BranrÔME, éd. Lalanne, V
LES CONTEURS MILITAIRES AU XVI® SIÈCLE. hr
luc, eurent l’occasion ou prirent la peine d'écrire ce qu'ils avaient fait ou ce qu'ils avaient vu étaient l'exception. Que d'histoires, contées avec verve, écoutées avec une curiosité passionnée, ne furent pas recueillies ! Il se trouva pourtant un homme qui, pendant toute sa vie, toujours aux écoutes, collectionna avec soin tout ce qu'il pouvait apprendre et le fixa pour la postérité c’est Brantôme. Il suffit de feuilleter son œuvre pour se faire une idée de la faveur dont jouissaient au seizième siècle les conteurs militaires. La cour de France ne pouvait se lasser de les entendre. Sous Henri II, on y attendait avec impatience les courriers qui apportaient d'Italie les dernières nouvelles; on écoutait avidement leurs rapports et l’on épiloguait sans fin sur les choses merveilleuses qu'ils débitaient. Les faits de guerre devenaient ainsi une des principales matières de la conversation. Catherine de Médicis se plaisait à entendre M. de la Chapelle des Ursins l’entretenir « en sa table » de la camisade de Camollia, lun des plus fameux épisodes du siège de Sienne. Le récit terminé, on discutait sur l’idée singulière qu'avait eue le marquis de Marignan de se munir, pour son attaque nocturne, de « torches, flambeaux, lanternes et fallotz, de mesme que les Juifz quand ils allarent prendre Nostre Seigneur Jésus-Christ ». La reine donnait son opinion ‘. Après la bataille de Dreux, dont l'issue incertaine avait causé tant d’angoisses à Catherine, le duc de Guise vainqueur vint la trouver à Blois, lui demanda audience. « Après lui avoir faict une grande révérence, comme il sçavoit très bien son devoir, il luy alla discourir tout le succez de son voyage despuis son partement de Paris, et, venant sur la battaille de Dreux, il la discourut et la representa si bien et si au vif que vous eussiez dict que l’on y estoit encore. Sa harangue dura assez longtemps, qu'un chacun oyoit fort attentivement, sans le moindre bruict du monde, et aussi qu'il disoit si bien qu'il n’y eust nul qu'il n’en fust ravi”. » Brantôme, on le sent, est présent, bouche bée, écoutant avec délices.
L’enragé questionneur qui se faisait conter, à Capoue, le sac de Rome par un trompette du connétable de Bourbon et qui, à Novare, s’attardait auprès d’un maître de poste de quatre-vingt-