GE © ND
lorsqu'il en rencontrait. A Cadillac, chez le comte de Candale, on lui présenta un jour André Thevet, le cosmographe ; aussitôt il lui conta « qu’il s’estoit trouvé à cinq batailles rangées, à dixsept assaux de villes et onze sièges, où il avoit esté assiégé, et à plus de deux cens escarmouches, où il avoit fait devoir de vray et hardy soldat, n'ayant jamais esté rué par terre que deux fois »; et il le régala du récit d’un exploit qu’on ne retrouve pas dans les Commentaires". À combien d’autres Monluc dut-il faire de semblables confidences ! Avant de les coucher par écrit, il avait dû cent fois raconter ses prouesses. Lorsqu'il entreprit de dicter « le discours de sa vie », 1l le savait déjà par cœur ; il n'eut qu’à relier entre eux les épisodes.
Un des premiers lecteurs des Commentaires. Étienne Pasquier, écrivait dans une lettre spécialement consacrée à l’œuvre de Monluc : « D'une chose m’ébahis-je, non qu'il se soit rendu épouvantable au fait des armes (cela lui peut avoir été familier avec quelques autres guerriers), mais que, voulant rédiger l’histoire de sa vie par écrit, il lait pu circonstancier des lieux, des personnes, de leurs noms, tant d’un parti que d’autre, des obstacles qui se présentèrent; bref, qu'il n’y ait rien mis en oubli, comme s'il eût encore combattu en plein champ. En quoi il faut nécessairement de deux choses l’une : ou que, pendant qu’il jouait des mains aux champs, il se donnât le loisir en sa chambre, après son retour, de faire de fidèles mémoires de ce qui s'était passé, puis s’en aider à l’avenir, chose qui outre-passe d’un long trait la patience du Français; où bien que, ne l'ayant fait, lorsque sur son vieil âge il voulut mettre la main à la plume, toutes les particularités de cinquante-deux ans se représentassent à lui : mémoire, certes, qui de nulle mémoire n'eut jamais sa semblable. Et par ainsi, soit l’un ou l’autre, il semble que par un signalé miracle nature ait en ceci voulu faire en lui un chef d'œuvre : cela soit par moi dit en passant...”® » De Thou va plus loin : il affirme que Monluc « écrivit assez au long les Commentaires de sa vie, partie de mémoire et partie sur quelques écrits qu’il en avoit