‹ Blaise de Monluc HistorienChapitre 469 sur 533 · Histoire de Languedoc, XI · texte numérisé non relu

Histoire de Languedoc, XI

3. Lanssac au roi, Bordeaux, 21 novembre : « Sire, monsieur de Monferrant revint hier de la part où est monsieur de Monluc... » (Arch. hist. de la Gir., X, 3406.)

4. Une enquête du syndic d'Agenais Boissonnade parle des excès commis par les capitaines Manciet et Chaussaulitz, contre lesquels Monluc dit qu'il faisait « mener une traficque » à ce moment par Leberon (Arch. hist. de la Gir., XXIX, 72-74).

o. P. Courreaurr, L’/nvasion de l’armée des princes en Agenais, p. 31 (appendice). — Lanssac annonçait au roi, le rer décembre, de Bordeaux, l’arri-

> » ee L'ARMÉE DES PRINCES A PORT-SAINTE-MARIE. 65

d’Aiguillon par La Loue et La Caze, mais explique d’une façon plus vague que Monluc RAR Leberon se trouva démuni d’une partie de ses arquebusiers ", L'auteur des Commentaires reconnait, du reste, très franchement la faute qu'il commit en retirant, quelques jours avant, d’Aiguillon la compagnie qui l’occupait. La Popelinière parait croire que Monluc se rendit lui-même à Port-Sainte-Marie pour faire évacuer la place le lendemain; les Commentaires disent simplement qu'il retira dans Agen les trois compagnies qui y étaient logées. Monluc place « deux jours après » l’arrivée du gros de l’armée des princes. Il se {rompe : La Popelinière, qui donne la date exacte du 10 décembre, est confirmé par une lettre de Coligny, qui écrivait le 24 à la reine de Navarre que l'armée est à Port-Sainte-Marie depuis « dix ou douze jours » *. Monluc a-t-il voulu atténuer le mauvais effet de sa retraite précipitée devant une avant-garde en laissant entendre que toute l’armée ennemie était, dès le 1°" décembre, aux portes d'Agen? Il a répété un peu plus loin la même inexactitude : «Messieurs les princes et ladmiral demeurarent cinq sepmaines ou plus campés là où j’ay dit... » En réalité, l’armée protestante séjourna à Port-Sainte-Marie du 10 décembre au 3 janvier, c’est-à-dire un peu plus de trois semaines. D'ailleurs, dès la fin novembre, elle couvrait tout le pays de Villeneuve à Aiguillon et y commettait d’atroces excès *. Monluc, accoutumé à ces choses, en parle en soldat : « Ils mangeoient, dit-il, leur saoul et faisoient grand

vée de La Loue et La Caze à Clairac et de Mongonmery à Monheurt (Arch. hist. de la Gir., X, 348). — De Taou place par erreur, le 18 novembre, l’arrivée de l’armée des princes (Æist. univ., V, 666).

1. Monluc explique qu'il en avait prêté dix au commissaire des guerres Viard, pour lui « faire companye jusques à ce qu’il auroit passé Thonens ». LA Poreunière se borne à dire qu’il en avait envoyé la plupart peu auparavant « pour les affaires de son oncle » (I, fo 366 vo). | |

2. Coligny à la reine de Navarre, Port-Sainte-Marie, 24 décembre (P. Cour- TEAULT, 0p. cit., p. 32). — La Porerinière, I, fo 367 ro.

3. Voir l’enquête du syndic Boissonnade sur les nee causés par l'armée des princes (Arch. hist. de la Gir., XXIX, 71-77), la requête des habitants de l’Agenais au roi et les ee eue de Charles IX, du 11 août 1570, leur accordant exemption des tailles pour une année (P. CouRTEAULT, 0p. cit., pp: 34- 37). Ces documents font comprendre tout le sens de la phrase de Brantôme qui, parlant de « messieurs les reystres », dit que Pamiral « les vous poupee ce bon pays d’Agenois, se donnant des ayses et des moyens jusques à la gorge » (Branrôwe, IV, 821).

chère, car ils avoient tant paty despuis la perte de Moncontour, qui n’estoit possible de plus. » Il a même tenu à marquer son admiration pour les qualités militaires des reîtres, qu'il eut alors l’occasion de voir de près et d'apprécier en connaisseur. Il eût, sans doute, approuvé le sage La Noue, qui conseille aux capitaines d’imiter l'exemple de Coligny, excellent pour refaire de «nouveaux corps aux hommes » ”

