A. IL
grand intérêt à reconstituer de la façon la plus minutieuse, il a puisé dans le dossier de lettres originales, de copies et de minutes que ses secrétaires ont dépouillé pour lui. L'œuvre entière fut ainsi composée, pour les quatre premiers livres, à peu près exclusivement avec des souvenirs, pour les trois derniers à l’aide de documents servant de soutien et de jalons à la mémoire de l'auteur. Il serait excessif, d’ailleurs, d'attribuer à Monluc une méthode rigoureuse dans l'emploi de ces documents. Il en est qu'il semble avoir eus sous les yeux, dont il donne le texte intégral et qu'il à pourtant reconstitués de mémoire. Telles sont les lettres de Fontenilhes et de son lieutenant M. de Noé, l’informant de la marche de Mongonmery, dans lesquelles il a confondu la Save avec le Salat; telle est encore la lettre de Damville lui annonçant qu'il a pris Fiac : le texte en est certainement fabriqué et Monluc a amalyamé deux lettres de dates différentes. Ces deux exemples, s'ils contredisent notre hypothèse, ne la ruinent pourtant pas; ils prouvent seulement que l’auteur à dédaigné de s’astreindre à des règles sévères que, de son temps, les historiens de métier ne soupçonnaient même pas. Peut-on lui en faire un sérieux grief?
On s'explique maintenant que la physionomie de la narration ne soit pas partout la même. Dans le premier livre et dans la parte du second qui correspond au règne de François Er, les récits sont reliés entre eux par un fil assez lâche. Il est très rare que lon se trouve en présence d’un groupe compact de faits étroitements enchaînés”. Les souvenirs de l’auteur sont épars et disjoints. Aussi les lacunes sont-elles considérables. Elles sont imputables aux défaillances de la mémoire et aussi à la rapidité de la rédaction. Monluc s’est lui-même rendu compte qu'il n'a pas tout dit” : deux épisodes, d’abord oubliés, lui sont plus tard revenus à l’esprit, et, dans une addition au livre Il; 4iléen a donné un bref récit. À partir du règne de Henri IT, la trame se resserre : la narration des campagnes de Piémont, sous Brissac, est déjà plus complète, bien que l’auteur continue à la
1. Pour le règne de François Ier on ne peut citer, comme formant un « essaim » de souvenirs, que le récit des opérations en Piémont sous Boutières en novembre-décembre 1543.
2. «Et veulx dire que J'en ay laissé encores beaucoup à escripre. » (Texte du ms., fo 4or ro. — Cf. III, 513.)