‹ Blaise de Monluc HistorienChapitre 413 sur 533 · LA DÉCLARATION DE MONT-DE-MARSAN · texte numérisé non relu

LA DÉCLARATION DE MONT-DE-MARSAN

de cette déclaration, dont le texte est conforme à la brève analyse qu'il en donne! et qui fut, comme il le dit, expédiée par le roi, avec ordre de la signer, à tous les « grands seigneurs, gouverneurs de provinces et cappitaines de gens d'armes »°?. Il assista certainement à la réunion où elle fut élaborée; Catherine, qui aimait mieux l’entendre parler que le voir agir, Pavait, en effet, à Toulouse, admis au conseil privé. Les ambassadeurs anglais et vénitien confirment ce qu'il dit de la réunion, à laquelle prirent part, le 18 mai, d’après de Thou, tous les princes du sang et tous les chevaliers de l’ordre qui se trouvaient là *. Mais Smith nous apprend — ce que Monluc à négligé de dire que cette déclaration excita beaucoup de défiances. Elle avait été adoptée en l’absence du chancelier et du connétable. Monlue dit que ce dernier la signa; il commença par refuser avant d’en avoir conféré avec le roi; Jarnac fit de même. Les seigneurs huguenots, remarquant que tous les signataires étaient catholiques,

s’abstinrent. On répandit là-dessus les bruits les plus pessimistes ; on alla jusqu’à laisser entendre que cette ligue n’était que le prélude d’une nouvelle prise d’armes. Les catholiques ne semblent

IRD AN ir 20/01, 10007

2. Charles IX à M. de Humières, Mont-de-Marsan, 24 mai : « Proposant aux princes de mon sang, gens de mon conseil et autres seigneurs estans près de moy les advys que J’avoys de quelques ligues, assotiations et autres menées et secrettes intelligences dont mon royaulme est tenu en rumeur, et leur demandant ce qn'ilz en sçavoient et les remèdes pour aller au devant du mal qui y pend et ouvrir les yeux à ceulx qui soubz faux pretexte sont bien souvent deceuz, ilz m'ont faict et signé lhonneste declaration que vous verrez par ung acte que j’ay donné charge au sr de La Forest, mon conseiller et maître d’hostel ordinaire, present porteur, vous communiquer et faire entendre le desir que Jay d'avoir semblable tesmoignage de votre bonne intention, encores que Je n’en doubte point, par votre seing que je vous prie vouloir mectre dedans ledict acte... » (B. N., fr. 3178, fo 3r, orig. signat. autogr.)

3. Nouvelles de France, 1er mai 1565. (State papers, 1564-1565, no 1116.)

4. Charles IX au Parlement de Paris, Mont-de-Marsan, 21 mai. (Mém. de Condé, L, 156-157.) — Smith à Leicester et à Cecil, 23 mai. (State papers, 1504- Suriano au sénat de Venise, 26 mai (dépêche déjà citée). —

1505, n° 1196.) Lettre anonyme à Gordes, Toulouse, 13 juin (Duc n’Aumare, //ist. des princes de Condé, 1, 525). Cf. ve Tuou, Ærs{. unto., trad. fr., Londres, 1734, V, 35, et La Ferrière, Let. de Cath. de Méd., W, Introd., p. Lxxt, qui place le conseil le 21. — D'Ausiéné, Aist. unto., I, 218-219, a placé par erreur la déclaration du roi à Bordeaux; il fait pourtant allusion au récit de Monluc, qui la met exactement à Mont-de-Marsan.

pas, d’ailleurs, avoir été plus satisfaits; l'ambassadeur vénitien Suriano faisait remarquer qu'il y avait peu de dignité de la part du roi à «se confédérer » ainsi avec ses vassaux, et déplorait la querelle des Montmorency et des Guise, qui ne pouvait servir que les intérêts des huguenots". Le nom de Monluc, mis en avant, porta malheur au projet; personne, parmi les réformés, ne voulut croire qu'une entreprise suggérée par lui pût tendre à la paix”; mais ces défiances même prouvent qu’il en avait été, comme il le dit, l’instigateur. On sait que la querelle des Guise et des Châtillon fut apaisée en apparence à Moulins *.

Muets sur le séjour de Monluc à Bayonne, sur son rappel précipité, fin juin, en Gascogne, à la suite d’Qun escandalle qui est advenu à Montréal, qui est une ville en Condomoys »+, les Commentaires font une vague allusion au retour de la cour vers la Saintonge et La Rochelle. Monluc avait dû la rejoindre à Condom, où Charles IX fit son entrée le 27 juillet. Il se trouva aussi à Saintes le 1 septembre, poussa, comme il le dit, jusqu’à La Rochelle, où l’on arriva le 14, et dut, comme il Pannonçait dans une lettre aux consuls d’Agen, prendre le 15 congé pour aller à Tonneins et Clairac vérifier si certains avertissements concernant les menées des réformés étaient exacts *. Dès le début de septembre, c’est-à-dire avant que «le roy commença à sortir de Bretagne pour prendre son chemyn à Blois », Monluc était informé des grandes courses que les huguenots faisaient « nuyct et Jour », par des lettres d’un habitant de Tonneins, Domein Rochon, à M. d’Aspremont, lieutenant particulier en la cour présidiale d’Agen, et des consuls de Puymirol prévenant ceux d'Agen que leur ville était menacée 6. Aussi, comme il le dit très

1. Suriano au sénat de Venise, Podensac, 26 mai (Dép. vénit., filza 5, déchiffrement dans le vol. 1725 du f. ital. de la B. N., pp. 83-85).

2. Smith à Leicester et à Cecil, 2 juillet. (State papers, 1564-1565, n0 1280.) — Nouvelles de France, rèr mai. (Zbid., n° 1116.)

3. Voir, sur cette réconciliation, Duc D’AumaLe, op. cit., 1, 278-2709, 531, et une lettre de Saint-Sulpice au cardinal de C hâtillon, du 7 mars 1566 (Camié, Guerres de religion dans le Sud-Ouest, col. 58).

4. Monluc à la reine, Estillac, 12 juillet (éd. de Ruble, V, 37).

5. Monluc à MM. de La Lande, de Nort et aux consuls d'Agen, Saintes, 2 septembre (publ, par Barrère dans le Bull. du comité de la langue, de ne el «des arls de la France, 1, 478).

6. Arch. hist. de la Gir., XXIX, 52. — Arch. munic. d Agen, FF, 32, jurade

du 3 septembre. — Cf. Tuorn, op. cit. (Rev. de l'Agenais, XV, s142315)

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