‹ Blaise de Monluc HistorienChapitre 43 sur 533 · Introduction, p. xvu-xvin · texte numérisé non relu

Introduction, p. xvu-xvin

3. « Toutes ces choses considérées et la parentelle qu’elle à avec le roy... » (UT, 173.)

4. « Monsieur de Montpensier, messieurs de Candalle, Chavigny et de la Vauguyon sont encores en vye. » (II, 53.) — Le Parlement désigna, le 3 août, les députés chargés d’assister aux obsèques à Cadillac (Bibl. munic. de Bordeaux, ms. 367, fo 225 ro). Elles eurent lieu le 20 (De Lunse, Chronique bourdeloise, 1594, p. 33). Les conseillers délégués en rendirent compte le 25.

5. Trois allusions permettent de dater exactement le Preambul. Coligny y est cité comme vivant : « Que l’on demande à monsieur l’amirail qu’il monstre ce que son prédécesseur, qui gouvernoict tout, a acquis... » ([, 12.) L'auteur

petit escript » en le priant de le lire. Il précisait de la façon la plus explicite l'intention qu'il avait eue en le composant : « Et pour ce que vous me pourrés demander qui m'a esmeu d’escripre ma vie, ou soit que je m’aye voullu vanter dens mon livre, ou bien qu'après lavoir veu, me fere fere au Roy quelque récompense des services que j’ay faictz, je proteste devant Dieu et Pen appelle en tesmoin si c’est ny l’ung ny l’aultre : mais c’est pour la deffense de mon honneur et réputtation, lequel honneur et réputtation j'ay acquize dens la France et aux païs estrangiers.. Et pour ce qu'il a coureu ung bruict à la court, lequel je m’asseure qu'il s’est estandu jusques à Rome et en Espaigne et par tout où Sa Majesté a ambassadeurs", ne m’ayant mis sus aultre choze sinon que j’ay eu intelligence avec les ennemis de mon Roy, pilhé ses finnances, mis impozitions sur son peuple pour m'enrichir ; aultres que je n’avois point voullu combatre, et tout ce qui oste entièrement la bonne fame et renommée d’ung homme de bien, et puisque ce bruict a coureu par tout, je n’ay pu fere de moingz que de rendre compte de ma vie et de toutes chozes qui sont passées par mes mains, et par le menu et à la véritté, affin d’ouster la mauvaize oppinion que dens le royaulme et hors icelluy lon: pourroict avoir prins de moy” ». C’est donc le souci de répondre de nouveau à la lettre de Damville qui a inspiré à Monluc ce Preambul, véritable mémoire d'avocat, confus et prolixe, très inférieur pour la netteté et la véhémence à la première lettre au roi, mais plus ample et plus détaillé. On y trouve pêle-mêle des flatteries à l’adresse de Charles IX, auquel il n’osait plus

parle des commissaires chargés de l’enquête sur sa gestion financière et de ses procès pendants devant le Parlement de Bordeaux : « Et quant aux finnances, les recepveurs et trésoriers sont en vie, les commissaires pour enquérir qui y aura touché. » (1, 5.) « Et si le parlement de Bordeaux et senneschaucés deppendentes d’icelluy fussent esté aussy curieux à les prendre pour le proffit du Roy et pour s’en ayder en ses guerres comme ilz sont curieux ast’heure à ruyner et destruire ceux à qui j'en ay donné, le Roy se fut aydé d’ung million de franx. » (I, 7.)

1. Monluc était bien informé. Une copie de la lettre de Damville se trouve dans les State papers.

2. 1, 2-3. — Le Preambul à Monseigneur n’est pas dans l'édition originale des Commentaires. De Ruble la publié en tête de son édition, d’après la copie qu'il a trouvée dans le ms. 5o11 du fonds français à la Bibliothèque Nationale (fos 417 r°-/424 vo), dont il sera parlé plus loin.

