‹ Blaise de Monluc HistorienChapitre 439 sur 533 · UN DISCOURS INÉDIT AU PARLEMENT DE BORDEAUX. D · texte numérisé non relu

UN DISCOURS INÉDIT AU PARLEMENT DE BORDEAUX. D

ces événements s'explique par une défaillance de mémoire, A son retour de Sainte-Foy à Agen, en mai 1569, Monluc fit un voyage à Bordeaux, dont il n’est fait nulle part mention dans les Commentaires. Il y était appelé par le Parlement, qui lui avait écrit deux lettres pressantes pour le prier de secourir la ville contre les Lee des réformés de Blaye qui menaçaient Bourg. Monluc, qui, le 2 juin, écrivait à La Valette qu’il avait été averti que le camp de Pamiral était à Périgueux et qu'il comptait partir d'Agen le soir même pour passer la Dordogne et assister à la bataille, changea d'idée et accourut à Bordeaux. Le 8 juin, il se rendit à l’audience du Parlement et y prononça le discours suivant :

« Messieurs, vous m'avés ecrit deux lettres l’une après l’autre, me remontrant les affaires de Bourg et la crainte que vous avés; ce qui a aussi travaillé mon esprit, craignant que l’admirail avec ses troupes ne vint se jetter deçà pour assieger ceste ville, et soubz ceste esperence Je m'en suis venu pour m enfermer en ceste ville. Je vous ai aussi ecrit que ma venue ne pouvoit vous profiter beaucoup, parce que je n’ay nul moien de faire la guerre, d'autant qu'il m'a esté deffandu par lettres pattantes expresses du roy de toucher à ses finences. Je n’'ay point de forces necessaires pour dresser un camp, car je n'ay que huit compaignies d'infanterie et trois ou quatre de cavalerie. Mais quand je voirai que l’on n’espargnera ny le vert ny le sec, lors je feray mon devoir. .. « Ceux de Tholose avoint gaigné de Monsieur une lettre la plus vehemente du monde, que je devois aller assaillir Montauban; enfin je luy ecrivis une lettre par laquelle je Iuy mandois que je ne voulois pas perdre Bordeaux pour gaigner les poules et les chappons de ceux de Tholose, et crois que Monsieur ne l’a point pris en mauvaise part. Aussi m'escrivoit ledit sieur par Bajaumont que je misse le camp devant Blaye ; lors je dis audit Bajaumont que ceux qui estoint près de Monsieur ne sçavoint ce qu'ils se faisoint et n'entendoint guères les ruses de la guerre, car dans vingt-quatre heures Blaye seroit secouru par mer, les ennemis y estants plus forts que nous, et de perdre là ma reputation sans rien faire, je crois que Monsieur ne le vouldroit pas, mais qu'il plaise au Roy d’envoier le baron de La Garde avec ses galères? et après

Monluc à La Valette, Agen, 2 juin 1569 (V, 161). — Coligny attaqua le

25 juin le duc d’Anjou et le battit à la Roche-Abeille. >. Charles IX annonçait à Monluc, le 14 juin, le « partement » du baron de La Garde et linvitait à le « rafraichir » dès qu'il serait arrivé à Bordeaux (B. N., Clairamb., 355, fo 194, copie). La Garde y fit son entrée le dimanche

qu'il me laisse faire, et je luy assureray d’emporter Blaye dedans peu de jours.

«Il m'a esté dit que je vous avés ecrit une lettre, laquelle vous avés fait enregistrer en vostre greffe, par laquelle je vous mandois que Je ne voulois point venir icy, parce que si les Anglois y faisoint descente, je ne voiois point que ceste ville fust tenable. Je sçay bien ce que je vous ay ecrit, et ne se trouvera que je vous aye jamais ecrit telles choses, et en cella j'en appelle à temoing monsieur de Valence, mon frère ; car tout soudain que j'ay esté adverti que l’admiral s'en venoit par deçà, je me suis resolu de me venir enfermer dans ceste ville. Tant s’en faut donc que je vous aie escrit qu'elle n’estoit pas tenable. D'autre costé, je me plains de vous, d'autant que vous me mandés que je vienne icy et ne voulés rien faire de ce que je mande.

« Quant aux Jjurats, depuis que je suis en ceste ville, je ne les ay point veu, hors le | jour que j'arrivay; en m'en allant souper chez monsieur de Bordeaux, je les rencontrai en chemin, qui me dirent que je fusse le bien venu; et combien que j'eusse mandé qu'on m'aprestat le logis pour moy et pour mon train, qui n’est que deux ou trois gentilshommes, ils m'ont seulement apresté un lit et une couchette dans une maison; et voilà tout l’aprest qu'ils m'ont fait. Et que voulés-vous que je vienne faire icy après qu'on ne fait rien de ce que je commande? Je ne sçay donques que faire. Je suis esté à Bourg et à Libourne et ay visitté toutes choses, et me semble que le cappitaine Sainte-Colombe sortant de Bourg, il seroit bon qu'on luy fist un present de deux ou trois cens ecus pour montre de l’honesteté de la ville de Bordeaux. Et sy vous faittes cella, vous fairés rompre le col à tous les cappitaines du monde pour vous venir servir, et mesmement eu esgart à tels dangers qui se sont presentés audit Bourg; et sy vous voulés, je luy en bailleray cinquante du mien, pourveu qu'il ne sçache que cella vienne de moy. De demurer iCY, Je ne vois point que j'en aie aucune occasion, J’entands que l’admiral s’en va à Perigueux, et si je connoissois que ma presence seroit icy, J'Y demeurerois, mais je crois qu'elle n’y fairoit rien. Par quoy tenés l’eueil à vostre ville et sy vous ne vous courroucés ! contre vous mesme, vous ne vous courroucerés contre les autres. Au reste, je vous prie de faire lire la lettre dont je vous ai parlé cy dessus, affin que chacun sçache la verité”. »

9 octobre et y demeura jusqu'au vendredi 14 (Journal de Syrueilh, dans Arch: hist. de la Gir., XUI, 266-267).

1. Le texte porte : Sy ne vous courroucerés, grossier lapsus du copiste du dix-huitième siècle.

2. Bibl. munic. de Bordeaux, reg. secr., ms. 369, 3, fos 167-170.

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