‹ Blaise de Monluc HistorienChapitre 468 sur 533 · MONLUC RELÈVE LE COURAGE DES AGENAIS · texte numérisé non relu

MONLUC RELÈVE LE COURAGE DES AGENAIS

faut noter ici une interversion chronologique : Monluc dit qu’au moment de monter à cheval pour se rendre à Agen, on lui lut la lettre que la noblesse d’Armagnac avait écrite à Damville pour se plaindre de son inaction. Or, la lettre du roi du 8 mentionne celte épitre comme déjà écrite et envoyée à cette date : « Je croy, disait Monluc, que la lettre que la noblesse luy escripvist l’a fasché et qu'il a prins quelque oppinion que j'en estois la cause, de laquelle je veulx perdre la vie si j’ay jamais entendu la substance, sinon sommairement, en montant à cheval et venant à Agen pour faire marcher tout ce dessus. » L'auteur des Commentaires a rapporté, comme on le voit, à son second départ pour Agen un incident qui se produisit à son premier voyage. Cette confusion mise à part, le document confirme rigoureusement le récit. (’est le 12 ou le 13 qu'il adressa aux Agenais, réunis à la maison de ville, la belle harangue qui les réconforta et décida les marchands à décharger les charrettes sur lesquelles il avaient déjà « apacqueté » leurs marchandises". Le discours prononcé par Monluc, le 26 janvier 1570, devant le Parlement de Bordeaux, contient comme un sommaire de ces pages si vivantes : « Et m'en vins à Agen, où je trouvay tout le monde esbahy : les uns s’en vouloient venir. Je tins conseil le landemain de mon arrivée, et leur déclaré que je voulois mourir avec eux et leur en fis promesse. Ils me levèrent touts la main qu'ils fairoient tout ce que je voudrois. Je leur promis que Je garderois la ville avec Etes

Il a commis une autre interversion chronologique en rapportant à ce second voyage à Agen un message de La Bruille, maitre d'hôtel de Damville, et la réception d’une lettre de Monferrand. En effet, c’est dans sa dépêche au roi du 8 novembre qu'il fait allusion à la venue de La Bruille, chargé de savoir si l’on

1. Le 12 novembre, Monluc écrivait d'Agen au roi. Il n’a pas dit dans son livre qu’il reçut à ce moment la nouvelle, par le sénéchal d’Agenais Bajamont, que Charles IX avait envoyé à Damville ordre de combattre à tout prix Mongonmery. Par contre, ily a mentionné les ordres donnés par le maréchal à Fontenilhes, Gondrin et Madaillan (III, 346-347), qu'il dénonce comme des abus d'autorité à la fin de la même lettre (V, 258-261) et dont parle la lettre de Damwville au roi du 1er novembre (Æ/ist. de Languedoc, XW, 914).

>. Bibl. munic. de Bordeaux, ms. 369, 3, f0 316. — Le passage manque dans l'extrait donné par D. Devienxe, Atst. de Bordeaux, 1, 164-166.

pouvait compter sur le secours demandé au gouverneur de Bordeaux ; il ajoutait qu'il avait reçu la veille de ce dernier des lettres lui « mandant qu'il admène mil harquebusiers » ". D'autre part, ces lettres de Monferrand, reçues avant le 8, annonçaient l’arrivée du secours « dans huict jours devant Agen ». Or, Monluc écrivait au roi, le 12, que « depuis trois jours Monferrand est à Tonneins, où il a fait halte ». La lettre de Monferrand, datée de Marmande et dont les Commentaires citent le texte, est donc bien celle que Monluc reçut à Agen avant le 8. Le document conservé el reproduit n’a pas été mis à son ordre dans la trame du récit, En revanche, c’est bien à son second séjour à Agen que Monluc fut informé que Damville, « pour despit de la lettre que la noblesse d’Armaignac luy avoit escripte », avait décidé de s’enfermer dans Toulouse, et que Monferrand, après avoir passé trois jours auprès de lui, s’en alla retrouver ses arquebusiers à Aiguillon et à Port-Sainte-Marie pour les ramener à Bordeaux. En effet, après la clôture des États de Languedoc, tenus du 2 au 13 à Carcassonne, Damville se retira dans Toulouse *. Monferrand dut venir le 13 de Tonneins à Agen; il était rentré à Bordeaux le 20.

Le récit de l'arrivée à Clairac de l'avant-garde de l’armée des princes et de la surprise de Leberon dans Aïiguillon‘ est confirmé par un rapport d’espion qui permet de le dater. C’est le 28 novembre, vers les neuf heures du matin, que les habitants de Clairac virent arriver, sur la rive opposée du Lot, quatre ou cinq trompettes, « qui se sont myses à sonner haultement » et que suivaient Cenvyron de douze ou quinze cens chevaulx du moings, montés, bien armés et en bel equipaige à les veoyr, avecques

leurs cornettes depliées » *. La Popelinière confirme la surprise

Page 1