‹ Blaise de Monluc HistorienChapitre 401 sur 533 · UNE LACUNE VOLONTAIRE · texte numérisé non relu

UNE LACUNE VOLONTAIRE

passe à Agen les derniers jours de décembre et les premiers de Janvier 1563". Il se rend alors de nouveau à Toulouse, à la prière du cardinal d'Armagnac et des capitouls”. De retour à Agen, le 4 février, il fait le 17 un voyage à Lectoure, rentre à Agen le 25 et le 28 est de nouveau à Toulouse, où il assiste, en l’église Saint-Étienne, à la cérémonie où sont faits chevaliers de l’ordre M. de Negrepelisse et le baron de Fourquevaux 5. C’est le voyage auquel font allusion les Commentaires et qui marque la fin de la lacune.

On voit par cette rapide et sèche énumération que Monluc ne fut pas inactif durant ces trois mois. Mais il à eu ses raisons pour les passer sous silence. Cette période réveillait en lui des souvenirs malaisés à rappeler. En premier lieu, il n’avait presque rien fait pour arrêter les exploits en Périgord de deux hardis partisans, Armand de Clermont, sieur de Piles, et La Rivière, qui y tenaient la campagne, enlevaient le 8 décembre Sainte-Foy par escalade, surprenaient Eymet, occupaient Mussidan et Bergerac et jetaient la terreur jusque dans Bordeaux‘. C’est à peine si Monluc s’émut de la prise de Sainte-Foy. En mars seulement, sur les instances des Bordelais, il prit des mesures

de Lauzun au roi, même date. (T. ne Larroque, Doc. tnéd. relatifs à l'hist. de l’Agenais, p. 101.)

1. Le 3 janvier, le premier consul d’Auch Saint-Blanc rapporte qu’il vient de le voir à Layrac. (Arch. munic. d’Auch, BB, 5, fo 161 ro.)

2. Histoire de Toulouse, Liv. Il (cité dans l’//rstotre de Languedoc, Preuves, XII, 652). — J. de la Rivière à Saint-Sulpice, 14 février. (Casié, Guerres de religion dans le Sud-Ouest, col. 23.)

3. Ordonnance organisant une ligue catholique en Agenais, Agen, 4 février 1563 (IV, 190). — Certificat de la confirmation des privilèges de Lectoure, Lectoure, 17 février (IV, 195). — Monluc aux consuls d’Auch et de Pessan, Agen, 25 février (IV, 196). — Lararce, Annales de Toulouse, I, 254. — Histoire de Toulouse, liv. I (cité dans l’Æistoire de Languedoc, Preuves, XII, 651.)

4. Hist. ecel., M, 950, 962. — GauLuiEur, 0p. cl., pp. 511-527, 533-536. — De Rusce, Jeanne d’Albret, pp. 330-341.

5. Il y avait envoyé à la fin d'octobre le capitaine Tilladet avec cent hommes, puis, sur les instances des consuls et leur promesse de « vivre sellon l'ordonnance du roy », il avait retiré cette garnison. Le capitaine Razac n’y arriva qu’au début de décembre, trop tard pour mettre la ville en défense. (Jurades de Sainte-Foy des 28 et 29 octobre, 17 novembre et 6 décembre, Arch. dép. de

la Gironde, E, suppl., 4987, BB, 1.)

pour envoyer son fils reprendre Mussidan ”. Cette inaction était peu glorieuse ; on comprend qu’il Pait passée sous silence. Elle est peut-être explicable : au lendemain de la victoire de Vergt, Monluc, qui croyait toucher enfin la récompense due à ses services, avait eu la désagréable surprise de recevoir de la cour un blâme à peine déguisé. Les premières félicitations du roi et de la reine” l'avaient enhardi à demander un pouvoir particulier € de bailler brevetz de pardon et abollition » et à réclamer cette comté de Gaure, dont l'avait gratifié Henri II à son retour de Sienne et qui lui avait été enlevée par suite de la réunion générale au domaine royal faite sous François IT. Ses demandes ne furent pas trouvées « raisonnables » ; le roi y répondit en Pengageant à se contenter des cinq cents livres qu'il recevait par mois «pour son plat »*. Cette requête intempestive et ce refus donnèrent beau jeu aux ennemis de Monluc. Ils rapportèrent à la reine qu'il ne déployait tant de zèle que pour son profit personnel. On répéta à la cour qu’il avait mandé à Jeanne d’Albret que, si elle continuait à favoriser les séditieux, il passerait en Espagne «supplier le roy catholicque d’entrer dans son pays de Béarn, et que la noblesse et tout le pays aimoient mieulx le rov d'Espaigne... que si elle vouloit ruyner le roy et ses propres subjects ». Le propos était vrai; il était, à ce moment, particulièrement grave : il justifiait les signataires du traité de Hamptoncourt. La reine le reprocha sévèrement à Monluc, qui s’excusa de son mieux : « Quand je disoys cella, écrivit:1l, c’estoit ung jeu que je jouoys à deux intentions, et pour veoir si avec mes braveries je pourroys esteindre le feu qu'elle allumoit »+. A ce jeu dangereux, il n'avait

