‹ Blaise de Monluc HistorienChapitre 428 sur 533 · CIRCONSPECTION DE MONLUC · texte numérisé non relu

CIRCONSPECTION DE MONLUC

lement de Bordeaux : «Je confesse qu’elle m’a surpris, M'ayant assuré plusieurs fois qu’elle ne prendroit jamais les armes contre le roy et, quoy que je fusse adverty du contraire, je la laissé faire pour voir si elle estoit aussi loyale qu’elle disoit et avoit promis au roy. Aussi si j'eusse assamblé la moindre compaignie, elle ust pris là dessus son excuse et ust dit qu’on lui vouloit courir sus !. » Mais la véritable raison pour laquelle il n’agit que tardivement, il a donnée lui-même et elle est très plausible. Il eut peur de mécontenter la reine-mère, s’il inquiétait la reine de Navarre. Il se souvenalt de ses mésaventures passées et se disait qu’une nouvelle imprudence pourrait lui coûter encore plus cher. Tant qu’il ne s'agissait que de tenir en bride Jeanne d’Albret par des moyens plus ou moins légitimes, mais pacifiques, en contrecarrant ses ordres d’une façon détournée, il n'avait pas hésité ?. Arrêter à main armée une princesse du sang lui parut moins facile. Il recula devant un acte aussi grave et les mesures qu'il prit furent volontairement tardives, quoi qu’il en ait dit. Sans doute, il pensa que les assurances qu'il avait reçues de Jeanne et de Condé pourraient, le cas échéant, lui servir d’excuse; en quoi il se trompait. On lui reprocha sévèrement son attitude et il en fut réduit à répéter une fois de plus : « Tousjours le plus petit a le tort. » Il se plaint, d’ailleurs avec raison, de n'avoir reçu de la cour aucun ordre. C’est postérieurement au passage de la reine de Navarre qu’il connut les instructions du roi, datées de Saint-Maur-les-Fossés (4 septembre), qui lui ordonnaient d’assembler toutes ses forces « pour garder et conserver le païs, empêcher qu'il ne y ayt aulcune eslevation entre ses subjectz », et de prendre contre les réformés des mesures de rigueur ?.

1. Bibl. munic. de Bordeaux, reg. secr. du Parlement, ms. 369, 3, fo 125.

2. Il serait curieux d’étudier en détail cette « petite guerre ». Voir, en particulier, deux lettres inédites de Jeanne d’Albret à Monluc relatives aux habitants de Cazères-sur-l’Adour et de Casteljaloux, écrites en octobre 1567 (Arch. Nat., K, 100, B, nos 14 et 64, minute orig.), et la réponse de Monluc à la première (V, 91). Sur les ménagements que Monluc savait, à l’occasion, garder envers la reine, voir P. Courrgaurr, Un cambriolage d'archives au seizième siècle (Revue du Béarn et du Pays basque, 1, 193-197).

3. Commission et instructions de Charles IX à Monluc, Saint-Maur-les-Fossés, 4 septembre 1568 (Arch. Nat., K, 1527, n0 Q, ancien n0 11; Arch. dép. de la Gironde, B, 38, fos 29-32, copies du temps). C’est le 29 novembre seulement que Monluc rendit, conformément à ces instructions, une ordonnance défendant

Tandis que Jeanne d’Albret et son fils gagnaient La Rochelle, Monluc tomba de nouveau malade. Il y a fait allusion dans son discours au Parlement de Bordeaux du 26 janvier 1570". Son état fut si grave qu'il fit son testament, « ce que je n'avois, dit-il, jamais faict pour malladie ny blessure que j'eusse eue ». « Estant encores en l'extrémité », il fut averti par le vicomte de Joyeuse «que les Provensaulx avoient passé le Rhosne et que monsieur d'Acier les estoit allé recullir vers Usez ». Dès le 7 août, Joyeuse informait, de Montpellier, Damville de ces mouvements de la grande armée que le Midi protestant avait levée pour renforcer Condé et Coligny, retranchés en Saintonge et en Poitou *. « Tous ceux, écrivait-il, qui portent les armes dans les dictes villes [de Montpellier et de Nimes] se sont retirez du costé des Sevenes avec les armes, où monsieur d’Assier qui est à Uzès a recueilly toutes ses troupes. Ils attendoient Mouvans, qui est chef de ceux de Daulphiné et Provence, pour rallyer tous ensemble ÿ. » C’est, d’après Jean de Serres, le 23 septembre que la Jonction eut lieu, à Alais. Dejà, dans son discours au Parlement de Bordeaux, Monluc s'était plaint que Joyeuse et plusieurs autres (l'évêque de Rodez, MM. de l’Estang et de Saint-Vensa, nommés dans les Commentaires) l’eussent averti que les Provençaux « n’estoient que quatre ou cinq mille pendarts et canaille », tandis qu’« enfin ils se sont trouvés dix-huit ou vingt mille hommes des plus bragards de la France ». Cest le chiffre que donne Jean de Serres.

Préoccupé de prouver qu'il fit tout ce qui était en son pouvoir pour arrêter les Provençaux et qu'il ne fut victime que de renseignements inexacts, Monluc a conté avec les plus minutieux

à tous magistrats, notaires, collecteurs, etc., de la R. P. R. d’exercer leur office. (Arch. hist. de la Gir., XXIX, 66.) — Borpenave dit très exactement : « Monluc eust commandement de l’arrester, mais elle fut jà passée lorsque le commandement lui fut apporté. » (ist. de Béarn et Navarre, p. 110.)

1. « Voilà une autre paix et je fus malade; après m'en allay au-devant des Provençaux. »

2. Jean DE Serres, Memoires de la troisième querre civile, p. 232, donne la composition exacte de cette armée, recrutée en Dauphiné, Languedoc, Vivarais et Rouergue, et que commandait Jacques de Crussol, baron d’Assier, «ayant charge de M. le prince ».

3. Joyeuse à Damville, Montpellier, 7 août. (B. N., Clairamb., 355, fo 159).

4. «Environ vingt mille hommes de pied et de 8 à 900 chevaucheurs, en bon equippage et bien deliberez. »

Page 1