Les documents manquent pour dater et contrôler d’une façon précise les escarmouches qui eurent lieu ensuite autour d’Agen : prise de chevaux de reitres, près de Monbran, par Monluc et Madaillan, défense de Puymirol par Laugnac, refus de La Valette de rendre Villeneuve, rappel de Lectoure à Agen du chevalier de Monluc, pointe dirigée vers Moirax d’où déloge Mongonmery, départ du chevalier de Monluc pour Villeneuve. Mais dans son discours au Parlement de Bordeaux, déjà cité, Monluc a fait des allusions à la plupart de ces menus faits, qui doivent être vraisemblablement placés dans la première quinzaine de décembre”. Après M. Tholin, il est permis de douter que Mongonmery ait marché « avec tout son camp à pied et à cheval » pour enlever le village de Moirax*. Monluc semble dire qu'avec quatre cavaliers il Pobligea à battre en retraite, laissant les échelles au pied de la muraille qui fermait le village. La gasconnade se complique d’une histoire de clystères qui ne la rend pas plus vraisemblable.

Dès qu'il fat arrivé à Port-Sainte-Marie, Coligny s’occupa d'assurer, au moyen d’un pont, ses communications avec Mongonmery. La Popelinière nous en donne une description très pré-

1. La Nour, Disc. polit. et milit., p. 834. — La PorezinièREe dit que « la licence du soldat estoit fort desbordée » (I, fo 368 vo).

2. QJ’envoiay des ordres à Villeneuve et, par le conseil du sr de Lavallete et d’un autre, je fus contraint d'y envoier un chef; et me fust dit quelque chose qu'il n’est besoin que je dise. Je manday à Romegas qu'il m’envoiast mon fils, ce qu'il fist; et vint de nuit, et le fis aller audit Villeneuve, où illec tout le

. monde fust rejouy. Les ennemis le vindrent sommer, lesquels eurent une mauvaise responce, de sorte que ceux-là n’y retournèrent plus. La Lengnac (sie; corr. : M. de Laugnac) se mit à Puymirol, qui à bien fait son devoir... A Agen ne me sont venus lesdits ennemis bailler une seulle alarme, et n’ay laissé à dormir pour eux, et suis sorti de ladite ville d'Agen, et en ay tué quelques restes (se; corr, : reistres). » (Bibl. munic. de Bordeaux, ms. 369, 3 {os 3:6 vo, 817 ro, copie du dix-huitième siècle.)

9, THoun, op. cit. (Revue de l’Agenais, XV, 413, n.1).

LA RUPTURE DU PONT DE BATEAUX (22 DÉG. 1b69). D67

cise et très détaillée, qui complète les indications données par Monluc. Il parle en particulier de ces « grandz cables comme la jambe d’ung homme », que l'amiral avait fait faire à Tonneins et des « grosses chaisnes » qu'il avait fait apporter de Montauban ". Le récit de la rupture du pont par le moulin du président Sevin, envoyé par Monluc « bas la rivière », est un des plus jolis des Commentaires. Il est possible d’en fixer la chronologie et d’en contrôler quelques détails. C’est le mercredi 21 décembre, entre neuf et dix heures du matin, qu’arriva d'Agen, venant de Toulouse, le commissaire des guerres Viard. Il était chargé par Damville d’une mission pacifique auprès de Pamiral, à laquelle ce dernier fait allusion dans une lettre à la reine de Navarre : « Monsieur le mareschal Danville m’a envoyé son secretaire Viart pour m’exorter à la paix et pour m'offrir toutes les seuretés que je vouldrois demander, et, entre autres, me proposant la conté de Neufchastel”*. » La même lettre nous apprend que le pont fut rompu le jeudi 22, à quatre heures du matin c'est la date que donne Monluc*. Les deux témoignages ne s’accordent pas sur l’heure : Monluc, sur la foi « des ennemys mesmes », affirme que le moulin du président arriva au pont vers une heure du matin. L’heure donnée par Coligny, témoin oculaire, est plus vraisemblable ; il y a vingt kilomètres d'Agen à Port-Sainte-Marie, et Monluc dit lui-même que le moulin fut lancé vers onze heures du soir. Bien que le courant füt très rapide, en raison des pluies qui avaient grossi la Garonne, il dut mettre plus de deux heures à franchir cette distance.

Un désaccord plus grave existe entre la lettre de Coligny et le récit des Commentaires. L’amiral attribue la ruine du pont à un simple accident*; Monluc en fait honneur à son ingéniosité.

1. « Et pour en asseurer davantage la structure, ils l’avoyent serré d'un grand nombre de chaines de fer et gros cables. » (E, fo 367 ro.) La construction du pont est aussi mentionnée dans une lettre mutilée du cardinal de Chatillon, de janvier 1570 (B. N., Moreau, 718, fo 225, copie). |

2. Coligny à la reine de Navarre, Port-Sainte-Marie. 24 décembre (P. Gour.- TEAULT, 0p. cit., p. 33). L’amiral repoussa ces propositions : «€ Je veoy bic, dit-il, que ce sont toutes tromperies. »

3. Le marquis »'Ausais (Pièces fugitives, 1, 291) dit que le pont fut rompu dans la nuit du 15 au 16. Cette date inexacte a été acceptée par de Ruble et

par tous les historiens.