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s’adresser directement, des considérations morales sur Phonneur et la gloire, un réquisitoire contre ceux qui se plaignent de n'avoir pas reçu de suffisantes récompenses pour leurs services, l'affirmation répétée que l’auteur, quoi qu'on en dise, est aujourd’hui « le plus content homme de France, de Dieu et du Roy », et, parmi ces développements oratoires, des détails précis sur sa fortune, sur les sommes d'argent qu'il a recues des rois ses maîtres, sur l'emploi qu'il en à fait pour établir ses enfants, graüfier sa femme des bons soins qu’elle lui a donnés « en ses grandes malladies et principalement en sa blesseure », enfin une énumération de dons de « unze chevaulx d’Espaigne et deux corciers » qu'il a faits à divers capitaines depuis le commencement des derniers troubles et qui le justifient suffisamment du reproche d’avarice. Le mémoire se termine ainsi : «Et voillà, monseigneur, les trois cens mil escuz que j'ay guaignés. Or, monseigneur, puisque vous estes le chef des armées après le Roy, doncques debvésvous estre protecteur de l’honneur des gens de bien, qui ont fidellement et loyaulment servy le Roy envers tous et contre tous. Et vous supplie très humblement doncques, soiés protecteur de la mienne, qu’on ne me peult nier que je ne sois tel; mes blesseures en portent bon tesmoeignage; et que si lon a voullu fere entendre au Roy, à la Reyne et à vous choze indigne d’ung homme de bien, fere en sorte que leurs Majestés n’en croient rien, à tout le moingz qu'ilz ne m’ayent ouy, et que ce que l’on m'auroict ou voudroict charger ne soit bien clariffié. Et vous supplie très humblement m'en donner toujours advis, comme nostre vray protecteur, affin que, pour ne l’entendre, je ne puisse estre surprins de ce qu'on me pourroict accuzer ‘. » Le duc d’Anjou fit bon accueil à la requête : fut-1l convaincu par la lecture du Preambul de l'innocence de Monlue? ou le fut-il plutôt par celle de quelques-uns des beaux récits qui lPaccompagnaent ? Charles IX, à son tour, se les fit-il lire et fut-il conquis par la verve gasconne de l’auteur ? Il est permis de le penser. Désormais incapable de gagner grades et dignités à cheval et l'épée au poing, comme il lPavait si souvent fait, Monluc sut du moins, par le simple récit de sa vie, reconquérir la faveur royale et fer-

mer la bouche à ses ennemis.

ho L'OCCASION DES € COMMENTAIRES ».

La première rédaction des Commentaires fut donc achevée dans l’espace de sept mois. Au cours de sa carrière, Monluc avait fait maintes fois des « corvées » et des « diligences », qui lui avaient valu de surprendre l'ennemi et de le battre avant qu'il fût averti de sa présence. Il en fit une, non moins remarquable, en dictant tout d’une haleine le discours de sa vie. Tandis qu’assis dans sa chaire, au coin de son feu, le bonhomme évoquait son passé dans les tristes journées d'hiver de 1570-1571, il s’imaginait être encore en selle, sur les routes de Piémont, de Toscane, de France et de Gascogne. Le récit coulait, abondant et tumultueux, minutieux et pourtant rapide, et le narrateur infatigable surmenait ses secrétaires émerveillés, comme jadis il lassait hommes d'armes et gens de pied en les entraînant à sa suite. Il n'avait d’ailleurs pas grand’peine à ramasser et à rédiger ses souvenirs. Si l’âge et les infirmités avaient affaibli ses forces, son esprit était encore alerte et sa langue agile. Son successeur à la lieutenance de Guienne, le marquis de Villars, le constatait dans une lettre du 15 octobre 1572 au duc d'Anjou : «Je voy aussi souvent M. de Montluc, qui dict à la coustume et me semble qu'il se porte fort bien selon l’aage qu'il a » ". Sa mémoire était excellente et l’on eût pu dire de lui ce que Brantôme devait écrire de M. de Biron, qu'il connaissait « mieux des pays et contrées que plusieurs autres gentilzhommes mesmes de la contrée, jusqu’à nommer des petis ruysseaux qu'ilz ne sçavoient ny ne cognoissoient pas »”. Enfin, depuis longtemps il portait en lui la riche matière que les circonstances l’obligeaient maintenant à mettre en œuvre.

La passion des récits de guerre était très commune au seizième siècle, À cette époque si féconde en événements extraordinaires, le plus grand plaisir des hommes d'action était, après avoir agi, de raconter leurs exploits, et pour les écouter ils trouvaient toujours des auditeurs avides. Ce goût particulier à notre race avait engendré la littérature chevaleresque du moyen âge; il produisit alors la littérature des Mémoires. Mais ceux qui, comme Mon-

1. Loureurrzxt, Doc. inéd. sur l'hist. du Languedoc et de La Rochelle après la Saint-Barthélemy, 1572-1574 (Bull. du Protest. franç., Juin-septembre 1873).

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