EN ROUTE VERS MONT-DE-MARSAN
ennemis, informés de approche de Damville, coururent avertir Mongonmery, « quiestoit vers Montault et Mugron delà PAdour, et luy donnarent telle alarme qu’il monta incontinent à cheval et ne descendit jusques à ce qu’il fust à Ortès; et son artillerie demeura par les chemins abandonnée... ». Nous trouvons un écho significatif de l’épouvante causée par la marche de Monluc dans une lettre très pressante que Marchastel écrivait le 19, d’'Amou, à la reine de Navarre pour lui dénoncer le péril”.
Le samedi 17 au matin, Damwille arrive à Grenade, Monluc est logé à Saint-Maurice. D’après les Commentaires, les troupes ne bougèrent pas de deux jours, sans doute à cause du mauvais temps”. Le dimanche 18, le maréchal parle de nouveau de se retirer, alléguant qu'il manque de vivres, car le « charroy » n'avait pas eu le temps d'arriver. Monluc lui propose alors d'enlever Mont-de-Marsan, le grenier des Landes, qu'il savait garni de blé : après quelques objections, Damville accepte. Dans sa lettre déjà citée, il s’arroge l’honneur de initiative « J’advisay, dit-il, de faire quelque avant-garde de quatre à cinq cens chevaulx et deux mil hommes de pied, que j'ay baillés à monsieur de Monluc*. » Le lundi 19, sous une pluie battante, Monluc tente une reconnaissance vers Mont-de-Marsan. Il ne peut faire plus d’une demi-lieue et rentre à Saint-Maurice, d’où il écrit aux consuls d'Agen de ne rien négliger pour fortifier leur ville+, Cette lettre trahissait les préoccupations nées de l’en-
du capitaine Saint-Projet s’est évadé des mains des ennemis qui le retenaient prisonnier (/Jist. de Languedoc, XI, 915).
1. Marchastel à la reine de Navarre, Amou, 19 septembre (Les Æuquenots en Béarn, p. 65). — Mongonmery battait, en effet, en retraite : le 20, 1l était à Amou, d’où il donnait l’ordre de surseoir aux sentences contre les rebelles de Béarn (lettre inédite tirée des pièces justificatives de l’histoire manuscrite de l’hérésie en Béarn, déjà citée) ; le 22, il était à Salies-de-Béarn (Les Huguenots en Béarn, p. 68).
2. « Ayant esté constrainct sejourner deux jours en ce lieu... », dit Damville dans sa lettre.
3. Monluc avait avec lui à l'avant-garde sa compagnie, celles de Gondrin et de Fontenilhes, de Gramont (M. de Larboust, lieutenant), du capitaine Arné et de La Chapelle-Lauzières, sénéchal de Quercy. Il dit que Damville lui laissa, de plus, emmener les dix enseignes de Savignac, soit près de la moitié des gens de pied.
4. Monluc à M. de la Lande et aux consuls d'Agen, Saint-Maurice, 19 septembre (V, 240).
tretien qu'il avait eu, l’après-midi, avec ses capitaines. Dans le conseil du maréchal, la majorité était d'avis de ne pas aller plus loin! Monlue s’en indigne dans son livre. Il ne peut comprendre que, pour faire leur cour à un grand personnage, des seigneurs wascons aient préconisé Pinaction : « Et desirois, dit-il, que les enemys leur bruslassent leurs maisons pour ce qu’ils tenoient l’oppinion des autres, n’y pouvant perdre en Lenguedoc... » Pour lui, il était persuadé qu’on livrait ainsi le pays en proie à Mongonmery, et il tremblait déjà pour son cher Agen. La lettre qu'il dictait le soir en fait foi. Tandis qu'il Pexpédiait, le maréchal lui fit dire qu'il jugeait préférable de renoncer à marcher sur Mont-de-Marsan. Monluc lui envoie plusieurs gentilshommes pour le rassurer et obtient enfin qu'il lui prête deux pièces de campagne. Le lendemain matin (20 septembre), en dépit d’une objurgation suprême de Damville, il se met en route.
L'auteur des Commentaires a narré avec une infinie complaisance cette escalade de Mont-de-Marsan, qui fut sa dernière prouesse. Son récit est touffu, comme d’ordinaire, mais assez clair. Il est fâcheux que notre ignorance à peu près complète de la topographie de la ville ne nous permette pas de contrôler tous les détails précis qu'il donne. Notre imagination, aidée du dessin qu’en fit, en 1612, le dessinateur hollandais Joachim du Viert', peut du moins évoquer assez aisément « le Mont-de- Marsan » tel qu'il nous le représente, « en ung lieu bas », formé de trois villes «toutes encloses de murailles » : la cité entre la Douze et le Midou, le bourg sur la rive gauche du Midou, et Saint-Jean-d’Août par où Monluc songea d’abord à attaquer”; la grande rue du bourg, le pont sur le Midou, le Château-Vieux et
1. Ce dessin a été publié pour la première fois par J. E. Dfurourcer] et G. Cfawiane|, Wont-de-Marsan, étade historique et archéologique (Aquilaine historique el monumentale, 1893, 1, 244-245). H a été reproduit dans album publié par la Société des Archives historiques de la Gironde : Bor-deaux et la région du Sud-Ouest au temps de Louis XIII, 1904, planche XLI.
2. Avec quelques cavaliers, il traversa la Midouze en aval de Mont-de-Marsan, reconnut l'enceinte de Saint-Jean-d’Août, puis, jugeant l'escalade impossible par là, revint sur la rive gauche, où il trouva que les arquebusiers du capitaine Castella avaient déjà mis les échelles et franchi la première muraille du bourg.