‹ Blaise de Monluc HistorienChapitre 51 sur 533 · LES MANUSCRITS DES € COMMENTAIRES · texte numérisé non relu

LES MANUSCRITS DES € COMMENTAIRES

De Ruble à établi d’une façon très plausible comment ce manuscrit vint au dix-septième siècle en la possession de Jean- Jacques de Mesmes ‘. Il avait épousé, en 1628, la fille de Jean de Monluc de Balagny, maréchal de France. C’est à la suite de ce mariage, et sans doute à la mort de son beau-père, que le président de Mesmes devint possesseur du manuscrit, qui vint grossir la collection des soixante volumes in-folio contenant «toutes les particularités de l'histoire de France depuis les troubles » qu’il possédait déjà et que Peirese admirait, le g mars 1606, lorsqu'il lui fit les honneurs de sa librairie”. Balagny avait ce manuscrit avec lui lorsqu'en 1595 il défendait Cambrai contre les Espagnols : on rencontre, en effet, entre les feuillets, une série de notes volantes relatives à cette défense et écrites de sa main. [1 tenait sans doute le volume de son père, Jean de Monluc, évèque de Valence. Il est très naturel d'admettre, avec de Ruble, que ce dernier avait fait tirer une copie de l’œuvre de son frère. L'hypothèse est d'autant plus vraisemblable que Jean se trouvait en Guienne pendant les années 1569 à 1572. Il avait été investi, le 24 novembre 1568, avec le titre d’intendant des finances de France, d’une mission extraordinaire analogue à celle qu'il avait remplie en 1566 à Toulouse : il était chargé de presser la levée des subsides dus par la province et d’en surveiller la perception *. Il suivit certainement de très près l'enquête des commissaires royaux en Guienne, à qui leurs pouvoirs donnaient le droit d'examiner aussi sa gestion *. Il s’intéressa aux affaires de Blaise, contribua peut-être par son industrie à les débrouiller. 11 fut un des premiers à connaître une œuvre qu'il avait cer-

1. Dans l’Introduction en tête du premier volume de son édition (pp. xx-xx1).

2, Note de Peiresc (B. N., Dupuy, 667, fo 164) citée par L. Derisre.

3. Darnal mentionne sa présence à Bordeaux en juin 1569 (Chronique bourdeloise, p. 79). Les registres secrets du Parlement la signalent dès le mois de mars, donnent la date exacte de sa commission (Biblioth. munic. de Bordeaux, ms. 369, 5 3, f0s 149-151, 154 ro) et contiennent des détails nombreux sur cette mission, encore très mal connue, de Jean de Monluc. Une copie de cette commission, datée d'Orléans, 24 novembre 1568, se trouve aux Archives départementales de la Gironde (B, 38, fos 119 ro-121 ro). |

4. Dans une lettre au roi, datée de Condom, 22 octobre 1570, il annonce qu'il va remettre la vérification des comptes aux commissaires désignés (T. De Lanroque, Notes et doc. inéd. pour servir à la biographie de Jean He Monluc,

tainement approuvée et encouragée. Il est donc permis de croire que le manuscrit 5orr du fonds français de la Bibliothèque Nationale à appartenu à Jean de Monluc.

Ce manuscrit contient : 1° du folio 1 r° au folio 403 r°, une copie intégrale d’une première rédaction des Commentaires : 2 du folio 417 r° au folio 424 v°, le Preambul à Monseigneur par le seigneur de Monluc: 3° du folio 426 r° au folio 433 r°, les Remonstrances au Roy; 4° du folio 434 r° au folio 437 v, la Remonstrance à Monseigneur ; 5° du folio 439 r° au folio 4h47 vo, les Remonstrances du seigneur de Monluc aux gouverneurs des places; 6° du folio 443 r° au folio 448 r°, la Remonstrance du seigneur de Monluc aux cappitaines des gens de pied; 70 du folio 452 r° au folio 741 v°, une copie inachevée de la première rédaction, interrompue après ces mots : Z{ ainsi nous eusmes liberté de sortir ung peu à la garde jusques à l’Altesse, ung chasteau assés….! Les folios 4o3 v° à 416 inclus, 425, 438, 4h, 448 v°-451 vw, sont blancs. La première copie est d’une écriture cursiye du seizième siècle; le reste du manuscrit est d’une autre écriture, plus ou moins serrée, d’une lecture plus facile. La copie intégrale paraît être la plus ancienne; elle est l’œuvre d’un scribe gascon *. La copie incomplète, due à un scribe français, n’en est pas la transcription; elle offre des différences orthographiques nombreuses et aussi des leçons nouvelles. Mais les deux copies procèdent d’un même texte et représentent une première rédaction du livre. Si l’on ne peut affirmer avec une certitude absolue que l’on est en présence du premier jet, du « petit escript » que Monluc offrit au duc d'Anjou, si l’on peut soutenir que ces copies en fournissent un texte déjà complété, elles permettent du moins de se faire une idée de ce que fut le livre dans sa forme primitive, tel qu'il sortit de la fiévreuse improvisation et de la dictée à bride abattue de l’auteur.

De novembre 1570 à juin 1571, Monluc a d’abord rédigé le « discours de sa vie » — c’est ainsi qu'il appelle son ouvrage — d’une seule teneur, sans aucune division, sans aucun repos destiné à ménager l’attention du lecteur. Après avoir, dans un court

1 Edrde Ruble 12100:

2. Cest d’après cette copie, non utilisée par de Ruble, que seront faites toutes les citations empruntées à la première rédaction,

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