4. « Quoy qu’à cause des grandes et continuelles pluyes, lad, rivière fust

Aurait-il done «brodé »? C’est peu vraisemblable. Sans doute, on peut objecter que, dans l'enquête faite en janvier 1570 par le syndic Michel Boissonnade sur les excès commis en Agenais par l’armée des princes, on lit simplement, en deux endroits, que le pont fut rompa € par la force et impiétosité de lad. rivière de Garonne », € ou autrement par certain molin qui cestoit destaché de hault » ". Mais on peut répondre que, deux jours après l'événement, Coligny a parfaitement pu ignorer à quelle cause précise avait été due Parrivée du moulin flottant contre le pont, et l’attribuer simplement à la crue du fleuve ; que les habitants du pays qui déposèrent dans l’enquête n’ont pas connu dans les détails une entreprise qui fut faite en grand mystère. Il semble bien, en effet, que Monluc ne voulut pas ébruiter l'affaire : il savait que le secret était, en ces matières, la première condition du succès. Du reste, si les braves paysans agenais ne se doutèrent de rien, le prince dauphin, François de Bourbon, duc de Montpensier, fut informé immédiatement par Lanssac, que Monluc avait mis au courant, et dès le 30 décembre il écrivait au duc d'Anjou que « les ennemis ne se peuvent joindre ensemble par le moyen que le sieur de Montluc a faict rompre le pont qu'ilz avoient dressé sur la Garonne : qui les rend si estonnez que Jamais ne se presenta plus belle occasion pour mettre fin à ces troubles que maintenant »°?, Monluc luimême, dans sa grande lettre au roi du 10 novembre 1570, se vante d’avoir si bien mis le pont en pièces « qu’ils n’en sceurent jamais recouvrer que deux batteaux »3, Dès 1573, La Popelinière donnait de la rupture un récit semblable, pour le fond, à celui des Commentaires. mais plus romanesque; il par-

tellement enflée que nostre pont eust beaucoup à souffrir, si est ce qu'il avoit tenu bon jusques à ce que, renflant lad. rivière d’heure à autre et à veue d’œil, elle est devenue si impetueuse que la nuict de jeudi dernier, sur les quatre heures du matin, elle rompit les cables et cordages d’un des molins que nous avions ung peu au dessus dud. pont, lequel fut porté et poulsé par telle violence contre icelluy qu'il le rompit et s’en alla tout à val l’eau. »

r. Arch. hist. de la Gir., XXIX, 72 et 75.

>. Le duc de Montpensier au duc d'Anjou, camp d’Aigre, 30 décembre (B. N., fr. n. acq. 600ÿ, fo 26, copie moderne). Monluc transmit aussi directement la nouvelle au prince dauphin (Monluc au roi, Agen, Q janvier 1970, V, »61).

MONGONMERY FRANCHIT LA GARONNE (3 JANV. 1570). 56g

lait, non plus d’un moulin, mais de deux ou trois, plus « quelque nombre de bateaux » chargés de cailloux et garnis de mèches allumées". Enfin d’Aubigné et de Thou ont accepté la version de Monluc : le premier ne le nomme pas, mais laisse entendre que le moulin fut détaché avec intention”; le second dit qu’il ruina le pont «avec plus de bonheur que d’habileté », pour priver Damville de cette gloire 3.

Monluc à naturellement insisté avec complaisance sur les conséquences de l'événement. Il se trompe en prétendant que Coligny, après avoir franchi la Garonne, voulait faire venir de l'artillerie de Navarrenx, s'emparer de toutes les places au-delà du fleuve, affamer Bordeaux et bloquer en Gironde les galères du baron de La Garde. Il semble bien que l'amiral n’était descendu dans le Midi que pour y faire vivre ses reîtres, rallier les troupes de Mongonmery en Gascogne, de Monbrun en Languedoc et se rabattre avec elles sur le centre de la France et sur Paris*. Le dommage causé par la rupture du pont fut aussi plus aisément réparé qu'il ne le dit : dans sa lettre du 24 à la reine de Navarre, l’amiral laissait espérer que dans peu de jours le passage serait de nouveau assuré. Monluc donne, du reste, sur ce second pont des détails que confirme une lettre de Lanssac au roi, en date du 6 janvier 1570 6. Comme le disent aussi les Commentaires, les troupes de Mongonmery mirent longtemps à arriver sur les bords de la Garonne et franchirent péniblement le fleuve : d’Aubigné parle de la « grande longueur et incom

1. La Poperinièrs, [, fo 367 vo. — Ce récit a été suivi par Jean d’Antras (Mémorres, pp. 39-41).

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