Ordonnance de Monluc..…., Agen, 4 février (IV
4. Sa nomination était, du reste, arrêtée en principe depuis le début de février : son fils Peyrot l'avait annoncée le 9 à Bordeaux. (DE Rüsce, Jeanne d'Albret, p. 347, n. 1.)
provision », le 20 mars". Cette approbation légitimait Pacte dans une certaine mesure. Monluc pensait sans doute que, du même coup, elle donnait une valeur légale à son ordonnance d'Agen. Mais cette manifestation d'indépendance provinciale ne pouvait être vue de bon œil par le pouvoir e ntral. La reine, dès que la paix fut signée, la condamna formellement et Monluc fut obligé de défaire lui-même son œuvre”. On comprend qu'il n'ait pas jugé à propos de rappeler cette initiative ; le souvenir eût singulièrement contredit lidée qu'il voulait donner de lui-mème à la postérité en se représentant comme n'ayant jamais empiété sur l'autorité royale.
En mentionnant dans son livre le voyage à Toulouse qu'il fit à la fin de février, il a donc pris soin d’omettre l'acte de constitution de la ligue catholique. Il a cité notamment, comme se trouvant à Toulouse à ce moment, le cardinal Strozzi, Terride, Negrepelisse, Fourquevaux; mais il les représente comme lui ayant offert le commandement d’une armée qu'ils voulaient lever pour aller en Languedoc. Ses souvenirs sont ici brouillés ; c’est, on Pa vu, en décembre qu'il fut question de lui confier ce commandement pour protéger contre les entreprises de Crussol les États de Carcassonne. L'idée venait du connétable : Monluc n’a donc pu invoquer, pour s'excuser, sa crainte de mécontenter son vieil ennemi’. La confusion qu'il à commise paraît bien être volontaire, et 1l l’a aggravée d’un détail inventé à plaisir. Le 4 mars au malin, il quittait Toulouse, après avoir signé un état de la solde mensuelle des gens de pied en garnison dans tes villes et châteaux de Guienne *. Il se rendait à Bordeaux, où l’appelaient en hâte le Parlement et Antoine de Noailles, « pour ung grand suspeçon
1. Le texte de cet acte se trouve in extenso dans l’Hist. eccl., IT, 60-65, où il a été copié par La Poreuxière, Histoire de France, 1, fo 315 vo. — Cf. aussi DE Taou, Æist. univ., IV, 497.
2. Catherine de Médicis à Monluc, 31 mars. (Lett. de Cath. de Méd., 1, 551- 553.) Elle l'invite à dissoudre la ligue catholique formée en Bordelais par Fédéric de Foix-Candale.
3. C'est Monluc lui-même qui nous fait connaître ces détails dans sa lettre à la reine du 28 décembre.
4. IV, 199. — On ignore auquel des trois séjours de Monluc à Toulouse, en novembre, décembre 1562 et mars 1563, il faut rapporter sa lettre non datée à a reine pour demander les biens du capitoul d’Assézat (IV, 197). De Rugze ‘attribue au troisième,
MONLUG A BORDEAUX (MARS 1563). 473
qu’estoit intervenu dans la ville » entre le maire et le président Lagebaston. Le 6 il était à Agen, le Q à Marmande”. Le 10, son arrivée prochaine était annoncée à Bordeaux, et le Parlement décidait que, € aprés qu'icelluy de Monluc sera arrivé en cette ville, deux presidents et conseillers de la cour, en son nom, ensemble l’un des gens du roy, portants robes noires et chaperons longs, yront vers ledit s' de Montluc pour le graüffier à sa venuë... »2. Il'arriva à Bordeaux le surlendemain 12 mars. On le voit, il mit bien, comme il le dit, trois jours pour aller de Toulouse à Agen, mais il en mit cinq, et non trois, d'Agen à Bordeaux, puisqu'il apprit en route, à Cadillac, la mort subite d'Antoine de Noailles, survenue le 17 #.
La situation était grave à Bordeaux. Comme à Toulouse, les lettres d’abolition en faveur des réformés, apportées le 3 février par d’Escars, avaient mis aux prises les catholiques exaltés, dont elles condamnaient la politique de répression à outrance appliquée depuis un an, et les sages groupés autour du premier président Lagebaston. La ville était affamée, le peuple mécontent ; on craignait une nouvelle surprise du Château-Trompette, une descente des Anglais. Depuis plusieurs jours, des inconnus marquaient, la nuit, les portes des catholiques d’une croix blanche, celles des réformés d’un signe différent$. Monluc, au lieu de « mettre la main aux armes », apaisa tout par son éloquence. Une lettre du président Lagebaston certifie le zèle et Pactivité qu'il déploya pour pacifier la ville et confirme les éloges qu'il se donne à ce propos 5. On ne sait rien des discours qu'il dit avoir adressés aux jurats et au clergé. Mais, le jour même de son arrivée, il assista, l’épée au côté, avec son frère, le sieur de Lioux, à l’audience du Parlement 7. I dit qu'il y rappella ce qu'il
1. Ordonnance aux sénéchal et consuls de Périgueux, Agen, 6 mars.
2. Monluc au vicomte d'Uza, sénéchal de Bazadais, Marmande, q mars. (Arch. hist. de la Gtr., XXIX, 32.)
3. Bibl. munic. de Bordeaux, reg. secr. du Parlement, ms. 369, 2, fo 454.