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LES IDÉES HISTORIQUES DE MONLUC. Gr

chons-lui gré aussi d’avoir fortement marqué le caractère des premiers troubles en Guienne : les documents confirment de tous points le tableau qu’il en a tracé. Il a encore très bien vu que, dans les guerres civiles, au souci de la religion se mêlèrent toujours, du moins chez les grands, d’autres préoccupations moins nobles : « Les enfans pourront done juger à qui il a tenu et quelle a esté la source des guerres civilles ; j’entendz des grandz, car ilz n’ont pas de coustume de se faire brusler pour la parole de Dieu. Si la royne et monsieur ladmiral estoient en ung cabinet, et que feu monsieur le prince de Condé et monsieur de Guyse y feussent aussi, je leur ferois confesser qu'autre chose que la religion les a meus à faire entretuer trois cens mil hommes‘... » Il distingue très nettement entre les premiers troubles et les suivants. Au début des seconds, dit-il, « noz cartes estoient si meslées qu'il n’estoit possible de plus, et ces gens n’estoient plus si eschauffés en leur religion comme ilz souloient »*. Depuis la journée de Meaux, il est convaincu que les huguenots ne sont plus que des rebelles conspirant contre le roi : « Le masque est ousté; il n’est plus question de messe ou presche, c’est à sa personne que cela s’adresse ?. » Enfin, il a compris tout le prestige que la présence dans les rangs de lParmée huguenote de deux jeunes princes du sang rendit au part réformé, après l’échec de Jarnac et la mort de Condé. Bien que le prince de Navarre ne servit que d’ «ombre » à Coligny, « c’est pourtant cela, dit-il, qui a soutenu ledit segneur admiral et son parti; car ung prince du sang peult beaucoup, encore qu'il feust bien jeune, et le filz de feu monsieur le prince de Condé aussi. Ce feust une bonne fortune pour luy; sans eulx il ne l’eust pas fait si longue »f, La remarque est juste et fine. Après la Saint-Barthélemy, les catholiques « mal contents », les politiques, lorsqu'ils oseront pour la première fois prendre les armes, légitimeront, eux aussi, leur soulèvement en se groupant autour du duc d'Alençon.

Les idées historiques que Monluc a eu lPoccasion d'exprimer ne sont pas négligeables, mais elles sont rares. Du reste, ce que

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nous cherchons dans ce livre, dont l’auteur se défend avec tant d’insistance d’être historien, c’est surtout le portrait qu'il a tracé de lui-même à chaque page. Bravoure personnelle, sang-froid, hardiesse, esprit de décision; activité dévorante, endurance à toute épreuve, connaissance approfondie du métier de la guerre, de tous ses secrets, de toutes ses ruses; impétuosité française tenue en bride par la prudence gasconne; habileté consommée dans l’art de manier les hommes, tous ces traits composent une figure de soldat du seizième siècle curieuse, complexe et qui paraît vraie". L'image est très vivante, très amusante; elle n’est pas complète. Monluc à volontairement laissé dans lombre certaines parties de sa carrière, et non des moins intéressantes. L'étude de ces omissions nous a permis de compléter parfois sa biographie ; elle nous amène aussi à retoucher son portrait. Entre la mort de Henri IT et l'envoi de Monluc en Guienne (décembre 1561), entre la paix d’Amboise et le début des seconds troubles, les Commentaires présentent deux lacunes : l’une de deux ans et demi, Pautre de quatre ans et demi. L'auteur n’a pu pourtant se tenir de faire quelques allusions à ces deux périodes, l’une et l’autre fort curieuses, de son existence. Sachons-lui gré de ses confidences maladroites; elles nous ont permis de reconstituer ces intrigues qui révèlent un Monluc tout nouveau, oscillant entre les partis, donnant des gages aux uns et aux autres selon le temps, à l’affût des occasions pour se pousser, s’efforçant par son zèle de conquérir n'importe quelle charge, de sortir à tout prix de l’inaction et de lobscurité, toujours dévoré du besoin d'agir ou de s’agiter, de jouer un rôle, même au prix des pires compromissions. Dans son livre, il s’est borné à dire qu'il fut toujours impropre au métier de courtisan. C’est vrai, si l’on entend par à qu'il commit souvent des maladresses. Mais après s'être trop raidi, il savait plier l’échine, et les rétractations et les palinodies ne lui coûtaient guère. Lorsqu'il eut reçu la lieutenance de Guienne, les occasions furent pour lui fréquentes d’éprouver des humiliations et d’essuyer des affronts. Il les subit avec mauvaise grâce, déclara plusieurs fois bruyamment qu’il

1. Sur tous ces points, il n’y a rien à ajouter à l'excellent livre de M. Cr. Norwanp. On y trouve un portrait lestement crayonné et pourtant achevé, très Juste et très fin, de Monluc d’après les Commentaires.

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