1. Ordonnances aux sénéchal et consuls de Périgueux, Agen, 6 mars; Bordeaux, 30 mars (IV, 201, 203. — Le premier de ces documents a été réimprimé dans le Bull. de la Soc. histor. et archéol. de Périgord, 1884, XI, 394). Les Commentaires mentionnent la présence du capitaine Peyrot devant Mussidan au moment de la paix d’Amboise, mais ne parlent pas du siège.

2. Catherine de Médicis à Burie et à Monluc, et à Monluc seul, du camp devant Rouen, 20 octobre. (Lett. de Cath. de Méd., I, 421.)

3. Charles IX à Monluc, Bois-de-Vincennes, novembre 1562. (BNP fran acq. 6oor, Fos 132-133, minute.)

4. Monluc à la reine, Agen, 25 novembre, — Throckmorton écrivait à la date du 30 octobre que le prince de Condé était informé des intelligences que Monluc a nouées avec le vice-roi d'Aragon et le gouverneur de Pampelune pour remettre

toute la Guienne entre les mains du roi d’Espagne. (State papers, 1562, n° 932.)

TENTATIVE DE LIGUE CATHOLIQUE (4 FÉv. 1563). 471

réussi qu'à se compromettre. Aussi jugea-t-il prudent de se faire pardonner son incartade en laissant faire en Périgord Piles et La Rivière, capitaines soldés par Jeanne d’Albret, et en affectant, à Toulouse, au début de décembre, la plus grande modération. La nouvelle de la journée de Dreux, dont Monluc fut «asseuré » à Layrac dans les derniers jours de décembre’, lui permit de modifier de nouveau son attitude. La victoire de l’armée royale, due en partie aux bandes de Charry, lui parut assurer le triomphe définitif de la cause catholique. Encouragé par la noblesse gasconne, qui, dans la requête apportée en mars à Fumel, demandait qu'on lui permit de s’associer pour sa défense, soutenu par l'opinion des États d’Agenais qui, le 3 janvier, protestaient contre les lettres de pardon envoyées par le roi, comme si la majorité des habitants, dévouée à la religion traditionnelle, eût été coupable”, il crut le moment venu de créer dans la sénéchaussée d’Agenais une organisation analogue à celle des synodes, une ligue catholique destinée à « courir sus » aux séditieux, à empécher leurs entreprises, à les mettre entre les mains de la justice, le tout sous l’obéissance du roi. L’acte de constitution est du 4 février 1563 5. Monluc l'avait certainement élaboré à Toulouse, de concert avec le cardinal d’Armagnac. Un mois plus tard, il le complétait en organisant dans cette même ville une association toute semblable, mais embrassant toute la juridiction du Parlement de Toulouse en Languedoc et en Guienne; Pacte fut signé le 2 mars par le cardinal d’Armagnac, lieutenant de roi en la province et sénéchaussée de Toulouse; le cardinal Strozzi, lieutenant de roi en Albigeois; Monluc, qui s’'intitulait hardiment « lieutenant pour ledit seigneur en Guyenne »*, Terride, Negrepelisse, Fourquevaux et Joyeuse. Le Parlement lapprouva, «par

1. Rapport du premier consul d’Auch Saint-Blanc. (Arch. munic. d'Auch, BB, 5, fo 161 ro.)

>. Délibérations des Etats du pays d’Agenais, 3 janvier 1563. (Arch. hist.

de la Gtr., XXIX, 28, 29.) — Ces deux documents montrent, comme l’a justement noté Taoux (Rev. de l’Agenais, XV, 196-197), l’exaltation des catholiques agenais.

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