Texte du ms. (fo 211 ro). — Cf. II
3. « Instructions pour remonstrer à la Royne de la part de M. de Monluc » (IV, 239). — Remontrances du Parlement de Bordeaux, 19 mai 1563 (B. N fr. n. acq. 20598, fo 87, orig.).
4. Mémoire à la reine, 13 mai 1563 (IV, 234). — L’argument tiré par Monluc du péril extérieur est confirmé par la requête que les États de Béarn adressèrent, en juin, à la reine à l’occasion de l'interdiction des processions (Arch. des Basses-Pyrénées, C. 684, F0 133 vo, — Voir une traduction française de ce document béarnais dans V. Dusarar, Le Protestantisme en Béarn et au pays basque, Pau, 1895, pp. 75-78).
LES RAPPORTS DE MONLUC ET DE JEANNE D'ALBRET. h79
fougueux lieutenant à « s’entretenir doulcement avec la royne de Navarre, sans l’offenser ny lirriter de parolles ny d’aultres choses, d’aultant, ajoutait-elle pour lui montrer le danger de son atütude, que cela ne vous sçauroit servir ny à mes affaires !. » Loin d'écouter ces sages conseils, Monlue se laissa aller à tenir les propos les plus imprudents. Un incident acheva de tout gâter. En juin 1563, les rapports entre la France et l'Angleterre étaient très tendus. La guerre, habilement provoquée par Catherine, était imminente. Burie et Monluc reçurent l’ordre de se saisir des vaisseaux anglais qui se trouveraient dans les ports de Bordeaux et de la côte gasconne?. On parla d’une descente possible des Anglais en Guienne. Monluc laissa entendre qu’ils seraient assurés d’y trouver à point une puissante protectrice. Le propos fut rapporté à la reine-mère. Catherine, qui ne songeait à ce moment qu’à ‘allier catholiques et protestants contre Pennemi extérieur, trouva que, cette fois, son lieutenant avait passé les bornes permises. Elle lui dépêcha son frère Joachim, avec l’ordre d'adresser immédiatement des excuses à la reine de Navarre. Monluc s’exécuta : il écrivit à Jeanne d’Albret une lettre de rétractation très embarrassée et très humble. Désormais, il s’efforça, dans ses récriminations contre les réformés, de mettre hors de cause sa personne et de distinguer entre Jeanne d’Albret, princesse de sang royal, et Jeanne d’Albret, chef et âme du parti huguenot. Il dira dans son livre : « J’ay toujours esté, et les miens, très humble serviteur de sa maison, mais ç’a esté lorsqu'il n’a point esté question du maistre. » Et lorsqu'il racontera comment, en octobre 1568, il la laissa passer pour aller à La Rochelle, il s’étonnera qu’elle ait commis une telle faute et la rejettera sur les ministres qui la conseillaient. Le souvenir de la palinodie que lui avaient coùtée
1. Charles IX à Monluc, Bois-de-Vincennes, juin 1563 (B. N. acq. 6oor, fos 42-43, minutes).
2. Charles IX à Monluc, Nantes, 13 juillet. — Catherine de Médicis à Burie et à Monluc, même date (B. N., fr. n. acq. 6007, Fos 148-140, minutes).
3. Traslado de una carta scripta a madama de Vandoma de la parte del señor de Monluc, Agen, 12 juillet. Cest une traduction espagnole qui fut faite
5 Mise
à l’usage de Philippe I (IV, 263). — Joachim de Monluc à la reine, Agen, 22 juillet (V, 344). — On le voit, ce n’est pas, comme l’a imaginé FOoRNERON
(Histoire de Philippe 11, Y, 294), pour avoir essayé de déposséder Jeanne d’Albret du Béarn, pendant la première guerre civile, que Monluc fut contraint d'écrire sa lettre.
ses imprudences de langage était encore vivant en lui lorsqu'il dictait son livre; et l’on comprend qu’il n’ait pas insisté sur une matière délicate entre toutes. Il avait mécontenté gravement Catherine : n’eût-il pas risqué, en y faisant la moindre allusion, de gâter tout son plaidoyer ?
Pour la même raison, il n’a nulle part rappelé les incessantes récriminations qu’il adressait à la cour pour protester contre la politique de conciliation de la reine-mère et ses efforts pour faire vivre en paix catholiques et réformés. Il semble bien qu'il crut d’abord au succès de cette politique. Au lendemain de la paix d’'Amboise, désireux de se montrer digne de la confiance royale, il avait déployé un grand zèle pour lappliquer. Se désavouant lui-même, il avait prononcé la dissolution de la ligue catholique organisée en Bordelais, sur son initiative, par le comte de Candale ‘, et adressé aux jurats et aux notables de Bordeaux un éloquent appel à la tolérance qui lui valut les félicitations du roi”. « J’ay faict rentrer tous les huguenaulx, écrivait-il à la reine, lesquels m'ont tous promis de vivre en bonne paciffication *. » Après avoir rétabli l’ordre dans Bordeaux, il fit un « passaige » à travers son gouvernement, visita Agen, Condom, Lectoure, Auch, pour s'assurer que les édits « estoient bien et deuement entretenus » *. Mais son zèle pacifique se refroidit vite. L’attitude si tranchée qu'il avait prise durant les premiers troubles le rendait peu propre à Jouer ce rôle nouveau. À qui sa modération aurait-elle pu inspirer confiance? Les huguenots, qu'il avait si bien «estrillés », ne pouvaient pas ne pas le regarder comme leur implacable ennemi. Les catholiques l’exaltaient comme leur sau-
1. Monluc à la reine, Bordeaux, 11 avril 1563 (IV, 206). — Remontrances faites au roi par le vicomte d'Uza au nom de la noblesse de Guienne, Bordeaux, 16 mai (B. N., fr. n. acq. 20 598, f0S 170-180).
2. « Remonstrance faicte par monseigneur de Monluc aux maire, juratz, manans et habitans de Bordeaux », 2 mai (IV, 220). — Charles IX à Monluc, mai 1563 (B. N., fr. n. acq. 6001, fos 7-8, minute). — Cf. aussi Monluc à la reine, Bordeaux, 31 mai (IV, 254).