin, il parle de nouveau d’un voyage à Bordeaux, qu'il fit, comme on le verra, en mars 1563. Si l’on remarque, d'une part, que le récit présente, après la mention du premier voyage, une lacune de plus de trois mois; d’autre part, que les détails, d’ailleurs plus précis, que donne l’auteur sur le second voyage présentent des analogies frappantes avec ce qu'il dit du premier, il est permis de conclure que nous sommes ici en présence de deux rédactions différentes d’un même fait. Monluc s'était, dans sa première rédaction, rappelé seulement un voyage à Bordeaux, qu’il croyait avoir fait à son retour de Montauban ; il Pavait mentionné, puis avait interrompu sa dictée. En la reprenant, au bout de quelque temps, il s’est souvenu d’un voyage à Toulouse qui avait précédé le voyage à Bordeaux; il la noté et a ensuite recommencé le récit de son voyage à Bordeaux, en omettant de barrer la première mention de ce fait. Il ne s’est, du reste, pas rendu compte de sa négligence : lorsqu'il décida d’enrichir sa première rédaction de réflexions diverses, 1len ajouta une à la première mention du voyage à Bordeaux sur la nécessité pour un lieutenant de roi de choisir plutôt Agen comme capitalef,
1. De Rusce, Jeanne d’'Albret, p. 313. — Laronw, Histoire d'une ville protestante, p. 57. — Les éditeurs de l’AÆist. eccl., WT, 138, n. 2, ont signalé cette difficulté chronologique.
. DE Run, loc. cit.
Monluc à la reine, Esüllac, 20 novembre (IV, 176).
9. ns 24 4. Le manuscrit porte simplement : « Mais, pour laisser ce propos, je m'en
Les documents permettent de le suivre pendant ces trois mois dont il n’a rien dit. Il passa à Agen la fin de novembre, intervenant officieusement auprès de la reine en faveur des habitants de Lectoure', faisant évacuer Casteljaloux par la garnison qui l’occupe « pour éviter la foule du public » *, menaçant Auch, qui « branloit toujours », de lui imposer la charge d’une compagnie de gens de guerre. Dans les premiers Jours de décembre, il se dispose à se rendre de nouveau à Toulouse, où l’appelait le cardinal d’Armagnac, pour y surveiller les agissements du comte de Crussol pendant la tenue des États du Languedoc à Carcassonne. Le 9, il arrive à Toulouse avec sa compagnie et celle de chevaulégers du capitaine Peyrot. Il y modère le fanatisme catholique des conseillers au Parlement et de la population, surexcité par les lettres d’abolition du mois d'octobre et du 9 novembre, qui accordaient une amnistie complète aux réformés à l’occasion des événements de mai et blâmaient les excès des catholiques. Le 22 décembre, il est de retour à Agen, rappelé par un « désordre » à Sainte-Foy, que les huguenots ont pris le 8 par surprise 6. Il
retournay à Agen. Quelques temps après, la court de parlement de Bourdeaulx et monsieur de Noailles, gouverneur de la ville, m’envoiarent prier voulloir venir jusques à Bourdeaulx, pour aider à paciffier une partiallité qui c’estoit esmeue dans la ville de Bourdeaulx, ce que je feys. Et y demeuray quelques Jours, puis m'en retournay autres fois à Agen. Et quelque temps après, monsieur le cardinal d’Armaignac et la court et les cappitoulz etc... » (fo 274 ro).
1. Monluc à la reine, Agen, 22 et 25 novembre (IV, 177-179). — Mention de dépenses faites pour les consuls pendant son séjour dans la ville, 3 décembre (Arch. munie. d'Agen, UC, 299, 304).
2. Jurades de Casteljaloux, rer décembre (Arch. de Lot-et-Garonne, BB, 1).
3. Délibérations des consuls d’Auch, 20 et 22 décembre (Arch. munic. d’Auch, BB, 5, fo 159 ro-vo).
4. Antoine de Noailles à la reine, Bordeaux, 7 décembre. (B:N:;° fr. ntacq 20598, fo 31, orig. — Arch. hist. de la Gir., XVII, 284.)
5. Monlue au capitaine Lescout de Romégas, Toulouse, 9 décembre (V, 330).
— Monluc à la reine, Toulouse, 10 décembre (rbid., IV, 182). — Monluc à la reine et au duc de Guise, Agen, 28 décembre (IV, 185). — Voir le texte des
lettres de Charles IX dans l//is!. eccl., WT, 48-54; cf. aussi Æistoitre de Lanquedoc, XL, Oo
6. Suscription de la lettre du cardinal d’Armagnac à Monluc, Toulouse, 22 décembre (publ. par T. pe LarroQus, Lettres inédites du card. d'Armaqnae, dans la Coll. mérid., 1874, V, 113). — Sur les troubles de Sainte- Foy, voir une lettre d’Antome de Noailles à la reine, Bordeaux, 11 décembre (T. px LanroQue, An/. de Noailles à Bordeaux, p. 80), et une lettre du baron