LA TRAHISON DU CAPITAÎNE DE BLAYE. OTT
quille. Il y revint, dit-il, en mai, amenant de Bordeaux avec lui le procureur général Lahet. Il est impossible de dater par un document précis ce nouveau voyage à Bordeaux ‘. Monluc se vante d’avoir informé à temps la cour de la trahison de des Roys et se plaint de ce que l’on ajouta plutôt foi aux assurances de Lanssac. Il est confirmé par le témoignage de François de Syrueilh, archidiacre de Blaye, qui écrivait dans son journal, à la date du 22 octobre : « Le sieur des Rois, capitaine du chasteau de Blaye et huguenot, après une infinité de promesses faictes au Roy et Reyne et à messieurs de Monluc et Madot, gouverneurs et cour de Parlement, tant de parolle que par escrit, d’estre fidèle au Roy et tenir ledict chasteau pour le Roy contre tous, et avoir reçu du Roy mil escuz soubz la parolle de monsieur de Lansac, qui avoit assuré Sa Majesté de la fidellité dudit des Roys”, rendit la place de nuyct, le vendredi au seoir, xxrr° octobre 1568, aux [trouppes du] prince de Condé, conduictes par les sieurs de Mirambeau... et aultres capitaines, auxquels les portes furent ouvertes et le pont baissé, sans y avoir posé le camp ou faict aulcun effort. » Et après avoir ajouté un détail qui met mieux en lumière la mauvaise foi de des Roys et que confirme une lettre de Monluc, larchidiacre conclut : « Voilà que c’est de bailler les fortes places en garde à ces huguenaulx 3. » Monluc avoue franchement qu'il n’eût jamais cru le capitaine de Blaye capable d’une telle action et que, jusqu’au dernier moment, 1l fut sans défiance. Il n’ajoute pas que, le lendemain, les huguenots prirent Bourg, occupèrent le Médoc et tinrent comme assiégé Bordeaux, où la panique fut générale . C’est aussi en mai, pendant le séjour de Monluc dans cette ville, qu'il faut placer le conseil où il exposa un plan de campagne pour la guerre que lon sentait imminente. Il est piquant de constater qu’un de ceux que Monluc prenait pour confidents, le capitaine Berre (ou Verre), lui avait
1. Une requête des jurats au roi, du 11 juin 1568, fait allusion à la venue de Monluc en cette ville « par deux et diverses foys aux derniers troubles ». (Arch. hist. de la Gir., IV, 162.)
2. Ce détail se retrouve dans Monluc. — Le 11 septembre 1560, Lanssac assurait le roi de la fidélité de des Roys. (B. N., fr, 15873, À 100, orig.)
3. Journal de François de Syrueilh, 1568-1585. (Arch. hist. de la Gir., XIIL, 249-250.)
4. Monluc au roi, Villeneuve-d’Agen, 31 octobre (V, 131-132).
été dénoncé par le roi comme une créature de Coligny et, à ce titre, comme suspect”.
Monluc était de retour à Agen le 18 mai’. À ce moment il « s’offença », dit-il, une jambe, puis eut un catarrhe qui lui « cuyda coupper la gorge ». Il exagère un peu en assurant que la maladie le tint trois mois au lit : dès le 13 juin, il s’apprêtait à se rendre à Auch3, et, vers la fin de juillet, comme il le dit luimême, il s’en était allé changer d’air à Cassaigne, d’où il datait, le 26, une lettre et une commission à l’évêque de Lombez, Pierre de Lancrau, députant ce personnage pour procéder au dénombrement des catholiques de son diocèse et de tout le comté de Comminges et pour promouvoir la création de ligues, en forme de confréries, destinées à assurer leur union. De Cassaigne, il surveillait attentivement Jeanne d’Albret : nous en avons la preuve par deux lettres du jeune Henri de Navarre, des 7 et 11 juillet. Ces deux lettres, écrites de Tarbes, permettent de dater approximativement l’arrivée de la reine et de son fils à Vic- Bigorre, à laquelle font allusion les Commentaires. Tandis qu'ils descendaient vers la Gascogne, Monluc était revenu à Estillac, puis à Agen, pour y tenir, le 25 août, une assemblée des États. Il y fut informé que « le jeudy » (26 août) Jeanne avait quitté Vic pour se rendre à Nérac, où elle arriva le dimanche 29. Elle y passa la semaine?. L’exposé justificatif de Jeanne d’Albret, publié dès 1570 dans l’Aistoire de nostre temps, permet de contrôler d’une façon rigoureuse le recit des Commentaires$. Ce ne fut
1. « Ordre du roy au sieur de Monluc pour faire le siège de La Rochelle » [février]. (B. N., fr. 15548, fo 168.)
2. Il y signait à cette date une ordonnance touchant la garde de la ville. (Arch. hist. de la Gir., XXIX, 62.)
3. Les consuls décidèrent de « luy faire tout l'honneur que la ville pourra, auquel sera fait present de deux barriques de vin » et d'avoine. (Arch. munic. d'Auch, BB, 5, fo 267 ro.)